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fontaines et lavoirs commémoratifs des Vosges

Dossier IA88031166 réalisé en 2016

Fiche

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Les 28 fontaines et lavoirs commémoratifs recensés dans les Vosges ne représentent qu'une infime partie du corpus des édicules des eaux répertoriés dans le département (environ 1%). Toutefois, ils sont particulièrement intéressants car ils témoignent de l'engagement politique et citoyen des communautés villageoises qui les ont établis, ainsi que de l'évolution des mentalités au cours du temps.

Dans un cadre urbain comme villageois, la fontaine est une construction publique dont l'usage est aussi important que l'esthétique. Elle participe à montrer la prospérité de la commune et est l'objet d'une attention architecturale particulière. Elle forme un monument mis en scène dans un espace dédié. En conséquence, elle est apte à recevoir une fonction mémorielle, comme peuvent l'être un obélisque ou un arc de triomphe.

1. La fontaine comme support des remerciements à la bonté du souverain

Les plus anciennes fontaines de remerciements recensées dans les Vosges (hors fontaine de dévotion) font référence au dernier duc de Lorraine et de Bar, Stanislas Leszczynski (à Plombières-les-Bains, Saint-Dié-des-Vosges, Bruyères). Son action permit de réaliser notamment des travaux de reconstruction de Saint-Dié-des-Vosges après le grand incendie de 1757. Afin de montrer sa reconnaissance, la ville fait ériger un monument symbolique, imposant, en pierre de taille sculptée, qui montre l'importance de son remerciement. Associer ce monument à une fontaine permet de compléter le message, car la fontaine constitue un réservoir indispensable en cas d'incendie. Elle constitue aussi un élément de modernité urbaine apportant l'eau courante au cœur de la ville pour les usages quotidiens. Elle est aussi inscrite dans un programme urbain complet, au centre de la place Stanislas, longée par la rue Stanislas.

Cette fontaine de Stanislas est érigée par l'architecte Jean-Michel Carbonnar en 1771, peu de temps après la mort du Duc et de l'annexion définitive du duché par la France. Il est ainsi possible d'y voir un hommage à une période révolue.

Si l'on suit cette fontaine-monument au fil de son histoire, elle témoigne des évolutions de la société. Évoquant ainsi l'ancien régime, il semble qu'elle ait été fortement endommagée pendant la Révolution Française, et remplacée par un arbre de la Liberté en 1793. Quand la situation s'est apaisée, la fontaine est été réédifiée en 1807, selon les plans de Renou, architecte de l’arrondissement de Saint-Dié. On n'oublie pas bien sûr d'y apposer une plaque commémorative avec une inscription résumant les principaux événements "Le 27 juillet 1807 / La Ville de Saint-Dié / a érigé ce monument / de Reconnaissance / A Stanislas, Roi de Pologne / dont les bienfaits / ont réédifié / 125 maisons incendiées / le 27 juillet 1757".

La fontaine est épargnée lors de la seconde guerre mondiale, qui va détruire presque toute la ville. Lors de la reconstruction, la modernité prime et la fontaine de Stanislas ne trouve pas sa place devant le nouvel hôtel de ville, temple républicain par excellence. De plus, suite à l'installation de l'eau courante dans les habitations de la ville, une fontaine n'a plus vraiment d'usage à cet endroit, donc elle est déplacée en bordure du centre-ville (place du Point du Jour) à l'emplacement d'une fontaine préexistante.

Fontaine Stanislas à Saint-Dié-des-Vosges, vue d'ensemble depuis l'EstFontaine Stanislas à Saint-Dié-des-Vosges, vue d'ensemble depuis l'Est

Cet exemple est caractéristique des fontaines de remerciement qui sont un acte politique important pour la commune, qui montrent leur engagement politique au moment de la construction mais aussi les évolutions de la pensée de cette communauté en fonction des époques.

2. La marque de l'engagement politique et idéologique de la communauté

D'autres fontaines montrent l'engagement politique de la commune, sans pour autant avoir un rapport direct avec un dirigeant. La village ou la ville souhaite plutôt affirmer ses valeurs à un moment donné et sa position par rapport au pouvoir en place au niveau national.

Dans le contexte instable suivant la Révolution Française de 1789, l'idée est d'affirmer le nouveau régime et en négatif d'oublier celui qui vient de s'achever. Le plus bel exemple vosgien est la Grande Fontaine de Raon l’Étape qui a été établie en 1793 (An 2) sur la place de la République selon les plans de Jean Baptiste Valentin, entrepreneur à Raon l’Etape. Elle a la particularité d’être surmontée d'un bonnet phrygien, appelé "bonnet de la Liberté".

Grande Fontaine de Raon l'Etape, élévation dressée par J.B. Valentin, entrepreneur en 1793 (AD88 - Edpt 379/1M3)Grande Fontaine de Raon l'Etape, élévation dressée par J.B. Valentin, entrepreneur en 1793 (AD88 - Edpt 379/1M3)

Dans ce même élan révolutionnaire, il existe aussi un beau projet de deux fontaines à Maconcourt, en 1802 : Une fontaine de la Paix et une fontaine de la Reconnaissante qui doivent être établies près de l'arbre de la Liberté au centre du village. Le projet d'Abel Mathey père (architecte à Neufchâteau) montre un engagement fort de la part de la commune en adéquation avec le Consulat qui prend le pouvoir en 1799, et dont l'un des objectifs principaux est de rétablir la paix après les guerres révolutionnaires meurtrières. Malheureusement, la commune n'a pas les moyens de ces ambitions et doit repousser le projet. Quand elle dispose enfin du financement vers 1810, la situation politique nationale a bien changé, on est au milieu des guerres napoléoniennes. L'heure n'est plus à la paix et l'architecte Abel Mathey doit refaire les plans en 1811, cette fois plus modestes, sans décor.

Un hommage à la 2e République est visible sur le lavoir de Saint-Ouen-lès-Parey : un bas-relief est intégré en façade antérieure. Il porte les symboles du régime : un coq sur un canon, un œil rayonnant (L'Œil de la Providence) et un arbre de la liberté avec un drapeau. Ce type de mention intégré à une fontaine ou un lavoir est plus discret qu'un monument entièrement dédié, moins onéreux et donc plus fréquent. On relève par exemple l'inscription "A LOUIS PHILIPPE Ier ROI DES Français" sur la fontaine de Longchamp-sous-Châtenois, qui est d'un modèle courant produite par la fonderie de Tusey en 1837, et qui fait référence à l'engagement politique des habitants en faveur de la Monarchie de Juillet (1830-1848).

Ainsi les fontaines commémoratives relevées évoquent à peu près tous les régimes du 19e siècle, comme celle dédiée à Marie-Thérèse, dauphine de France, venue inaugurer la fontaine de Remiremont en 1828 durant la Restauration, ou celles consacrées à l'Empereur lors des passages de Napoléon III dans les Vosges (Plombières, Vittel, Remiremont…).

Certains édicules des eaux portent une symbolique plus large, humaniste. Ce sont des fontaines de la Paix, de la Liberté, de la Concorde… Ce message peut également être évoqué à travers l'érection des fontaines dédiées à Saint Pierre Fourier (1565-1640), protecteur de la Lorraine qui l'aide à se relever de ses ruines. C'est celui qui console après l'annexion. En parallèle, des statues de sainte Jeanne d'Arc sont édifiées sur des fontaines pour utiliser son image locale plus belliqueuse et la mettre au service des mouvements régionalistes et d'union nationale face à l'envahisseur prussien. (Autreville, Bazoilles-sur-Meuse, Coussey, Epinal, Martigny-les-Bains, Maxey-sur-Meuse, Médonville, Midrevaux).

3. Le patrimoine public support de la mémoire

Parallèlement aux fontaines conçues sans une optique commémorative, d'autres édicules des eaux sont devenus supports de mémoire un peu malgré eux, soit qu'ils aient été avant tout des édifices publics, ou témoins d'un événement historique. C'est le cas par exemple du lavoir de Romain-aux-Bois qui est tout à fait typique des construction du 19e siècle (établi en 1860, selon les plans de Fourquin, architecte). Toutefois, il a été partiellement détruit le 14 juin 1940, lors d'un bombardement, qui tua une fillette de 11 ans, Marthe Pain, et blessa trois femmes du village. 70 ans après cet événement, la commune a souhaité rappeler cette histoire locale qui résonne avec l'histoire internationale, en dédiant ce lavoir à Marthe Pain. En faisant de l'ancien lavoir (sans utilité) un lieu de mémoire, elle assure sa pérennité et un lieu de rassemblement pour la communauté.

Cette même finalité a été appliquée au lavoir de 1848 d'Aureil-Maison, hameau de Lamarche, qui est devenu le support de la mémoire de Jules Devincey (né à Aureil Maison le 27 février 1894), considéré comme un héros de la première guerre mondial. Là encore, le fait d'inscrire, de matérialiser par une plaque, le lien entre un habitant du village et la grande histoire permet de créer un mémorial. Mais ici, il n'y a de lien direct entre le lavoir et Jules Devincey. Le lavoir est utilisé comme support en tant qu'édifice public, en l'absence d'autres monuments plus imposants.

Il est vrai que les fontaines ont perdu progressivement leur utilité quotidienne depuis le milieu du 20e siècle suite à la mise en place de l'adduction d'eau. La plupart est cantonnée à un rôle décoratif, d'accompagnement du cadre de vie. Leur associer un rôle de porteur de mémoire, leur permet de continuer à avoir une fonction et donc un entretien régulier gage de leur pérennisation. Les plus récentes peuvent donc porter la mémoire d'un ancien élu ou d'un citoyen exemplaire (Fontaine Michel Bidaud à Xertigny, fontaine Paxion à Gérardmer…), ou constituer un monument commémoratif en elle-même à l'image de la Fontaine du bicentenaire de la Révolution à Xertigny aménagée en 1989.

Fontaine de la Liberté à Xertigny, vue d'ensemble dans le parc, depuis le sudFontaine de la Liberté à Xertigny, vue d'ensemble dans le parc, depuis le sud

Tableau de recensement des fontaines commémoratives des Vosges.Tableau de recensement des fontaines commémoratives des Vosges. Carte de répartition de fontaines de dévotion et commémoratives relevées dans les VosgesCarte de répartition de fontaines de dévotion et commémoratives relevées dans les Vosges

Aires d'études Vosges
Période(s) Principale : 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , daté par travaux historiques, daté par source, porte la date

Références documentaires

Périodiques
  • Saint-Dizier, Marie-Helène. Jeanne d'Arc, figure emblématique de la Grande guerre. La symbolique de l'iconographie commémorative à Ménil et Sainte Barbe. Au bord de la Mortagne n°51 juillet 2012.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
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