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Les décors signifiants sur les édicules liés à l'eau dans les Vosges

Dossier IA88031183 réalisé en 2016

Fiche

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Sur les plus de 2200 fontaines, puits et lavoirs relevés dans les Vosges, environ 27 % (610 sites) portent encore aujourd'hui un décor en relief, dont 462 fontaines-abreuvoirs, 123 lavoirs, 14 puits et 1 réservoir. Il y en avait bien davantage à l'origine, car nombre de ces décors étaient rapportés (mascarons…) et ont disparu au fil du temps. Ce sont soit des ornements architecturaux magnifiant les façades de l'édifice public, soit des éléments sculptés ou en fonte sur la colonne d'alimentation ; pas sur les bassins ou en toiture.

En plus de l'intérêt esthétique, ces décors ont souvent une portée symbolique, voire apotropaïque. Hormis celles à vocation commémorative, les fontaines sont placées sous la protection de la statue d'un saint, d'un personnage mythologique ou d'un symbole (étoile, cœur, croix, pomme de pin, trèfle, armoiries…). Un lien direct avec l'eau est visible dans 30% des cas (179 sites). Le traitement est toutefois différent en fonction du matériau employé.

Les décors liés à l'eau réalisés en pierre :

Les décors liés à l'eau réalisés en pierre sont au nombre de 15, situés dans la plaine et dans les principales villes du piémont. Cet ensemble comprend des fontaines parmi les plus anciennes du corpus, dans les quartiers canoniaux d'Epinal et de Saint-Dié avec des motifs renaissants de cariatides, grotesques, coquilles (16e siècle), et les fontaines d'Amphitrite et Neptune à Remiremont et Bruyères (18e siècle). Cette dernière est notamment ornée d'une chute d'objets marins avec trident, filets, poissons, nasse et oiseau marin.

Fontaine du Poiron à Epinal, vue de détail d'un mascaron en façade latérale gauche.Fontaine du Poiron à Epinal, vue de détail d'un mascaron en façade latérale gauche. Fontaine Neptune à Remiremont, vue d'ensemble de trois quarts droit.Fontaine Neptune à Remiremont, vue d'ensemble de trois quarts droit.Fontaine Stanislas à Bruyères, vue de détail du relief sur l'obélisque placé à l'Est.Fontaine Stanislas à Bruyères, vue de détail du relief sur l'obélisque placé à l'Est.

Les deux seules rondes-bosses en pierre liés à l'eau identifiées, représentent des personnifications de cours d'eau sous la forme d'une femme : La Mortagne à Rambervillers, et la Meurthe à Saint-Dié-des-Vosges. Si la première a disparu, la seconde témoigne toujours de la reconnaissance des habitants au cours d'eau pour ses bienfaits. C'est aussi une manière de placer la source sous la protection de la rivière locale divinisée. Réalisée par Jean-Baptiste Glorieux, statuaire à Nancy, dans un esprit antique, nue, drapée d'un filet de pêche et versant l'eau d'une cruche, elle ne manqua pas de faire scandale auprès du clergé au moment de sa création (1825).

Statue de la Meurthe sur la fontaine à Saint-Dié-des-Vosges, vue d'ensemble de trois quarts droit.Statue de la Meurthe sur la fontaine à Saint-Dié-des-Vosges, vue d'ensemble de trois quarts droit.

Autour de Neufchâteau, un ensemble de bas-reliefs regroupent cinq fontaines-lavoirs établies entre 1856 et 1863, et dont la façade est ornée de dauphins, de roseaux et de tridents. Ils ont probablement été réalisés par un sculpteur local, à l'initiative d'Abel Antoine Mathey fils, qui est alors architecte départemental de l'arrondissement de Neufchâteau :

- lavoir clos de Pargny-sous-Mureau en 1856

- fontaine de la rue basse à Saulxures-les-Bulgnéville 1857

- lavoir principal de Coussey en 1860

- lavoir couvert de Circourt-sur-Mouzon vers 1862

- fontaine de la rue Haingouin à Liffol-le-Grand en 1863

Lavoir de Coussey, vue de détail du centre de la façade antérieureLavoir de Coussey, vue de détail du centre de la façade antérieure Lavoir de Circourt-sur-Mouzon, vue de détail du relief sculpté sur la colonne d'alimentationLavoir de Circourt-sur-Mouzon, vue de détail du relief sculpté sur la colonne d'alimentation

On peut également mettre en avant la fontaine de la place Royale de Lamarche, aux décors de tridents de végétaux et de frises. Les autres éléments de décors des fontaines et lavoirs réalisés en pierre sont principalement des ornements architecturaux (moulures, frontons, piliers, colonnes…) et quelques mascarons à motifs géométriques (comme à Viocourt par exemple), à tête d'homme (Chatel-sur-Moselle) ou à mufle de lion (Removille).

Les décors sculptés en pierre, nécessitant un travail artisanal et des savoir-faire complexes, sont rapidement supplantés au cours du 19e siècle par les productions industrielles en fonte.

Les décors liés à l'eau réalisés en fonte :

Disponible à des prix raisonnables dès les années 1830, la fonte d'ornement se développe rapidement dans les Vosges, grâce à la proximité des centres de production meusiens et haut-marnais. La variété et la facilité qu'offrent les catalogues, permettent aux communes de la plaine, notamment du Xaintois, d'acquérir au moins un mascaron pour embellir l'édifice utilitaire qui est la partie émergée du réseau d'adduction nouvellement mis en place. Pour les villes en plein développement, l'acquisition de fontes d'art pour leur fontaine est aussi un moyen de montrer leur réussite et leur modernité. Ainsi, les décors signifiants portés par les édicules des eaux des Vosges sont à 92% en fonte (179 sites).

Les représentations naturalistes permettent de reconnaître des végétaux aquatiques, et en premier lieu les roseaux (51/179) qui sont utilisés comme arrière-plan pour un personnage ou un dauphin, comme couronne, ou en tant que motif central. Généralement associés à la résistance face à l’adversité, ils renvoient ici à l'abondance d'eau qui leur est nécessaire et que l'on espère pour la fontaine. Ils sont complétés par d'autres feuilles d'eau (notamment des nénuphars) et des coquillages.

Fontaine de Bazoilles-sur-Meuse, vue de détail de la colonne d'alimentationFontaine de Bazoilles-sur-Meuse, vue de détail de la colonne d'alimentation Fontaine de Tranqueville-Graux, vue de détail de la colonne d'alimentation provenant de A Turquet-Colas à Montiers-sur-Saulx.Fontaine de Tranqueville-Graux, vue de détail de la colonne d'alimentation provenant de A Turquet-Colas à Montiers-sur-Saulx.

La présence d'animaux s'articule autour des dauphins (28/179). Ils peuvent servir de mascarons (fontaine de 1927 à Granges-sur-Vologne). Ils constituent souvent le motif central des bas-reliefs à l'exemple de la borne-fontaine n°1 de la planche 1084 du catalogue de 1911, produit par E. Capitain Gény et Cie (fondeur). Ils peuvent aussi être un élément de composition d'un groupe : fontaine du jardin des Olives à Remiremont et celle de Sartes. Ils agrémentent également les chandeliers d'eau comme celui devant la gare de Saint-Dié ou celui de la Grande fontaine de Remiremont. Dans ce dernier cas, ils prirent une fonction symbolique supplémentaire, lors de l'inauguration de la fontaine en 1828 par Marie-Thérèse Duchesse d'Angoulême, fille aînée de Louis XVI et Dauphine de France.

Les dauphins sont tous modelés à la manière antique avec un front proéminent, une large bouche grimaçante, des ouïes et nageoires feuillagées et une queue de poisson écaillée. Dans tous les cas, leur bouche permet de faire passer le tuyau de sortie d'eau. D'ailleurs certaines extrémités du jet sont à motif de dauphin ou de cygne.

Fontaine des Dauphins à Remiremont, vue de détail d'un dauphinFontaine des Dauphins à Remiremont, vue de détail d'un dauphin Fontaine rue de l'Agréant à Vaudoncourt, vue de détail de la colonne d'alimentation.Fontaine rue de l'Agréant à Vaudoncourt, vue de détail de la colonne d'alimentation. Fontaine de Tranqueville-Graux, vue de détail de la colonne d'alimentation provenant de A Turquet-Colas à Montiers-sur-Saulx.Fontaine de Tranqueville-Graux, vue de détail de la colonne d'alimentation provenant de A Turquet-Colas à Montiers-sur-Saulx.

On peut également voire de manière plus ponctuelle, d'autres animaux aquatiques, tels que les salamandres, les petits poissons, les coquillages et les tortues. Plus ou moins naturalistes, ils s'intègrent dans des compositions complexes destinées à montrer un foisonnement de vie végétale et animale, à l'exemple de la borne-fontaine du fabricant Achille Cadet et E. Guesnier.

Borne-fontaine de la rue de la Chalete à Aroffe, vue de détail de la borne-fontaine.Borne-fontaine de la rue de la Chalete à Aroffe, vue de détail de la borne-fontaine.

Les autres animaux associés aux fontaines sont les oiseaux d'eau. Les cygnes sont fréquents (19/171). Ils sont le plus souvent employés comme élément d'ornement du canon de la colonne d'alimentation. La forme du col de cygne, très appréciée au début du 19e siècle dans le style Empire, est particulièrement adaptée à la finition de cette conduite qui est le point de jaillissement de l'eau.

Mais, les cygnes sont aussi mis en avant dans le cadre de groupe en fonte qui les montrent jouant avec une femme ou un enfant : fontaine de l'Enfant et du Cygne à Raon-l'Etape ; fontaine de La femme portant un cygne produit par la fonderie de Brousseval à Bazoilles-sur-Meuse, Lamarche et Vrécourt. Parfois, il est l'élément central du décor comme sur les fontaines du Cygne et de Maucevelle à Remiremont, ou celle de Robécourt. Ils sont représentés de manière réaliste, avec de nombreux détails (plumes, pattes palmées…) et les ailes déployées pour suggérer leur mouvement.

Fontaine des Sources à Lamarche, vue d'ensemble de face de la statue au sommetFontaine des Sources à Lamarche, vue d'ensemble de face de la statue au sommetFontaine-lavoir du Cygne de Robécourt, vue de détail du cygne (coté droit)Fontaine-lavoir du Cygne de Robécourt, vue de détail du cygne (coté droit)

De manière ponctuelle, un autre oiseau pécheur a été sollicité en tant qu'ornement : le héron qui orne le chandelier d'eau des fontaines monumentales produites par la fonderie de Bousseval (Bazoilles-sur-Meuse, Lamarche et Vrécourt). Il est lui aussi mis en scène de manière réaliste, un poisson dans le bec, sur fond de roseaux.

Fontaine de Vrécourt, vue de détail de la colonne d'alimentationFontaine de Vrécourt, vue de détail de la colonne d'alimentation

Pour compléter l'iconographie liée à l'eau, des objets sont employés, tels que les vases et les coupes (31/171). Ce type de récipient, notamment le vase Médicis, peut être utilisé comme ornement sommital de la colonne d'alimentation. Il est le support de frises classiques (godrons, oves…), de rocailles (production de la fonderie de Durenne notamment), et éventuellement de têtes de lion ou de bélier sur les anses.

Les cruches ou amphores (5/171) revêtent davantage un aspect symbolique en s'intégrant à la composition d'un groupe sculpté. Portées par un personnage, elles font jaillir l'eau, et représentent alors la source (Naïade produite par la fonderie de Tusey à Bains-les-Bains). Cette eau peut être recueillie dans une coupe, portée par un enfant à l'image de fontaine de Senones ou celle de Granges-sur-Vologne.

Fontaine rue du Ménil à Vrécourt, vue de la colonne d'alimentation (fonderie Durenne)Fontaine rue du Ménil à Vrécourt, vue de la colonne d'alimentation (fonderie Durenne) Fontaine de la salle des fêtes de Granges-sur-Vologne, vue de détail de la statue de trois quarts droit.Fontaine de la salle des fêtes de Granges-sur-Vologne, vue de détail de la statue de trois quarts droit.

Enfin, la dernière catégorie d'objets formant des décors signifiants pour les fontaines et lavoirs des Vosges, sont des outils de pêche : filet, rame et trident. Les deux premiers renvoient à l'abondance nourricière des rivières et aux activités humaines qui en découlent : des puttis jouent avec et s'y enroulent (groupes sculptés de Bazoilles-sur-Meuse, l'Enfant et le Cygne à Raon-l'étape). Le trident est employé dans des représentations antiquisantes, dont il symbolise le pouvoir des divinités aquatiques ; Neptune étant le dieu de la mer et celui qui protège les cours d'eau douce. Ils sont également portés par des sirènes ou des tritons, dans le même esprit, comme sur les bornes-fontaines de Coussey.

Borne fontaine - abreuvoir de la place de l'Eglise à Coussey, vue de détail de la borne fontaineBorne fontaine - abreuvoir de la place de l'Eglise à Coussey, vue de détail de la borne fontaine

Le motif du trident est celui qu'on retrouve en plus grande quantité (54/171), car il est employé sur le modèle de colonne d'alimentation produit par la fonderie de Varigney, largement répandu dans les Vosges.

Lavoir de la Rue Neuve à Midrevaux, vue de détail de la colonne d'alimentationLavoir de la Rue Neuve à Midrevaux, vue de détail de la colonne d'alimentation

Les idées d'abondance et de protection de la source, auxquelles sont rattachés les ornements liés à l'eau, se reflètent dans le foisonnement des motifs utilisés et leur imbrication, leur hybridation. Les mascarons en fonte représentent des têtes de femmes ou d'hommes portant une couronne de branches de roseaux. Les hommes sont barbus, parfois grimaçants à l'image de divinités faisant fuir les mauvais esprits. Les femmes, plus coquettes, sont parées de fleurs, de rubans ou de colliers de perles avec une coquille en pendentif. On peut aussi relever les cas particuliers d'enfant-sirène jouant avec un coquillage ou un poisson (fontaine d'Essegney et celle de la gare de Saint-Dié), ou celle de Raon l'Etape qui représente un enfant enroulé dans un filet de pêche, ses bras tentant d'attraper un cygne. Ce groupe est placé sur un piédestal qui évoque des stalactites au-dessus de feuilles d'eau, entourant un parchemin, d'où sort une tortue.

Aires d'études Bains-les-Bains, Bruyères, Bulgnéville, Charmes, Châtel-sur-Moselle, Châtenois, Coussey, Darney, Dompaire, Epinal, Fraize, Gérardmer, Lamarche, Mirecourt, Monthureux-sur-Saône, Neufchâteau, Plombières-les-Bains, Rambervillers, Raon-l'Etape, Remiremont, Saint-Dié, Senones, Vittel
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