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Synagogue d'Ennery

Dossier IA57030133 réalisé en 2012

Fiche

Dossiers de synthèse

Dénominations synagogue
Aire d'étude et canton Région Grand Est
Adresse Commune : Ennery
Adresse : 7 rue des Jardins

Situé dans le Plat pays messin, Ennery abrite une des plus anciennes communautés, officiellement autorisée en 1608, mais peut-être plus ancienne. Si ses membres semblent se réfugier à Metz à l’époque de la guerre de Trente ans, elle se reconstitue rapidement, comptant 10 chefs de familles en 1653. On sait peu de chose sur le 18e siècle, mais elle semble abriter un nombre croissant de familles, souvent venues de Metz. En 1789, selon les cahiers de doléances, la commune compte 24 feux juifs pour 66 catholiques. La communauté atteint son apogée au milieu du 19e siècle : 117 personnes en 1808, 190 en 1830, 208 en 1838, et 236 en 1846, 215 en 1854, y compris quelques familles résidant à Ay, Argancy, Flevy, Talange, Trémery ou Vigy.

Un premier oratoire, inauguré à Ennery en 1653, fait l’objet d’une description complète à l’issue d’une visite judiciaire d'un certain Antoine Audry, les 23 et 24 septembre 1653, le jour « de la fête des trompettes ». Intégralement retranscrite par deux bénédictins dans leur Histoire de Metz, il s’agit sous le titre d’« Usage des juifs répandus dans le pays messin » de la plus ancienne description d’une synagogue en Lorraine. Cette dernière se trouve « au milieu du village […] au logis de Raphaël, juif […] dans une chambre basse dudit logis […] et avons remarqué, qu’il y une séparation faite de planches de sapin, en laquelle on a pratiqué de petites ouvertures ou fenêtres, pour voir les cérémonies qui se font dans l’appartement des hommes, sans qu’il y ait aucune communication avec les femmes qui se tiennent dans le lieu qui leur a été assigné, séparé comme dessus. Avons aussi remarqué dans le lieu où les hommes s’assemblent, une armoire dans laquelle sont les tables de Moyse et un pupitre au-devant, chargé d’un livre, des cierges des deux côtés, et une table au milieu, sur laquelle les juifs (comme nous sommes entrés) posaient les habits dont ils se servent en leur cérémonies ayant déjà achevé leurs prières ». Le même texte parle d’une circoncision, célébrée il y a six mois, en présence d’une quarantaine de juifs venus de Metz.

En 1818, lorsque la communauté sollicite l’autorisation de construire l'actuelle synagogue, la précédente étant devenue insuffisante et menaçant ruine, elle justifie sa demande par l’ancienneté de la communauté en citant le procès-verbal de 1653 et ajoute qu’ils « ont toujours tenu leur assemblée de prière dans une maison à ce destinée, et que celle qui existait jusqu'à ce jour sert au moins depuis 70 à 80 ans » (soit 1740 ou 1750). La synagogue actuelle succède donc, au minimum, à deux édifices antérieurs. Elle est élevée en 1819 à l’arrière de la maison de Lazare Lévy, commissaire de la synagogue. Cachée aux regards par la maison dont le linteau de la porte est daté 1813, on y accède par un étroit passage. Par la suite, la maison sera affectée au ministre-officiant, payé par l’État à partir de 1837. S'il s’agit donc d’une des premières synagogues du département élevées ex nihilo, elle correspond à un premier type où, juste toléré, le lieu de culte doit rester invisible de l’espace public.

La synagogue est l’objet de travaux, malheureusement peu documentés, en 1850-51 (augmentation du nombre de place, notamment dans la tribune des femmes), en 1866 (toiture), en 1873, puis à nouveau en 1937.

Le dernier office a été célébré en 1940. Désaffectée en 1957, elle a été aliénée en 1963. Elle a alors été vidée de son mobilier et transformée en grange, ce qui l'a conservé jusqu’à nos jours.

Période(s) Principale : 2e quart 19e siècle
Secondaire : 3e quart 19e siècle
Secondaire : 2e quart 20e siècle
Dates 1819, daté par source
1850, porte la date
1866, daté par source
1873, daté par source
1938, daté par source

Implantée au milieu d’un jardin, la synagogue se présente comme un édifice de plan rectangulaire, en moellon de calcaire enduit, couvert d’une toiture en tuiles mécaniques. Dépourvue de décor, elle est abondamment éclairée par de vastes baies rectangulaires autrefois dotées de vitraux, un petit oculus (bouché) étant percé au-dessus de l’emplacement de l’arche sainte. La porte d’origine a été remaniée lors de l’ajout de l’escalier extérieur menant à l’étage.

Si le volume général de l’édifice semble bien d’origine, son aménagement intérieur a été modifié au milieu du 19e siècle. La porte principale débouche sur un vestibule et une salle bordée sur trois côtés par une galerie en bois destinée aux femmes, ornée d’un motif festonné, stylistiquement datable du milieu du 19e siècle, tribune à laquelle on accède directement depuis l’extérieur. Le fait que les fenêtres de la façade latérale, côté vestibule, aient été bouchées dans leur partie basse, plaide d’ailleurs pour une installation ultérieure de la tribune. Le linteau de la porte lui donnant accès arbore une inscription peinte, peu lisible, qui pourrait correspondre à la date tout à fait plausible de 1850. L'escalier en béton semble en revanche avoir été refait à une époque beaucoup plus récente.

L’arche, disparue, formait une petite abside en saillie du mur. Subsiste la grille en fonte de l’estrade de lecture, placée juste devant l’arche sainte dont le style néo-gothique indique aussi une datation de la même période. Le plafond en plâtre, remontant sans doute à la campagne de 1873, présente neuf rosaces destinées à l’accrochage de lustres, vestiges d’un éclairage abondant.

Murs calcaire moellon sans chaîne en pierre de taille enduit
Toit tuile mécanique
Couvertures toit à longs pans croupe
États conservations désaffecté, mauvais état
Statut de la propriété propriété d'une personne privée
Protections inscrit MH, 1984/10/22

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives nationales de France, Pierrefitte-sur-Seine : F19/11024
  • Archives nationales de France, Pierrefitte-sur-Seine : F19/11101
  • Archives départementales de Moselle, Saint-Julien-lès-Metz : 35P195
  • Archives départementales de Moselle, Saint-Julien-lès-Metz : 1V156
  • Archives départementales de Moselle, Saint-Julien-lès-Metz : 7AL130
  • Archives départementales de Moselle, Saint-Julien-lès-Metz : 17J45
Bibliographie
  • ANDRY, Antoine. « Usage des juifs répandus dans le pays messin, 1653 ». TABOUILLOT,Nicolas et FRANÇOIS, Jean. Histoire de Metz par des religieux bénédictins de la congrégation de Saint-Vanne […]. Metz : J.B. Collignon, Nancy : Henner, 1769-1790, 6 vol. Reprint, Paris : Éditions du Palais Royal, 1974, t. IV, p. 101-104

  • DECOMPS, Claire. "La synagogue d'Ennery". Liaisons. 2007, n° 25, p. 24-29

(c) Région Lorraine - Inventaire général - Decomps Claire
Claire Decomps

conservateur en chef du patrimoine, chercheur en Lorraine de 1994 à 2018 puis responsable de la conservation du musée d’art et d’histoire du Judaïsme à Paris.


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- Schumann Henry