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Puits des Vosges

Dossier IA88030984 réalisé en 2016

Fiche

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Le repérage des édicules des eaux a permis de dénombrer 314 puits qui constituent une infime partie du nombre de puits réels existant dans le département des Vosges. En effet, la grande majorité des puits n'est plus utilisée et se trouve sur des propriétés privées voire à l'intérieur des habitations. Toutefois cet échantillon permet de déterminer les caractéristiques principales.

Géographiquement, des puits ont été établis uniquement dans la plaine et la Vôge. En effet, l'abondance des sources dans la montagne vosgienne ne nécessite pas de creuser pour disposer d'eau courante. Les puits sont principalement situés dans les zones de faible altitude, proches des nappes phréatiques, dans les vallées de la Saône, de la Moselle, de la Mortagne et de la Meuse, et surtout sous les cotes de Meuse dans les vallons entre les alentours de Bulgnéville et de Mirecourt, en passant par Châtenois.

Carte présentant la densité par communes des puits relevés dans les Vosges.Carte présentant la densité par communes des puits relevés dans les Vosges.

Les plus anciens sont attestés dès l'antiquité dans le cadre de cités organisées comme à Grand où plusieurs centaines de puits complètent un système d'adduction d'eau souterrain complexe. Ensuite les témoins médiévaux se concentrent dans l'enceinte des établissements monastiques (Puits de l'abbaye de Poussay) ou des châteaux (puits de la forteresse de Châtel-sur-Moselle). A partir des 16e et 17e siècles, les puits conservés deviennent plus nombreux, notamment au centre du village et dans l'enceinte de demeures urbaines (puits de l'hôtel d'Houdreville à Neufchâteau). La plus ancienne date portée sur un puits est relevée dans la cour du château d'Attigny (1734) même si le puits de Romont est surmonté d'un bas-relief daté de 1583, en remploi. A partir du 18e siècle, il semble que des fermes prévoient, le plus souvent, lors de leur construction, un puits dans la cuisine ou sur l'usoir.

Lorsque la nappe d'eau est peu profonde, que les sources sont éloignées ou qu'il est compliqué de les acheminer au sommet du village, les communes peuvent faire construire des puits collectifs couplés à un abreuvoir, qui permettent d'assurer les besoins quotidiens des familles et des animaux. Dans de très rares cas, des habitants se sont regroupés pour créer un nouveau puits comme ce fut le cas en 1850 à Saint-Baslemont : 6 habitants éloignés de 160 mètres du puits communal demande à en construire un par eux-mêmes, à leur frais, dans la rue Neuve. Ce cas est autorisé par l'administration en grande partie car un charpentier et un maçon font partie des demandeurs. En effet, les services d'architectes et d'entrepreneurs de travaux publics sont généralement sollicités. Éventuellement, lorsque des difficultés apparaissent en cours de travaux, on peut faire appel à un ingénieur comme à Pierrefitte en 1842.

Fontaine de la Cure, plans, coupes et élévations du puits par Langlois (architecte) en 1824 (AD88 - 20201/10)Fontaine de la Cure, plans, coupes et élévations du puits par Langlois (architecte) en 1824 (AD88 - 20201/10)

Ces puits vont progressivement être fermés à la fin du 19e siècle et au cours du 20e siècle pour des raisons de sécurité et en raison de leur pollution récurrente par les eaux ruisselant des tas de fumiers à proximité (épidémie de typhoïde, provenant des puits en 1891 à Vrécourt, en 1866 et 1869 à Lerrain). De plus, la mise en place de l'adduction d'eau dans les villages puis dans les habitations va cantonner l'utilisation de l'eau des puits à l'arrosage des jardins potagers.

En fonction de la profondeur de l'eau, de l'époque et des utilisations, plusieurs formes et différents systèmes de remontée de l'eau sont mis en œuvre :

Carte présentant la répartition par commune des différentes typologies de puits relevés dans les Vosges.Carte présentant la répartition par commune des différentes typologies de puits relevés dans les Vosges.

Puits circulaires à margelle en pierre

De quelques mètres à plusieurs dizaines de mètres, la profondeur des puits s'adapte à la nature du terrain pour accéder à la nappe phréatique. Ce conduit circulaire d'un à deux mètres de diamètre peut être laissé à nu quand la roche le permet, mais il est le plus souvent maintenu par une maçonnerie de moellons. A la surface, une margelle circulaire (rarement carrée), appelée localement "mardelle", achève la construction et supporte la superstructure. Monolithique, elle est taillée dans la pierre locale (grès ou calcaire). Dans certains cas, plus modestes ou récents, la margelle a pu être réalisée avec plusieurs pierres de taille, en maçonnerie de moellons ou en briques de laitier, voire remplacée par une dalle de béton pour supporter le système de pompage. Dans la plupart des cas, une auge a été placée à côté pour abreuver les animaux. En effet, le puits permet généralement de conserver un accès à l'eau toute l'année, surtout lorsque les autres points d'eau de surface sont gelés en hiver ou asséchés en été.

Puits à balancier

Le principe du puits à balancier est connu depuis l'antiquité. Il est composé d'une longue pièce de bois oscillant sur un axe maintenu par un pied vertical planté en terre. L'une des extrémités est munie d'un contrepoids et l'autre un seau. Celui-ci est accroché au balancier par l'intermédiaire d'une corde, d'une chaîne ou d'une perche en bois articulée par des anneaux de fer. Une auge est placée à coté du puits pour recueillir les eaux.

Les puits à balancier sont utilisés largement en Lorraine pour puiser l'eau dans les prés ou les villages jusqu'au 18e siècle. A partir de cette époque, les sources captées vont se développer et apporter l'eau au centre du village dans des fontaines qui coulent en permanence.

Appelé localement la "coperche", ce type a aujourd'hui disparu dans les Vosges. Les derniers ont été relevés à Auzainvillers dans les années 1950 et à Norroy vers 1980. Les archives n'en conservent que peu d'évocations : Le Grand puits à balancier de Badménil-aux-bois est réparé en 1848 par Joseph Collé, manœuvre à Badménil-aux-Bois (AD88 - 2O27/9), et un puits est construit en 1825 à Haillainville avec "une bascule garnie de sa lancette et d’un seau" par Charles Dubaut et François Provin résidents à Haillanville pour 190 francs (AD88 - 2O238/9).

Le seul exemplaire visible aujourd'hui est une reconstitution réalisée en 1992 par l'association Maisons Paysannes des Vosges, à Gruey-les-Surance.

Puits à balancier à Auzainvilliers, vue d'ensemble (reproduction en 1982 d'une prise de vue des années 1950) 	Puits à balancier à Auzainvilliers, vue d'ensemble (reproduction en 1982 d'une prise de vue des années 1950) Puits à balancier à Norroy, vue d'ensemble en 1980Puits à balancier à Norroy, vue d'ensemble en 1980 Puits à balancier à Norroy, vue d'ensemble (reproduction en 1977 d'une prise de vue antérieure)Puits à balancier à Norroy, vue d'ensemble (reproduction en 1977 d'une prise de vue antérieure)

Puits à rouleau

Le principe le plus simple de puisage de l'eau est certainement à l'aide d'un seau. Si certaines margelles de puits conservent des traces d'usure dues au passage répété de la corde, la plupart est munie d'une superstructure sur laquelle est fixée un rouleau actionné par une manivelle qui permet d'y enrouler la corde. Ce système permet d'éviter l'usure trop rapide de cette corde qui peut être goudronnée pour être renforcée. Elle a été dès que possible remplacée par une chaîne en fer, plus solide.

La majorité des superstructures est en bois. Quelques cas sont toutefois en pierre (puits à Clairefontaine - Hennezel), les plus récents bénéficient de fer forgé, voire de rouleaux en fonte. La protection d'un petit toit fait de planches de bois ou de deux tôles permet de prolonger la durée de vie du mécanisme.

Pour faciliter la manipulation du seau plein, une encoche a parfois été pratiquée dans la margelle (puits d'Avranville). Pour les plus soignées, une plate-forme a pu être sculptée pour y poser ce seau. (puits de Mazeley).

Puits de l'école de La Rouillie, plan et élévation du puits par Langlois (architecte) en 1829 (AD88 - 20515/10)Puits de l'école de La Rouillie, plan et élévation du puits par Langlois (architecte) en 1829 (AD88 - 20515/10) Puits à Clairefontaine (Hennezel), vue d'ensemble (en 1994)Puits à Clairefontaine (Hennezel), vue d'ensemble (en 1994)

Puits à poulie

Les puits à poulie relèvent du même principe de fonctionnement que les puits à rouleau, toutefois leur utilisation est plus sophistiquée. La finesse de la poulie semble réservée à un cadre privé relativement aisé (puits de l'hôtel d'Houdreville à Neufchâteau) et urbain où elles sont souvent employées au dessus de puits inclus dans l'épaisseur d'un mur. La commune de Bocquegney a également choisi ce système pour le puits tout en pierre de taille, particulièrement soigné.

Toutefois, le principe peut être mis en œuvre dans un cadre plus commun, tel qu'en témoignent les archives de la commune de Certilleux qui mentionnent en 1821 le changement d' "une poulie en fonte soutenue par une monture en fer, en remplacement de la poulie en bois adaptée à une pièce de bois mise en queue, ce qui rend presque le puisage impraticable tant est dur le frottement de cette machine." (AD88 - 2O87/9).

Puits couverts

Seuls trois puits ont été couverts dans les Vosges, sous forme de halle sur 4 piliers en pierre soutenant un toit en pavillon. Celui de Poussay a été établi à la suite de la disparition du chapitre en remployant probablement des matériaux de l'ancienne abbaye (inscrit MH : 1926/03/03). Non loin, ceux des villages voisins de Pierrefitte et Hennecourt sont identiques, et ont probablement été construits par Victor Adam (architecte) au cours du 2e quart du 19e siècle.

Puits avec pompe à eau à bras

A partir du début du 19e siècle, des nouveaux systèmes de puisage en fonte se développent pour faciliter la tâche. La pompe à bras est probablement la plus répandue. Simple et légère, elle est installée progressivement dans nombre d'habitations munies d'un puits. En fer et cuivre, elle est un symbole de la modernité et de la prospérité de la famille. De nombreux puits communaux vont également être équipés de système en fonte conçus pour l'extérieur. Devant être fixées à un support vertical, souvent une planche de bois, elles sont adaptées aux besoins quotidiens mais peuvent s'user rapidement lorsque des débits importants sont nécessaires. Aussi, peu d'exemplaires communaux sont encore en place aujourd'hui. Les pompes à bras relevées proviennent principalement des entreprises Deville Paillette Cie et Alfred Corneau, tous deux fabricants à Charleville (08), ou de Morin-Gacon à Dijon (21), à la fin du 19e siècle.

Puits avec noria

Sur les puits communaux à débits importants, les communes investissent souvent pour installer des pompes en fonte avec un système de noria pour remonter l'eau à l'aide d'une chaîne continue actionnée par une manivelle sous forme de roue. Au cours de la seconde moitié du 19e siècle, de nombreux mécanismes différents sont développés et diffusés par catalogue et à l'occasion des foires et comices agricoles.

La plus fréquemment utilisée est la pompe à godets ou à chapelets mis en œuvre par les fabricants de Bourgogne : Pompes Sauzay Frères à Autun (37% du corpus), Morin-Gacon à Dijon (12% du corpus).

De formes proches, ces pompes sont, soit posées sur la margelle du puits, soit "à console" c'est-à-dire que la margelle du puits est scellée au niveau du sol et le mécanisme est surélevé sur des pieds. La chaîne est souvent laissée à l'air libre, mais elle peut aussi être abritée par un carter qui protège le mécanisme et qui surtout assure plus de sécurité lors du fonctionnement.

puits - pompe à eau de La Rouillie, vue d'ensemble d'une pompe à consolepuits - pompe à eau de La Rouillie, vue d'ensemble d'une pompe à console Puits - abreuvoir de la rue du Château à Sandaucourt, vue d'ensemblePuits - abreuvoir de la rue du Château à Sandaucourt, vue d'ensemble

On relève également 5 pompes de la fonderie Nicolas Noël établie à Liverdun (54) vers 1891, 3 autres proviennent de celle d'Audemar-Guyon à Dole (39). Le système Caruelle, fabriqué à Origny-Sainte-Benoite (02) est un système de pompes à bande multicellulaire, qui utilise le principe de capillarité par une bande de métal ondulée formant des cellules horizontales. Il est installé sur des puits à Beaufremont, à Saint-Remimont et à La Vacheresse-et-la-Rouillie. Il existe également une pompe à Ménil-en-Xaintois, provenant de la fonderie Lecompte à Girancourt-sur-Vraine. Le système d'élévateur d’eau produit par L. Jonet & Cie, constructeur à Raismes-lez-Valenciennes (Nord), adopté à Domptail en 1912, met en avant la sécurité d'un procédé entièrement fermé.

En effet, l'un des avantages des pompes mécaniques par rapport au seau est de permettre l'obturation complète de la margelle et éviter toute chute lors du puisage ou lorsque des enfants jouent à proximité. Les archives conservent régulièrement la mémoire de ces accidents dramatiques, par exemple en 1856 à Poussay, il a été nécessaire de purger le grand puits car "une femme s’était jetée dans ce précipice et y était restée pendant 3 jours sans qu’on sut ce qu’elle était devenue" (AD88 - 2O374/10). Le puits de miracle à Mattaincourt conserve aussi la trace de ce danger à travers la légende de saint Pierre Fourier qui ressuscita en 1620 une fillette qui s'y était noyée. Traditionnellement, lorsqu'il est nécessaire de sécuriser un puits, une trappe de bois y était placée, comme près de l'école de Châtel-sur-Moselle en 1834, mais elle est malaisée à manœuvrer au quotidien (AD88 - 2O98/10).

Tableau de recensement des puits des VosgesTableau de recensement des puits des Vosges

Aires d'études Vosges
Dénominations puits
Période(s) Principale : Antiquité , daté par source
Principale : 15e siècle, 16e siècle, 17e siècle , daté par source
Principale : 18e siècle, 19e siècle, 1er quart 20e siècle , daté par source
Typologies puits à balancier, puits à rouleau, puits à poulie, puits couvert, pompe à noria, pompe à bras
Murs grès pierre de taille
grès moellon
calcaire pierre de taille
calcaire moellon
résidu industriel en gros oeuvre
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 314
nombre d'oeuvres étudiées 30
(c) Région Lorraine - Inventaire général ; (c) Conseil départemental des Vosges - Varvenne Vanessa