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Lavoirs des Vosges

Dossier IA88030904 réalisé en 2016

Fiche

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Les 742 lavoirs qui ont été relevés dans les Vosges, se répartissent de manières différentes dans le département en fonction de leur typologie qui est adaptée aux usages et organisations communautaires. Trois espaces principaux se distinguent, qui peuvent être sous-divisés :

- La montagne granitique est un espace principalement composé de fermes isolées qui possèdent en leur sein une source alimentant un bassin polyvalent, qui sert d'abreuvoir et de lavoir. La lessive se fait donc de manière privée dans ou devant la maison.

- Le piémont comporte des fermes isolées, mais qui se rassemblent en villages plus denses. Un grand nombre de fontaines-abreuvoirs-lavoirs sont privés, mais certaines sont communautaires. Plusieurs fermes voisines s'entendent pour établir et se partager un bassin multi-usage.

- La plaine est formée de villages compacts avec peu de hameaux ou de fermes isolées. L'adduction de l'eau et la construction de lavoirs sont donc entièrement prises en charge par la commune. Ces grands édifices collectifs trouvent ainsi leur place dans l'espace public, en complément de la mairie, de l'école, du local des pompes, de l'égayoir…

Carte de répartition et de densité par commune des lavoirs relevés dans les Vosges.Carte de répartition et de densité par commune des lavoirs relevés dans les Vosges.

L'évolution de l'organisation des lavoirs pendant l'époque contemporaine

Le principe d'organisation de la lessive, visible dans les Vosges granitiques et gréseuses, évolue peu au fil du temps jusqu'à son abandon au profit de la machine à laver moderne alimentée par l'eau courante individuelle progressivement installée au cours du 20e siècle.

Même si les témoignages sont assez rares, il semble que chaque village de la plaine soit équipé d'au moins une fontaine-lavoir à la fin du 18e siècle. A partir de cette date, l'autonomie acquise par les communes suite à la Révolution Française va leur permettre de développer une adduction d'eau plus complexe pour répondre aux besoins d'une population en augmentation. Les habitants les plus éloignés des points d'eau réclament en effet la création de nouvelles fontaines-lavoirs pour avoir un accès équitable pour tous.

Les communes vont donc tout d'abord s'atteler à rénover, voire à reconstruire les fontaines existantes, puis à en créer de nouvelles pour mailler les zones habitées. Elles en profitent pour leur apporter différentes améliorations. Tout d'abord, le bassin polyvalent traditionnel est séparé en deux parties, celle en amont servant de fontaine et d'abreuvoir pour les animaux, et celle en aval étant réservée au lavage. Ainsi les bêtes se sont plus incommodées par les résidus de lessive, et le premier bassin, propre, peut servir pour le rinçage final du linge.

Au fil du 19e siècle, cette séparation entre lavandières et animaux va être affirmée afin d'éviter que les animaux ne blessent les femmes qui travaillent. Ainsi témoigne par exemple, le conseil municipal de Damas-aux-bois en 1887 « Lorsque nos ménagères ont à laver le linge de la famille dans les bassins actuels, qui se trouvent être en même temps les abreuvoirs du bétail et des chevaux, elles courent le danger de recevoir des ruades ou autres coups qui sont toujours à regretter » (sources : AD88 : 2O126/10).

Les aménagements pour palier ce problème vont de l'installation d'un simple mur de clôture du lavoir comme à Igney 1892, à la couverture complète du bassin tel qu'à La Vacheresse en 1891, "pour mettre à l'abri du froid et de la pluie les personnes occupées à laver le linge et empêcher les animaux qui vont à l'abreuvoir de pénétrer où se placent les laveuses"(sources : AD88 : Edpt495 1M1).

Fontaine-lavoir-abreuvoir du Paquis à Regnevelle, carte postale du début du 20e siècleFontaine-lavoir-abreuvoir du Paquis à Regnevelle, carte postale du début du 20e siècle

En parallèle, la différenciation des bassins se fait aussi dans leur forme : l'abreuvoir conserve l'apparence d'une auge, tandis que le lavoir s'agrandit pour permettre à davantage de femmes de travailler en même temps côte à côte, généralement de 10 à 20 places. Le plus important est prévu pour 34 lavandières (lavoir Rue des Petites Boucheries à Épinal - 1889).

On voit aussi apparaître un troisième bassin entre les abreuvoirs et le lavoir. Lorsque l'édicule est couvert, ce bac est placé à l'intérieur (tandis que les abreuvoirs sont accolés en façades extérieures), directement alimenté par la fontaine et la décharge des abreuvoirs. Il est utilisé pour rincer le linge à l'eau claire sans sortir de l'enceinte du lavoir et risquer de côtoyer les animaux. La première mention remonte à 1827 à Sérécourt mais les ajouts se font tout au long du 19e siècle, pour équiper environ 18% des lavoirs relevés.

Mairie-lavoir-école de La Vacheresse, vue intérieure, vue du bassin de lavage.Mairie-lavoir-école de La Vacheresse, vue intérieure, vue du bassin de lavage.

La plus grande partie des lavoirs est construite ou reconstruite entre 1820 et 1890. Il est d'ailleurs nécessaire de les rétablir et les améliorer régulièrement, à l'image de la fontaine du Haut de Relanges dont la première mention est faite en 1797, au moment de sa reconstruction avec deux bassins en pierre dont l’un sert d’abreuvoir et l’autre de lavoir. Ce lavoir est ensuite agrandi en 1832, puis la conduite d'alimentation en bois est remplacée en 1840 par des tuyaux de fonte. Enfin, le lavoir est rénové et couvert pour prendre l'apparence actuelle en 1847. Ainsi à la fin du 19e siècle, toutes les communes sont équipées avec suffisamment de points d'eau pour satisfaire les besoins. Les dernières (re)constructions ont lieu dans les années 1930 suite aux dégâts de la première guerre mondiale (construction d'un lavoir en 1920, près des abattoirs de Saint-Dié, en bordure du canal des Usines Busch, suite à la destruction du lavoir à l’entrée de la Promenade). De nouveaux lavoirs sont aussi installés au sein les quartiers ouvriers en expansion dans les grandes villes de la vallée de la Moselle (Epinal, Thaon-les-Vosges, Chavelot, Nomexy…).

Après la seconde guerre mondiale, la généralisation de l'adduction dans chaque logement et la mécanisation de la lessive, vont entraîner l'abandon progressif des lavoirs communaux (la quasi-totalité des ménages français étant équipée d'une machine à laver à l'issue des Trente Glorieuses). Le lavoir de la rue du Faubourg est probablement le dernier utilisé jusqu'en 2010 par une habitante.

Répartition des dates de construction des lavoirs datés relevés dans les VosgesRépartition des dates de construction des lavoirs datés relevés dans les VosgesRépartition des dates de construction des lavoirs datés relevés dans les Vosges en fonction de leur typologieRépartition des dates de construction des lavoirs datés relevés dans les Vosges en fonction de leur typologie

Le lavoir, un édifice d'enjeux pour la commune.

En plus de l'apport d'eau en grande quantité au cœur des villes et villages, la création de nouveaux lavoirs au 19e siècle revêt des objectifs ostentatoires qui traduisent le fonctionnement de la communauté. A travers cet édifice public, la commune fait transparaître son aisance financière et culturelle. Les plus modestes se contentent d'un abri en moellons ou d'une halle sur poteaux de bois, tandis que les plus riches édifient des monuments à l'antique (colonnes, frontons, corniches…).

Cette démarche démonstrative de mise en valeur de la fontaine-lavoir comme temples de l'hygiène, fait écho au mouvement hygiéniste. Celui-ci incite au développement de la salubrité et de la propreté à la fois des villes, des habitations, du corps et des vêtements. Considéré comme un progrès social, ce renouveau de la propreté doit bénéficier à la santé et au développement de la morale et de l’ordre public. Sur le modèle de l'Angleterre, la France décide de soutenir politiquement le développement des bains et lavoirs publics, suite à la présentation le 31 mai 1850 à l’Assemblée législative, du rapport de la commission déléguée par le Ministère de l'Intérieur, de l'Agriculture et du Commerce, chargée de recueillir en France et à l’étranger tous les documents relatifs aux moyens de créer dans les grands centres de population des bains et lavoirs publics. Ce rapport précise que ce type d'établissement serait "incomplet et insuffisant si l'on n'assurait à l'ouvrier qui vient de baigner et de rafraîchir son corps, les moyens de le vêtir d'un linge propre et convenablement blanchi". La propreté du linge, surtout le dimanche, est un signe de santé et de réussite individuelle. Les communes se doivent donc de permettre un accès au lavoir avec le plus de facilité possible (rapprochement de l'eau des lieux d'habitation, constance du débit de l'eau en toute saison, sécurité, accessoires…).

Domaine des femmes, ces sanctuaires de la propreté sont aussi considérés comme des monuments publics à l'égal de la mairie ou de l'école, traduisant une répartition sociale des missions que la République a confiée à chacun : les femmes sont en charge de la vie privée, les hommes de la chose publique et les enfants doivent être éduquer. Parfois ces fonctions sont rassemblées dans le même bâtiment formant une typologie particulière (cf. IA88030916 Mairie-Lavoir des Vosges)

Aussi, les lavoirs s'inscrivent dans l'organisation spatiale des villes et villages. Bien en vue, en bordure de la voie publique, ils s'incluent généralement dans un ensemble de services publics liés à l'eau comprenant une fontaine, des abreuvoirs, voire un égayoir, un local des pompiers... Le lavoir constitue d'ailleurs un réservoir disponible en cas d'incendie et abrite régulièrement la grande échelle communale.

lavoir de la rue de la Terrasse à Médonville, plans, coupes et élévations dressés par Michaux, architecte, en 1886 (AD88 - Edpt 301/1O7/8)lavoir de la rue de la Terrasse à Médonville, plans, coupes et élévations dressés par Michaux, architecte, en 1886 (AD88 - Edpt 301/1O7/8)

Modes et matériaux de construction

Matériaux des murs :

Essentiellement établis au 19e siècle, les lavoirs reflètent les modes de construction traditionnellement employés pour les édifices publics : une maçonnerie de moellons locaux, enduite où seules les pierres d'encadrement et les chaînes d'angle sont apparentes. Ces pierres de taille sont d'extraction communale. Toutefois, lorsqu'une qualité supérieure est exigée pour réaliser une façade en pierre de taille ou des décors sculptés, les meilleures carrières de la région sont sollicitées.

La répartition des matériaux de construction est donc parfaitement corrélée avec la composition géologique : calcaire dans la plaine, grès dans les Vosges méridionales et piémont (clair au sud et rouge au nord). Dans la zone granitique, étant donnée sa dureté, le granit n'est pas utilisé. Le bois lui a longtemps été préféré aussi bien pour les bassins que les abris. Lorsque la pierre a tout de même été employée, il s'agit de grès provenant des contreforts du massif.

A partir du début du 20e siècle, certaines réparations ou reconstructions sont effectuées avec des matériaux modernes : brique de laitier, ossature métallique et béton. La tendance actuelle est plutôt à la restauration au plus proche des plans d'origine.

Matériaux de couverture :

Parmi les matériaux de toitures relevées, 90% sont en aujourd'hui en tuiles mécaniques. Quelques exemples témoignent qu'il existait au 19e siècle une plus grande variété de matériaux :

- 13 bâtiments ont été bâtis avec des tuiles violons, forme spécifique aux cantons de Coussey, Neufchâteau et à leur abords. Elles ont été produites notamment par les tuileries de Rorthey, de Maxey-sur-Meuse et Aubry à Jubainville, dans les années 1850 et 1860.

- 11 lavoirs sont couverts de tuiles creuses, dans la partie nord-ouest du département. Matériau de couverture le plus couramment utilisé au 19e siècle, il a quasiment entièrement disparu au fil du 20e siècle.

- 8 lavoirs portent des tuiles plates. Ce type de tuiles était souvent utilisé sur les bâtiments publics pour les différencier des habitations en tuiles creuses. Il en est de même pour les tuiles en écaille (4 lavoirs).

- La pierre souvent utilisée à l'époque moderne, ne semble que peu avoir été employée pour abriter les édicules liés à l'eau. Les archives témoignent de 6 bâtiments possédant une couverture en laves à Plombières-les-Bains, Grand et Liffol-le-Grand. Il est précisé qu'elles sont posées "en plein mortier dans lequel il sera mis du foin haché pour former liaison" à Midrevaux en 1821 et "sur lattis de chêne" à Neufchâteau en 1829. (sources : AD88 - 2O315/10 et 2O334/9).

- Les archives ne témoignent que de la couverture de deux lavoirs en bardeaux de chêne, à Vaudaucourt en 1842 et à Plombières-les-Bains en 1860. Le bois a probablement été employé de manière assez large, notamment pour les constructions les plus modestes, mais elles ont toutes disparues.

Formes des bassins de lavage :

La forme la plus simple de lavoir est un bassin en forme d'auge (en bois ou en pierre) sur lequel, il est posé une planche de bois pour frotter le linge. Parfois la planche peut aussi être fixée en porte-à-faux sur le rebord par des équerres métalliques. Cette forme a perdurée à l'Est du département pour les lavoirs privés des fermes isolées, mais aussi pour les lavoirs mitoyens du piémont. Le principe est encore employé sur des bassins en fonte comme celui de Saint Pierremont, produit par la fonderie de Varigney en 1863.

37 lavoirs avec des planches à laver ont été identifiés, soit moins de 4.7% des lavoirs relevés dans les Vosges, mais un grand nombre a disparu. La plupart sont à ciel ouvert, cependant 7 ont été abrités par un toit reposant sur des murs en moellons pour protéger les lavandières des intempéries.

Les bassins en grès des cantons de Raon-l'Etape, Saint-Dié, Fraize et parfois Bruyères, ont de plus la particularité d'être isolés du sol par 4 à 6 pieds, comme au lavoir de Coinchimont, hameau de Ban-de-Laveline, qui porte la date 1618 gravée (la plus ancienne relevée sur un lavoir dans les Vosges).

Lavoir de la Grande Fontaine de Saint-Pierremont, vue intérieure de détail de la planche à laver dans un bassin circulaire.Lavoir de la Grande Fontaine de Saint-Pierremont, vue intérieure de détail de la planche à laver dans un bassin circulaire. fontaine lavoir de Langley, vue intérieure des bassins (1976)fontaine lavoir de Langley, vue intérieure des bassins (1976)Lavoir de Coinchimont (Ban-de-Laveline), vue des bassins sur piedsLavoir de Coinchimont (Ban-de-Laveline), vue des bassins sur pieds

Lorsque l'on se rend plus au sud, dans la Vôge, la planche de bois est remplacée par une pierre à laver. Posée en travers du bassin de grès, elle prend la forme d'un papillon pour permettre à deux laveuses de travailler face à face. 67 lavoirs de ce type ont été identifiés (8.8% du corpus). Seule une dizaine est abritée, tandis que les autres sont à ciel ouvert. On peut également relever la forme particulière de la Grande Fontaine de Xertigny avec son plan en forme de V. Spécificité des cantons de Xertigny, Remiremont, Epinal et Bruyères, quelques pierres à laver sont aussi visibles autour de Dompaire et Plombières-les-Bains. Celles de cette cité thermale ont d'ailleurs la particularité d'être munie d'une cavité sur le coté droit, dans l'épaisseur de la pierre pour y placer le savon.

Lavoir de la rue Liétard à Plombières-les-Bains, vue des bassins avec pierres à laverLavoir de la rue Liétard à Plombières-les-Bains, vue des bassins avec pierres à laver Grande Fontaine de Xertigny, vue d'ensemble depuis l'EstGrande Fontaine de Xertigny, vue d'ensemble depuis l'EstFontaine-lavoir devant l'Eglise de Arches, carte postale du début du 20e siècle.Fontaine-lavoir devant l'Eglise de Arches, carte postale du début du 20e siècle.

De manière anecdotique, à l'extrémité ouest du département, il est aussi possible de voir des planches à laver en fonte fixées sur un bassin de fontaine-abreuvoir à Midrevaux, Pargny-sous-Mureau, Pompierre et Robécourt. Ils ont été acquis auprès des Fonderies de Vaucouleurs et Tusey, et Durenne, entre 1846 et 1901. Au lavoir de la roche Villouxel, la margelle de pierre usée a été renforcée par l'ajout d'une plaque de fonte au-dessus.

Fontaine Jeanne d'Arc à Midrevaux, vue d'ensemble du coté du lavoirFontaine Jeanne d'Arc à Midrevaux, vue d'ensemble du coté du lavoir

La plupart des bassins visibles dans la plaine sont réalisés en pierres de taille, scellées sur le sol, souvent agrafées entre-elles, de manière à former un bac rectangulaire (rarement ovale : 1.6%) de grande dimension, dont le fond et les abords sont pavés. Surélevé de 60 à 80 cm du sol, le large rebord incliné vers l'eau sert de pierre à laver. Cette forme permet une amélioration du confort général : les lavandières travaillent debout sur un support solide pour frotter et battre le linge.

Fontaine-lavoir à bassin ovale à Soncourt, vue intérieure du bassin de lavage.Fontaine-lavoir à bassin ovale à Soncourt, vue intérieure du bassin de lavage.

Dans 6% des cas, cette margelle est au ras du sol (20 cm maximum), ce qui implique de faire la lessive à genoux. Pour cela, on s'agenouille dans un baquet (ou caisse) de bois, garni de paille ou de chiffon qui isole du sol et de l'eau. Cette forme est plus ancienne que celle du bassin hors sol, elle est aussi employée pour la lessive en bordure de rivière. Elle perdure tout au long du 19e siècle, y compris dans des constructions neuves comme à Martigny-les-Gerbonvaux en 1885 selon les plans de Paul Grandidier fils (architecte à Neufchâteau). Répartis dans la plaine, elle n'est pas liée à une typologie de lavoir particulière.

Le bassin peut être subdivisé ou complété d'un second bac, plus petit du côté de l'arrivée d'eau. Ce procédé permet d'améliorer la circulation de l'eau et de créer un bassin d'eau propre en amont du bassin de lavage pour servir de rinçoir, éventuellement d'abreuvoir pour fontaine polyvalente. L'installation des robinets permettent aussi de couper l'alimentation en eau pour vidanger puis nettoyer les résidus de boues et de lessive dans les bassins. Le pavage des abords est systématique avec des rigoles qui canalisent les débordements vers la décharge. Des bancs en pierre sont installés autour du bassin pour poser les paniers hors de l'eau. Des barres de séchage sont aussi suspendues sous la toiture ou fixées aux murs.

lavoir saint-Quentin à Houécourt, vue intérieure du bassin avec un baquet de bois au sol et une barre pour égoutter le lingelavoir saint-Quentin à Houécourt, vue intérieure du bassin avec un baquet de bois au sol et une barre pour égoutter le linge

Typologie des lavoirs

Lavoir sur la rivière :

En l'absence d'ouvrage collectif, la lessive se faisait souvent à même la rivière, par un aménagement très sommaire : une plage en pente douce ou un escalier en pierre permettant d'atteindre la berge, sur laquelle un baquet de bois et une planche à laver sont installés. On peut aussi utiliser de large pierre plate pour battre et frotter le linge. Quelques vues du début du 20e siècle témoignent de cette pratique à Mirecourt, Gugnécourt ou Thaon-les-Vosges. Les archives mentionnent aussi par exemple que la commune de Vincey envisage d'acquérir en 1872, un terrain ouvert appartenant à la Compagnie de l’Est, longeant la voie de chemin de fer, en vue d'établir un lavoir à ciel ouvert. Il est décrit comme "une pièce d’eau au lieu dit le Pré Noyé, couverte pour moitié de joncs et d’osier près de la Moselle et qui sert à laver le linge sale des habitants les plus proches, mais aussi des autres habitants de la commune lorsque les fontaines sont taries en périodes de sécheresse". (sources : AD88 - 2 O 544/11)

Planches à laver sur la rivière devant l'Eglise de Gugnécourt, carte postale du début du 20e siècle.Planches à laver sur la rivière devant l'Eglise de Gugnécourt, carte postale du début du 20e siècle. Lessive sur les berges de la Moselle à Thaon-les-Vosges, carte postale du début du 20e siècle.Lessive sur les berges de la Moselle à Thaon-les-Vosges, carte postale du début du 20e siècle.Lessive sur le Madon à Mirecourt, carte postale du début du 20e siècleLessive sur le Madon à Mirecourt, carte postale du début du 20e siècle

Parfois les lieux de lessive sur la rivière ont bénéficié d'aménagements plus importants, comme la maçonnerie de la berge, ou l'établissement d'une couverture. Ce type de fonctionnement est toutefois rare dans les Vosges, en raison du régime torrentueux de la plupart des cours d'eaux (1.5% du corpus des lavoirs des Vosges). Habituellement, les lavoirs sont constitués de bassins alimentés par des sources captées. A quelques exceptions près, ils ont été détruits lors de réfections des berges ou de la couverture des canaux.

Les formes de ces lavoirs couverts varient en fonction de chaque site :

- ils peuvent être construits sur la rive d'une importante rivière (Moselle, Mortagne). Ils abritent généralement une rangée de planches à laver mobiles, dont la hauteur peut être réglées en fonction du niveau de l'eau. Ils peuvent aussi abriter un plancher métallique mobile à l'exemple des lavoirs sur le ruisseau de l'Abreuvoir à Neufchâteau.

- Ils peuvent être installés sur un ruisseau canalisé relativement régulier, comme le lavoir de la rue Brulée à La Neuveville-sous-Châtenois, le lavoir Maubert à Bulgnéville, ou le lavoir du bas à Hainllainville. Celui-ci possède d'ailleurs un système tout à fait inédit : en l'absence de bassin, le niveau de l'eau qui traverse le lavoir, est réglé par une vanne à coulisse de bois. Au centre du canal, des supports de fer avec boulons soutenaient des planches de bois (disparues) qui reposaient aussi sur la margelle crantée de pierre. Le lavage se faisait à genoux.

- Il ne semble pas avoir eu de bateaux-lavoirs dans les Vosges. Les archives témoignent seulement d'un projet d’acquisition par la ville d'Epinal, en 1887, d’un bateau lavoir à établir en amont du barrage du Cours, pour une somme de 18000 francs. Toutefois le projet a été refusé sur l'avis du rapporteur du projet. Un autre projet est établi en 1899 au pont de la Xatte, également ajourné selon les indications du Conseil départemental des Bâtiments Civils.

Lavoir sur la Mortagne, ruelle des Vannes à Rambervillers, carte postale du premier quart du 20e siècleLavoir sur la Mortagne, ruelle des Vannes à Rambervillers, carte postale du premier quart du 20e siècle Lavoir de Hallainville, vue intérieure du lavoir.Lavoir de Hallainville, vue intérieure du lavoir. Lavoir du Rouceux à Neufchâteau, vue intérieure du bac métallique mobile.Lavoir du Rouceux à Neufchâteau, vue intérieure du bac métallique mobile.

Lavoir à ciel ouvert :

Les lavoirs à ciel ouvert sont parmi les plus nombreux dans les Vosges. Ils représentent 26% du corpus. Faciles à construire et peu onéreux, ils sont largement répandus dans tout le département, avec une concentration plus importante dans la moitié sud.

Installés en bordure de la voie publique au sein des villages, ils ont pour la plupart, été construits avant le 19e siècle et ont été réparés à plusieurs reprises. Les créations de nouveaux lavoirs à ciel ouvert ont lieu plutôt, au cours de la première moitié du 19e siècle, surtout dans les années 1820, mais elles s'étalent jusque vers 1930.

Ils sont composés d'au moins un bassin de lavage rectangulaire avec une margelle inclinée (52 %), une planche à laver (16%), une pierre à laver (30%), voire une plaque de fonte (2%). Ils sont souvent complétés par un bassin d'abreuvoir ou de rinçage sous la colonne d'alimentation.

Carte de répartition des lavoirs à pierres et planches à laver relevés dans les Vosges.Carte de répartition des lavoirs à pierres et planches à laver relevés dans les Vosges.

Il existe deux lavoirs qui prennent une forme circulaire (Robécourt en 1846, et Removille en 1834). L'un en fonte, l'autre en pierre, ils présentent un bassin divisé en deux parties avec une margelle de lavoir sur la moitié de la circonférence.

Fontaine-lavoir du Cygne de Robécourt, vue d'ensemble depuis l'ouest.Fontaine-lavoir du Cygne de Robécourt, vue d'ensemble depuis l'ouest.

Deux autres lavoirs présentent un bassin atypique de forme hexagonale à Rancourt et à Bainville-aux-Saules (établi en 1829 selon les plans Grandidier, architecte à Dompaire, par Thomas Satory, entrepreneur)

Fontaine-lavoir du Petit-Ménil à Bainville-aux-Saules, vue d'ensemble du lavoir à bassin hexagonal.Fontaine-lavoir du Petit-Ménil à Bainville-aux-Saules, vue d'ensemble du lavoir à bassin hexagonal.

Les lavoirs à ciel ouvert présentent peu d'inscriptions ou de décors (13.5 %). En plus de quelques fleurettes, pommes de pin et moulures, il est parfois figuré des ornements liés à l'eau (dauphin, cygne, trident, vase) et des mascarons à mufle de lion. La présence de statue en fonte reflète l'attention porté par les commanditaires au lavoir de Jeanne d'Arc à Midrevaux et à celui du Cygne à Robécourt.

Seuls 5% des lavoirs à ciel ouvert sont en fonte, les autres sont en pierre, calcaire ou grès selon la géologie locale. Quelques fois, on y fait figurer la date d'édification (Cheniménil en 1841, Etival-Clairefontaine en 1846, et Bellefontaine en 1931). Les fabricants et fonderies y ont laissé leur signature, ainsi qu'un entrepreneur à Viviers-lès-Offroicourt : "JE FUT FAIT PAR DALBANNE FILS DE BAINVILLE 1825".

Certains lavoirs à ciel ouvert sont bordés d'un muret qui délimite l'aire pavée. Il permet de restreindre l'accès au lavoir afin d'éviter que les animaux ne viennent s'y abreuver, et les enfants y jouer seuls. Pour protéger les laveuses du bétail mais aussi des intempéries, une partie importante de ces lavoirs à ciel ouvert a été fermée et couverte au cours du 19e siècle.

Fontaine-lavoir-abreuvoir de la Grande Rue à Gignévelle, vue d'ensemble de trois quarts droit.Fontaine-lavoir-abreuvoir de la Grande Rue à Gignévelle, vue d'ensemble de trois quarts droit.

Lavoir halle :

Une douzaine de lavoirs a été relevée avec une couverture sous forme de halle sur poteaux de bois, soutenant une toiture en pavillon ou à longs pans (1,6% du corpus des lavoirs des Vosges). Ces lavoirs-halles se situent plutôt autour de Bulgnéville et à l'ouest de Rambervillers. Ils étaient probablement plus nombreux, mais ces structures légères se sont détériorées et ont souvent disparu, ne laissant plus qu'un lavoir à ciel ouvert. Celles qui sont datées remontent au 2e quart du 19e siècle.

Cette forme présente l'avantage d'une construction peu onéreuse qui met les lavandières à l'abri de la pluie, tout en assurant une bonne aération du lieu et une large communication avec le village. Pour isoler davantage les lavandières des animaux et des intempéries, un essentage de planches a parfois été ajouté sur une ou plusieurs façades.

Pour les constructions les plus récentes, le bois est remplacé par une charpente métallique, comme à Mirecourt en 1901 (selon les plans de Clasquin, architecte départemental)

Grande Fontaine de Clézentaine, vue d'ensemble de la halleGrande Fontaine de Clézentaine, vue d'ensemble de la halle

Lavoir ouvert sur un coté :

Les lavoirs ouverts sur un côté représentent 30% des lavoirs relevés dans les Vosges, ce qui en fait la forme la plus courante. Ils sont répartis sur l'ensemble du département, mais ils sont plus fréquents dans la plaine et plus particulièrement dans le Xaintois et le canton de Lamarche.

Souvent, une fontaine préexiste à l'édification de ce type de lavoir, dont les constructions s'étalent sur tout le 19e siècle et le début du 20e siècle. Les créations sont plus importantes entre 1830 et 1845, et entre 1860 et 1890, deux périodes d'installation en masse de nouvelles fontaines. Pendant la seconde phase, la forme du lavoir ouvert sur un côté est largement dominante sur les autres typologies. En effet, elle semble bien adaptée aux contraintes et aux besoins locaux : Le climat vosgien impose des conditions particulièrement difficiles aux lavandières et la couverture du lavoir est nécessaire pour se protéger de la pluie ou de la neige. Celle-ci est à longs pans, parfois avec croupes pour la distinguer des habitations. Il est également utile de s'abriter du vent et du froid par des murs. Trois façades sont fermées et le coté donnant sur la rue reste ouverte. Cette large ouverture semble préférée à une fermeture complète de l'édifice, afin de conserver un lien direct avec le village, de bénéficier d'une meilleure lumière et d'aérer correctement. La façade antérieure est ainsi matérialisée par une barrière de bassins d'abreuvoirs qui délimitent l'espace et barrent l'accès aux animaux. Selon les cas, les femmes entrent par un portillon de bois ou de fer aménagé à côté des abreuvoirs, ou par une porte percée dans une façade latérale.

Fontaine-lavoir-abreuvoir de Frizon, vue d'ensemble de trois quarts droit de la facade antérieure.Fontaine-lavoir-abreuvoir de Frizon, vue d'ensemble de trois quarts droit de la facade antérieure.

La plupart des lavoirs est munie de bassins rectangulaires, rarement ovales (4%), dont le fond et les abords sont pavés. Hors sol, leur margelle inclinée permet aux lavandières de travailler debout, face à la rue. Seuls 2.5% des lavoirs possèdent une margelle au raz du sol, qui implique de faire la lessive à genoux, courbé. Un banc est généralement placé le long du mur postérieur. Quelques édifices ont aussi été équipés d'une buanderie : un réduit accolé au lavoir avec une cheminée permettant de chauffer l'eau et faire sécher le linge :

- lavoir du Bastard à Remiremont, 1851

- lavoir de la rue du Paquis à Mazeley en 1870

- lavoir dit du bas Bout à Boquegney en 1875

- lavoir de la rue d'Epinal à Plombières-les-Bains vers 1895

- lavoir de l'hôtel de la Tapette à Thaon-les-Vosges en 1904

Malgré les rigueurs du climat vosgien, ce principe de buanderie s'est peu développé, car les lavandières ont longtemps préféré les méthodes traditionnelles de nettoyage, où elles coulaient la lessive dans la maison, et allaient au lavoir pour battre et rincer le linge. (sources : AD88 - 2 O 401/14)

Lavoir sur la Moselle à Charmes, carte postale du début du 20e siècleLavoir sur la Moselle à Charmes, carte postale du début du 20e siècle Fontaine-lavoir de Mazeley, plans et coupes du lavoir avant et après l'ajout de la buanderie proposée par l'architecte Reiveilliez en 1870 (AD88 - Edpt 299/1M1/6)Fontaine-lavoir de Mazeley, plans et coupes du lavoir avant et après l'ajout de la buanderie proposée par l'architecte Reiveilliez en 1870 (AD88 - Edpt 299/1M1/6)

Les encadrements des ouvertures, les soubassements et les chaînes d'angles sont réalisés en pierres de taille. Les édifices les plus soignés peuvent présenter des ornements architecturaux classiques (corniches moulurées, pilastres…) ou une statuette de saint dans une niche. Les éléments de décors sont rares, et se concentrent sur la colonne d'alimentation de l'abreuvoir, en façade antérieure. La fontaine peut ainsi porter un mascaron, une étoile ou être surmontée d'une pomme de pin ou d'un vase. Les lavoirs ouverts sur un côté sont tous très sobres, hormis la fontaine des Sources à Lamarche (1835) qui présente une forme particulière avec un fronton central encadrant la fontaine monumentale en fonte (deux vasques ornées de dauphins, de hérons et surmontées d'une statue de femme portant un cygne).

Quelques-uns (11%) portent une pierre fondation qui rappelle la date d'édification et fait référence aux caractères public et républicain de la construction en mentionnant "lavoir public" ou le nom du maire porteur du projet, de l'adjoint, voire de tout le conseil municipal. On retrouve également la signature des fabricants de fonte, la mention de l'architecte Clarinval et de l'entrepreneur Audinot à Repel en 1861. Les architectes de ces édifices au 19e siècle sont variés et choisis dans l'arrondissement. Les entrepreneurs sont installés dans la localité ou une commune proche.

Les lavoirs ouverts sur un côté les plus récents sont ceux bâtis à Thaon-les-Vosges et Epinal, pour répondre aux besoins des ouvriers. Certaines entreprises industrielles ont participé à la construction de lavoirs dans ces nouveaux quartiers, à l'exemple de La Blanchisserie Teinturerie de Thaon, en 1904, ou le Comptoir Industriel Cotonnier en 1931 à Thaon-les-Vosges, et la Société d’impression des Vosges et de Normandie en 1922 à Epinal. Les Établissements Willig mettent même à profit la récupération de la chaleur de l'usine pour faire bénéficier les lavandières d'eau chaude dans le lavoir de la rue Gambetta à Thaon-les-Vosges.

Lavoir ouvert sur deux cotés :

Les lavoirs ouverts sur deux côtés se répartissent dans les Vosges et fonctionnent de la même manière que ceux ouverts sur un seul côté. Représentant 5% du corpus, ils ont plutôt été construits au milieu du 19e siècle.

Les bassins de lavage et de rinçage sont abrités par une structure composée de deux murs en moellons (avec chaîne d'angles) et d'un pilier en pierre, en bois, en fonte, voire en brique pour les plus récents. Ils soutiennent une toiture à longs pans, avec ou sans croupe, dont certains portent encore des tuiles mécaniques anciennes : Celles du lavoir des Prés Français à Hadol portent la mention "MEDAILLE D'ARGENT ; 1880 ; EXPOSITION DE BAR-LE-DUC ; […] C. BASTIEN / GRANDVILLERS", et la Grande Fontaine de La Vacheresse " UNE MEDAILLE DOR A EPINAL / DEUX MEDAILLES DARGENT A PARIS ; JOLIBOIS A LERRAIN".

Généralement placées à l'angle de deux rues, les deux façades sont ouvertes sur l'espace public. De plus, elles permettent un bon éclairage et une bonne aération du lieu.

Lorsque l'architecture du lavoir est soignée, les piliers sont surmontés d'arcs en plein cintre (lavoir d'Haut à Relanges et de Bleurville), combinés à d'autres ornements architecturaux (moulures, frontons…).

On peut aussi relever quelques lavoirs-halles qui ont été partiellement fermés par des planches pour limiter les courants d'air.

Fontaine-lavoir du Pré Francais à Hadol, vue d'ensemble de trois quarts gauche de la facade latérale gauche.Fontaine-lavoir du Pré Francais à Hadol, vue d'ensemble de trois quarts gauche de la facade latérale gauche. Fontaine-Lavoir du Rupt-Gouttant à Aureil-Maison, Lamarche, vue d'ensemble de trois quarts gauche de la facade antérieure.Fontaine-Lavoir du Rupt-Gouttant à Aureil-Maison, Lamarche, vue d'ensemble de trois quarts gauche de la facade antérieure.

Lavoir ouvert sur trois cotés :

Les lavoirs ouverts sur trois côtés sont peu nombreux (3% du corpus) et se concentrent dans le Xaintois et autour de Lamarche, tout comme les lavoirs-halles, dont ils sont une déclinaison. Tout en conservant les avantages d'une halle, l'idée est de fermer la façade la plus exposée aux intempéries (le plus souvent au nord) ou d'adosser l'édifice à un bâtiment existant. Il peut s'agir d'un appentis en bois adossé à une ferme isolée, mais la plupart sont construits en bordure d'une place publique.

Bien en vue, les structures légères des halles sur poteaux de bois sont rares (Romont, Gemaingoutte, Gemmelaincourt) ; les commanditaires leur préfèrent une architecture ostentatoire en pierre de taille, qui évoque la prospérité de la commune. Les ornements architecturaux (colonnes, corniches, moulures…) peuvent être complétés de décors gravés (Baudricourt), ou de fontes d'ornement (lavoir du Rupt de Mai à Lamarche).

Les bassins d'abreuvoirs sont généralement placés en façade antérieure, sur la place, et l'on pénètre dans le lavoir par les côtés. Les aménagements des bassins à l'intérieur sont variables (bassins rectangulaires, en forme de U, circulaires, ovales) mais les lavandières sont plutôt face à la place.

Grand Fontaine de Romont, vue d'ensemble de trois quarts gauche de la façade antérieure.Grand Fontaine de Romont, vue d'ensemble de trois quarts gauche de la façade antérieure. Fontaine-lavoir de Baudricourt, vue d'ensemble de trois quarts droit de la facade antérieure.Fontaine-lavoir de Baudricourt, vue d'ensemble de trois quarts droit de la facade antérieure.

Lavoir clos avec portes et fenêtres :

Les lavoirs clos avec portes et fenêtres, dont 123 ont été relevés (soit 16% des lavoirs relevés), sont situés dans la partie ouest du département, dans la plaine, et plus particulièrement regroupés dans les cantons de Bulgnéville, Châtenois, Coussey, Dompaire et Neufchâteau.

Leur construction s'étendent sur tout le 19e siècle, (60% sont datés) avec une concentration entre 1820 et 1850 puis dans les années 1880 : le plus ancien lavoir clos repéré est celui dit la Grande Fontaine à Neufchâteau (1621), puis celui d'Autreville (rue de la côte) établi en 1802, et le plus récent est probablement le Lavoir Théâtre d'Epinal bâti en 1889 (hors reconstruction de lavoirs préexistants).

Le ou les bassins sont abrités par un toit à longs pans, voire avec croupe pour le distinguer des habitations, reposant sur des murs en moellons enduits. Les encadrements des ouvertures, les soubassements et les chaînes d'angles sont souvent réalisés en pierres de taille. Les édifices les plus soignés peuvent présenter des façades en pierre de taille, avec des ornements architecturaux classiques (corniches moulurées, pilastres…) ou de rares éléments sculptés (dauphins, tridents, saints).

Lavoir théâtre à Epinal, vue d'ensemble de trois quarts droit de la façade sur la Moselle.Lavoir théâtre à Epinal, vue d'ensemble de trois quarts droit de la façade sur la Moselle. Lavoir de Coussey, vue d'ensemble de face de la façade antérieureLavoir de Coussey, vue d'ensemble de face de la façade antérieure

Quelques lavoirs clos portent une pierre fondation qui rappelle la date d'édification, et fait référence aux caractères public et républicain de la construction en mentionnant "lavoir public" ou le nom du maire porteur du projet, de l'adjoint, voire de tout le conseil municipal (Houécourt, Frébécourt, Jainvillotte). L'architecte ou l'entrepreneur est rarement mentionné. La Fontaine Sainte-Odde à Saint-Ouen-lès-Parey se pare même d'un bas-relief aux symboles de la République de 1848.

La plupart du temps, les lavoir clos ont été établis sur des fontaines préexistantes. Ils apportent un confort face au climat vosgien qui impose des conditions particulièrement difficiles aux lavandières. La couverture du lavoir par un toit est nécessaire pour les protéger de la pluie ou de la neige. Mais il est également utile de s'abriter du vent et du froid par des murs sur les quatre façades. L'éclairage intérieur est assuré par de grandes baies vitrées. L'édification d'un lavoir clos permet aussi d'isoler le lavoir de la rue afin d'éviter que les animaux ne viennent s'y abreuver, que les enfants ne s'approchent de l'eau, seuls. Il permet également une parole des lavandières plus confidentielle que dans les lavoirs ouverts, tout en conservant un lien avec la rue par une ou deux portes et de grandes fenêtres.

Ces lavoirs clos sont propices à l'installation de chauffage, toutefois seuls deux exemples ont été relevés dans la plaine. Le lavoir de Bazoilles-sur-Meuse possède une niche pour un poêle, et celui d'Aigneville est muni d'un chauffe-eau. On peut également relever à Plombières-les-Bains que le lavoir de la rue Liétard bénéficie de l'eau d'une source naturellement chaude.

Parmi les lavoirs clos les plus atypiques, on peut mettre en avant celui de Midrevaux qui a été installé dans une ancienne chapelle, et celui d'Aingeville qui est à impluvium. Réalisé en 1869 selon les plans de Fourquin (architecte), la toiture rassemble les eaux dans un bassin préexistant, probablement pour renforcer une source trop faible, tout en abritant les laveuses. L'esthétique du projet est également remarquable.

Lavoir d'Aingeville, dessin de coupe en largeur de Fourquin (architecte) en 1869 (archives communales).Lavoir d'Aingeville, dessin de coupe en largeur de Fourquin (architecte) en 1869 (archives communales). lavoir de la rue de la Terrasse à Médonville, plans, coupes et élévations dressés par Michaux, architecte, en 1886 (AD88 - Edpt 301/1O7/8)lavoir de la rue de la Terrasse à Médonville, plans, coupes et élévations dressés par Michaux, architecte, en 1886 (AD88 - Edpt 301/1O7/8)

Ces lavoirs clos s'incluent souvent dans un ensemble de services publics pouvant comprendre une fontaine, des abreuvoirs, un égayoir, un local des pompiers...

Lavoir semi-ouvert :

Les lavoirs semi-ouverts sont très peu nombreux, seuls 9 ont été relevés (1.2% du corpus), tous à l'ouest du département. Le plus ancien attesté est celui d'Houéville établi en 1831, et le plus récent est bâti en 1885 à Martigny-les-Gerbonvaux. 4 sont l’œuvre de Paul Grandidier fils, et 2 d'Abel Mathey, tous les deux architectes à Neufchâteau. Ils proposent une forme particulière, qui fonctionne de la même manière que celles des lavoirs clos (fermés par quatre murs en moellons et couverts d'un toit avec croupes). Mais, les lavoirs semi-ouvert s'en distinguent par la présence de larges ouvertures en partie haute, qui peuvent être garnies de persiennes en bois, comme à Houéville. Cette caractéristique permet aux lavandières d'être protégées des intempéries (précipitations et vents), tout en maintenant une ventilation naturelle importante, nécessaire dans ce lieu humide. Éventuellement, la façade sur la rue, peut être un peu plus largement ouverte, pour une meilleure communication visuelle et sonore entre l'intérieur et l'extérieur.

Les piliers soutenant la toiture, les encadrements des ouvertures, les soubassements et les chaînes d'angles sont réalisés en pierres de taille. Les édifices les plus soignés présentent des ornements architecturaux classiques (corniches moulurés, ouvertures en plein cintre, des chapiteaux…) ou un épi de faîtage.

Lavoir de la rue de la fontaine à Chermisey, élévation antérieure dressée par Mathey, architecte en 1838 (AD88 - 2Fi4089) Lavoir de la rue de la fontaine à Chermisey, élévation antérieure dressée par Mathey, architecte en 1838 (AD88 - 2Fi4089) Grande Fontaine de Isches, vue d'ensemble de trois quarts gauche de la façade antérieure du lavoir.Grande Fontaine de Isches, vue d'ensemble de trois quarts gauche de la façade antérieure du lavoir.

Répartition des typologies de lavoirs relevés dans les VosgesRépartition des typologies de lavoirs relevés dans les Vosges Carte de répartition des différentes typologies les plus communes de lavoirs relevées dans les Vosges.Carte de répartition des différentes typologies les plus communes de lavoirs relevées dans les Vosges.Carte de répartition des différentes typologies les plus singulières de lavoirs relevées dans les Vosges.Carte de répartition des différentes typologies les plus singulières de lavoirs relevées dans les Vosges.

Aires d'études Vosges
Dénominations lavoir
Période(s) Principale : 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , daté par travaux historiques, daté par source, porte la date
Typologies Lavoir sur la rivière, Lavoir à ciel ouvert, Lavoir halle, Lavoir ouvert sur un coté, Lavoir ouvert sur deux cotés, Lavoir ouvert sur trois cotés, Lavoir clos avec portes et fenêtres, Lavoir semi-ouvert
Toits tuile mécanique, tuile creuse, lave en couverture, tuile plate, bardeau, tuile en écaille, ardoise
Murs pierre moellon enduit
pierre de taille
bois essentage de planches
fonte badigeon
brique enduit
résidu industriel en gros oeuvre enduit
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 742
nombre d'oeuvres étudiées 121

Références documentaires

Documents d'archives
  • Commission instituée par ordre du Prince Président de la République, Bains et lavoirs publics, Ed. Ministère de l'intérieur, de l'agriculture et du commerce, impr. lith. Bineteau (Paris). 1852. Folio. Pièce, avec pl. lithographiques. Conservé à la Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, V-2126, consulté en ligne : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54292942.

    Bibliothèque Nationale de France : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, V-2126
Bibliographie
  • Lefébure, Christophe. Une approche anthropologique des « maisons de l'eau » : La France des lavoirs, Toulouse, Éditions Privat, 1995

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • WIECZOREK, Jean-Pierre. Les lavoirs meusiens, entre éclectisme et architecture savante. Le pays lorrain : L'eau en Lorraine, mars 2006, n°1, p. 31-38 : ill.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • GRISEL, Denis. Les fontaines-lavoirs de Franche-Comté ; Regards sur. Editions de la Lanterne, 1986. - 95 p. : ill., plans.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy : G ARCH - PUB
  • GOUVENEL, Serge. DULEY, Philippe. Fontaines Lorraines et lavoirs – mémoire. Editions de l'Est, 1988, 109p.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • LECHIEN, Marc. NAVEL, Guy. PARISSE, Bernard. Lavoirs et fontaines. - Nancy : Ed. de l'Est, 1991. - 77 p. : ill., plan ; 24 cm

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
Périodiques
  • MAX, Huguette. Les lavoirs de Lorraine. La revue lorraine populaire, mars-avril 2009, n°207, p. 7-10 : ill.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • THOMAS, Anne. Les lavoirs en Lorraine. La gazette lorraine, juin 2003, n°50, p. 10-17 : ill.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
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