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Présentation de l'aire d'étude de l'architecture rurale des Hautes-Vosges

Dossier IA88031121 réalisé en 1993

Fiche

  • Impression

L'étude de l'architecture rurale des Hautes-Vosges s'étend sur la partie Est du département des Vosges. Elle est limitée à son extrémité Est par les crêtes du massif vosgien qui constituent la limite géographique avec l'Alsace (altitude maxi : le Hohneck : 1363 m) . Sa limite Ouest est constituée par les cantons dont l'altitude maxi reste supérieure à 500 mètres. Sa partie la plus élevée est située dans le Parc Régional Naturel des Ballons des Vosges. Elle comprend 13 cantons et 128 communes.

Historique

La présence agricole est attestée en Déodatie au second âge du fer (2e siècle avant notre ère) et à l'époque gallo-romaine. Les vagues de christianisation successives à partir du 7e siècle suscitèrent un développement du secteur avec l'implantation des abbayes bénédictines, propriétaires des terres avoisinantes qui furent défrichées. Une première vague de défrichage voit apparaître des "granges" au milieu de prairies de fauche gagnées sur la forêt. A la fin du 16e siècle commença la seconde vague de défrichage qui s'étendit jusqu'au début du 18e siècle et fut marquée par un net recul de la forêt. Ceci explique un habitat rural particulièrement dispersé dans la zone montagne du département des Vosges et une pratique agraire individuelle contrastant fortement avec les usages communautaires attestés ailleurs en Lorraine. Un pourcentage assez significatif du bâti rural peut être daté du 18e siècle avec un pic spécifique pour les années 1720. L'essor démographique se marqua par la construction de fermes à double logis en profondeur, ou par l'agrandissement des logis anciens par une ou plusieurs travées permettant d'abriter des familles supplémentaires. Le retour à une certaine aisance se marqua par la présence d'un décor, par la création de cheminée de type urbain par la pose de lambris de hauteur dans les pièces... L'activité pastorale constituait, et constitue toujours, un volet essentiel de l'activité agricole de la Montagne vosgienne mais la pluri-activité est importante d'où la présence, dès le 18e siècle, d'une pièce-atelier dans les fermes. Au 19e siècle, le paysan pluri-actif est ouvrier textile. De grosses fermes virent alors une partie de l'espace d'engrangement remplacée par des logis d'ouvriers, construits en maçonnerie entre les "hommes debout" de la charpente. La pratique est encore attestée en 1942 lors de l'enquête des ATP. La première guerre mondiale toucha durement le nord de la zone d'étude. Les années 20 furent marquées par d'importantes campagnes de reconstruction qui furent parfois l'occasion d'une modernisation. Si les distributions intérieures et les grandes caractéristiques usuelles de l'architecture rurale de la Montagne restèrent quasi intangibles, les principales innovations de la première reconstruction en milieu rural résidèrent dans l'emploi de matériaux nouveaux : briques silico-calcaire, poutrelles de métal ou IPN produits par les fonderies de Meurthe-et-Moselle, béton et ciment. La seconde Guerre mondiale toucha massivement l'ensemble des Hautes-Vosges. Mi-novembre 1944, l’armée nazie, lors de son retrait, pratiqua une politique de terre brûlée. Neuf agglomérations de la montagne vosgienne ont été détruites : Saint-Dié rive droite, Saulcy-sur-Meurthe, Saint-Léonard, Anould, Ban-sur-Meurthe-Clefcy, Corcieux, Gerbépal, Gérardmer et La Bresse. La seconde reconstruction a concerné 2000 fermes reconstruite entre 1946 et 1955, sous l'étroite surveillance du Ministère de Reconstruction et l'Urbanisme. Dans un premier temps, le plan traditionnel a été conservé tout en apportant confort et hygiène, puis à partir de 1952 un plan standardisé et modulaire tend à s'imposer en particulier dans la vallée de la Meurthe.

Description

Dans la montagne vosgienne, l'habitat est particulièrement dispersé : au 19e siècle, 61% de la population vit en dehors du chef lieu communal alors que ce taux avoisine les 7% en Meurthe-et-Moselle. Il s'agit d'un des taux les plus forts de France,

dépassé dans quelques départements de l'Ouest (71% dans les Côtes-du-Nord). Aussi, il n'existe pas dans l'architecture rurale de ce secteur de construction à usage collectif : lavoir, fontaine, four à pain, puits ...chaque ferme disposant de son propre four à pain et de sa fontaine. Le cœur du village est généralement implanté en fonds de vallée. L'habitat y est groupé par petits blocs de quelques fermes mitoyennes, souvent deux par deux, par leur mur pignon. Les façades antérieures dégagent un espace, l'usoir, qui accueille la fontaine (souvent abrité par une petite construction en charpente) mais aussi, naguère, le tas de fumier. En périphérie, les fermes se regroupent en hameaux ou se dispersent en écart sur les pentes de la vallée. L'orientation du bâti change alors, le mur pignon du logis est orienté vers la vallée et la lumière, le pignon de la grange adossé à la pente. Dans tous les cas, la ferme est construite en moellon (de grès et de granite, voire de gneiss) maçonné à l'argile ou à la chaux et enduite. Les encadrements de grès rose (plus tardivement de granite) ont pu recevoir à des périodes encore mal déterminées des badigeons de couleur, imitant le matériau d'origine (le grès rose) ou privilégiant le contraste (bleu par exemple). La porte piétonne ou la charretière, plus rarement une pierre d'angle peuvent porter la date de construction de l'édifice ainsi que les initiales des commanditaires et parfois un décor. La charpente, généralement en sapin, est portée par des "hommes-debout", poteaux montant de fond et les murs pignons. La toiture, de pente généralement faible, était couverte d'"essis" (les bardeaux) remplacés au cours du 19e siècle par des tuiles mécaniques. Au 18e siècle, le logis comporte -ici comme dans une bonne partie de la Lorraine -le plus souvent trois pièces en profondeur. A l'étage, une seule pièce en façade sert de chambre. La cave, voûtée en berceau ou en arc surbaissé est située sous la cuisine avec laquelle elle communique directement. Cette distribution intérieure connaît des variantes typologiques et chronologiques dont la géographie reste difficile à définir avec précision : les principales différences portent sur le nombre de pièces en profondeur voire en largeur, sur le couloir (présence, absence, longueur, situation) , sur l'importance et les accès de la cave, sur la disposition de la cuisine (en façade ou en position centrale) , sur le nombre de logis, sur l'utilisation ou non de l'étage, sur la présence d'un atelier.

Aires d'études aire d'étude du département 88
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