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Mairies-lavoirs des Vosges

Dossier IA88030916 réalisé en 2016

Fiche

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Les 20 mairies-lavoirs recensées dans les Vosges sont toutes situées dans la partie ouest du département, dans la plaine, en lien direct avec la Meuse et la Haute-Marne où l'on peut trouver ce même type de construction. Les premières mairies-lavoirs sont plutôt implantées dans le canton de Neufchâteau et semblent se diffuser progressivement vers l'est (Hagécourt en 1882) au cours du 19e siècle, majoritairement avant 1850. La plus ancienne est celle de La-Vacheresse-et-la-Rouillie qui date de 1801.

Cartes de répartition des mairies-lavoirs dans le département des VosgesCartes de répartition des mairies-lavoirs dans le département des Vosges Répartition des dates de construction des mairies-lavoirs datées relevées dans les Vosges au 19e siècleRépartition des dates de construction des mairies-lavoirs datées relevées dans les Vosges au 19e siècle

Les "temples républicains"

Il s'agit généralement d'une construction sur deux niveaux avec un lavoir accompagné d'une fontaine et d'abreuvoirs au rez-de-chaussée, et d'une salle communale à l'étage destinée à accueillir les réunions du conseil municipal et à conserver les archives. L'édifice rassemble ainsi au même endroit plusieurs points de repère de la vie du village, et symbolise la nouvelle idéologie républicaine d'un bien public au profit de toute la population. La répartition spatiale interne laisse aussi apercevoir la place et les rôles des hommes et des femmes au 19e siècle.

Ces mairies-lavoirs ont été établies principalement dans de petites communes. Celles-ci comptaient entre 200 et 600 habitants au milieu du 19e siècle, hormis deux exceptions : Chauffrecourt avec 73 habitants à son maximum en 1800, et Grand qui dénombraient 1259 habitants en 1866. Dans tous les cas, la volonté d'une telle construction s'accompagne de préoccupations financières et foncières. Certains villages manquent de terrain en centre bourg et souhaitent optimiser ceux disponibles en construisant en hauteur (Chauffecourt, Certilleux). D'autres voient l'opportunité d'optimiser les coûts de construction en regroupant les fonctions publiques dans une même structure.

Parfois, cette idée est émise par l'architecte, comme à Bainville-aux-Saules en 1825 par Grandidier (père). D'autres architectes comme Abel Pierre Mathey préférait un autre emplacement pour éviter le bruit et l’humidité provoqués par le lavoir en rez-de-chaussée (Certilleux en 1820).

Dans d'autres cas, les communes ambitionnent à la création d'un monument public remarquable qui toutefois est contraint par le financement. Ainsi, Vicherey a dû réduit son premier projet de plus d'un tiers, à défaut de budget suffisant, supprimant une partie des services complémentaires qu'elle souhaitait apporter à la population.

Mairie-lavoir de Vicherey, vue d'ensemble de trois quarts gauche de la facade antérieure.Mairie-lavoir de Vicherey, vue d'ensemble de trois quarts gauche de la facade antérieure.

Ainsi, la plupart du temps, d'autres fonctions sont adjointes à celle de lavoir et de la salle communale. On y ajoute des équipements liés à l'eau (dépôt de pompe à incendie, toilettes publiques) ou administratifs (guichet, horloge, cloche, halle). La volonté de regrouper en un même lieu l'ensemble des activités communautaires, dans une sorte de temple républicain où tout le village peut se retrouver, a également rapproché les écoles. Ces édifices multifonctions mettent en avant les grandes préoccupations du 19e siècle : l'administration communale qui est confiée aux hommes, l'hygiène dont se charge les femmes, et l'éducation des enfants.

Mairie-lavoir-école

Des salles de classe pour filles et garçons ont ainsi été installées en parallèle de la mairie-lavoir à Vicherey (1829), à Belmont-les-Darney (1846) et à La-Vacheresse-et-La-Rouillie (1801). Pour cette dernière, le projet ambitieux et ostentatoire rassemble tout d'abord l'école et le logement de l'instituteur au-dessus du lavoir, et ce n'est que plusieurs décennies après que la mairie s'y installera également.

Il faut aussi signaler le cas unique de Rozerotte, où le lavoir de 1835 a été couvert d'une salle d'école pour les filles en 1854, sans lien avec la mairie.

Toutefois, il convient de relever que cette association école/lavoir a révélé des inconvénients qui ont conduit à l'abandon de ce type d'organisation dans la seconde moitié du 19e siècle. Le rejet du projet de la commune de Neuveville-sous-Montfort en témoigne, selon une lettre du rapport du conseil des bâtiments civils du département des Vosges, du 18 octobre 1860 : « La commune de Laneuveville-sous-Montfort a fait l’acquisition d’une maison sur l’emplacement de laquelle elle demande à construire un lavoir et une salle d’école pour les filles avec logement d’institutrice. Dans le projet qui nous est présenté, le lavoir qui se trouve naturellement au rez-de-chaussée est surmonté de la salle d’école au premier étage. Cette disposition est d’autant plus vicieuse que l’humidité et le bruit indispensable dans un établissement tel qu’un lavoir, s’élèveraient forcement au 1er étage, et empêcheraient toute espèce d’exercice de classe, toute en rendant la salle malsaine. Cette combinaison serait tout au plus acceptable si des voûtes en briques séparaient les deux étages.» (source AD88 2 O 338/10). Le conseil des bâtiments civils fait ensuite référence à la loi Guizot du 28 juin 1833 portant sur l'instruction primaire qui met en avant des locaux d'école accessibles, avec une bonne aération et construits sur cave, tout comme la présence de salles d'eau, lavabos et latrines.

Mairie-Lavoir-école de Belmont-lès-Darney, coupes et élévations dressées en 1846 par Victor Adam, architecte (AD88 - 2O50/10)Mairie-Lavoir-école de Belmont-lès-Darney, coupes et élévations dressées en 1846 par Victor Adam, architecte (AD88 - 2O50/10)

Dans quelques cas, la commune a aussi utilisé l'étage au-dessus du lavoir pour y réaliser un logement (Bleurville, Begnecourt).

Des constructions plutôt modestes, mais soignées

Généralement, l'implantation des mairies-lavoirs se fait sur l'emplacement d'une fontaine ou d'un lavoir préexistant. Parfois la construction est réalisée en une seule fois (Vicherey en 1829, Bainville-aux-Saules en 1829, Villers en 1863, Chauffecourt en 1873), parfois il s'agit d'une surélévation d'un lavoir par l'ajout d'un étage spécifique pour la mairie (Certilleux en 1820, La-Neuveville-sous-Monfort en 1862, Hagécourt en 1882). La salle communale est accessible soit par un escalier extérieur, soit de plein-pied en façade latérale ou postérieure lorsque le bâtiment met à profit la dénivellation du terrain. Les hommes et les femmes sont ainsi complètement séparés.

Le rez-de-chaussée se présente comme un espace largement ouvert sur la rue avec des arcades ou de grandes baies, tandis que l'étage est fermé et couvert d'un toit à longs pans avec croupes. Un soin particulier est apporté aux encadrements, aux bandeaux, aux corniches et aux chaînes d'angle en pierre de taille. La majorité des ouvertures sont rectangulaires, à encadrement en pierre de taille, toutefois, sept rez-de-chaussée présentent une série d'arcs en plein cintre, évoquant une architecture classique. Pour les communes les plus aisées, quelques décors supplémentaires sont ajoutés : niche, fronton, balcon, statue, volutes gravées, pierre de fondation, épis de faîtage, mais l'ensemble reste sobre.

Ces édifices ont été produits par des architectes différents et reconnus, (architectes d'arrondissement voire du département) : Victor Adam, E. Clarinval, Huot, Grandidier (père), Francois Grillot, Langlois, et Abel Pierre Mathey. Il en résulte une variété de forme, d'organisation et de traitement des façades.

La mairie-lavoir-école de Vicherey a été inscrite MH par arrêté du 18 juillet 2001.

tableau de recensement des mairies-lavoirs-école des Vosgestableau de recensement des mairies-lavoirs-école des Vosges

Aires d'études Vosges
Dénominations lavoir, mairie
Période(s) Principale : 19e siècle
Typologies mairie-lavoir, mairie-lavoir-école, lavoir-école
Toits tuile mécanique, tuile creuse
Murs grès moellon enduit
grès pierre de taille
calcaire moellon enduit
calcaire pierre de taille
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 20
nombre d'oeuvres étudiées 6
(c) Région Lorraine - Inventaire général ; (c) Conseil départemental des Vosges - Varvenne Vanessa