Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Fontaines des Vosges

Dossier IA88031007 réalisé en 2016

Fiche

Á rapprocher de

Voir

Sur les 1145 fontaines et abreuvoirs recensés dans les Vosges, plus des trois quarts sont des édicules fonctionnels, relativement modestes, avant tout utilitaires (fontaines-abreuvoirs et borne-fontaine). Les 20% restant correspondent à des fontaines dont la vocation ornementale est très marquée. Elles sont établies bien en vue, sur une place ou à un carrefour, afin de montrer la prospérité des communes qui ont eu les moyens de les édifier. Aussi sont-elles de grandes dimensions, généralement avec des décors sculptés, parfois porteuses d'un message symbolique. Si une partie a été installée dans les années 1820 et 1830 au moment où l'adduction d'eau au cœur des villes et villages est un symbole de modernité, la plupart a été aménagée au cours du 3e et 4e quart du 19e siècle.

Répartition des dates de constructions des fontaines et fontaines-abreuvoirs relevées dans les Vosges au 19e siècleRépartition des dates de constructions des fontaines et fontaines-abreuvoirs relevées dans les Vosges au 19e siècle

A cette période, un réseau de fontaines-abreuvoirs indispensables a généralement été mis en place pour irriguer chaque quartier. Toutefois, la population augmentant et étant désireuse d'une eau potable de meilleure qualité, la séparation entre la fontaine d'une part, et les lavoirs et les abreuvoirs d'autre part, est affirmée. De même que les lavoirs sont progressivement couverts et isolés des animaux, les fontaines destinées à la consommation humaine se différencient des abreuvoirs par leur forme et un soin plus marqué.

Selon son aisance et son ambition, la commune installe une fontaine au centre ou élabore un projet de plusieurs fontaines similaires (Ortoncourt, Serécourt, fontaines du pont de la République à Saint-Dié…). Les plus démonstratives ont constitué un ensemble d'une dizaine de fontaines monumentales, toutes différentes à l'exemple de ceux de Remiremont (cf. IA88031164) et Raon-l'Etape (cf. IA88031165). Tous les deux protégés en tant que Monuments Historiques (MH), ils ont pour vocation de fournir de l'eau potable aux habitants et de servir de réservoirs en cas d'incendie, mais au surplus, ils doivent embellir des rues.

Les cinq autres fontaines inscrites ou classées MH sont plus anciennes et liées aux jardins des anciennes abbayes : la fontaine du Jardin du Prince Charles à Senones, les deux fontaines de l'ancien jardin des Chanoinesses de Remiremont, et les deux fontaines du jardin du Chanoine de Serres à Saint-Dié.

Ces 24 fontaines de pierre et de fonte constituent une part importante des MH du département, qui compte également 3 puits (à Mirecourt et Poussay), une fontaine thermale (sous les arcades à Plombières), et 5 édicules protégés en raison de leur appartenance à un site MH (mairie-lavoir-école de Vicherey, puits de la forteresse de Chatel-sur-Moselle, puits du fort d'Uxegney, fontaine du Château des Capucins de Rambervillers, traces des anciens bains de la Rotonde de Thaon).

Carte présentant la densité par commune des fontaines d'ornement avec statue relevées dans les Vosges.Carte présentant la densité par commune des fontaines d'ornement avec statue relevées dans les Vosges. Fontaine Neptune à Remiremont, vue d'ensemble de trois quarts droit (classé MH : 1966/12/20)Fontaine Neptune à Remiremont, vue d'ensemble de trois quarts droit (classé MH : 1966/12/20)

Ce principe de fontaines d'ornement correspondant à un modèle de communauté organisée, elles sont principalement observables dans la plaine aux villages denses et dans les villes du piémont (Raon l'Etape, Saint-Dié, Remiremont, Bains-les-Bains, Plombières-les-Bains)

La plus grande partie des fontaines à vocation ornementale sont de plan circulaire (68%). Cette forme permet de différencier ces fontaines à eau de consommation humaine, des bassins rectangulaires d'abreuvoirs courants qui représentent plus de 81% du corpus des fontaines relevées dans les Vosges. De plus, elle est adaptée à un placement bien en vue, isolée au milieu d'une place ou à un carrefour, sans qu'il y ait de façade principale. On peut tourner tout autour pour prendre de l'eau sous plusieurs jets, et observer les ornements sous toutes leurs faces. De nombreux villages de la plaine utilisent cette forme pour distinguer la fontaine centrale et s'affirmer par rapport aux bourgs voisins. La fréquente présence de statue en pierre ou fonte d'art au sommet de la colonne d'alimentation (23 % des fontaines décoratives), conforte leur aspect ostentatoire.

Carte de répartition de fontaines circulaires et hémicirculaires relevées dans les Vosges et de densité par communeCarte de répartition de fontaines circulaires et hémicirculaires relevées dans les Vosges et de densité par commune

Le programme décoratif est principalement lié à l'eau (tridents, dauphins, cygnes, roseaux, vases…) avec des références antiques marquées (divinités greco-romaine, ornements architecturaux et géométriques…). Les autres fontaines sont plutôt liées à la une source vénérée ou miraculeuse. En conséquence, le saint tutélaire y est représenté (sainte Catherine, Jeanne d'Arc, saint Antoine, Pierre Fourrier…).

Certaines sont moins figuratives et démontrent leur importance par la superposition de vasques qui répartissent l'eau en plusieurs chutes et jets. Les vasques de fonte peuvent se couvrir de motifs géométriques et végétaux.

Fontaine des Dauphins à Remiremont, vue d'ensemble depuis le nord-ouestFontaine des Dauphins à Remiremont, vue d'ensemble depuis le nord-ouest

Lorsque la place disponible sur l'espace public est réduite, ou que la configuration des rues l'y oblige, les fontaines de ce type sont munies d'un bassin hémi-circulaire. Ainsi dans 24% des cas, les fontaines ornementales sont adossées à un mur ou repoussées en bordure de place pour faciliter la circulation. Dans ce cas, elles présentent une façade antérieure tournée vers le centre de la place.

Deux variantes avec un bassin octogonal et un ovale sont aussi employées à Raon l’Étape, sans toutefois modifier les principes des fontaines circulaires.

Fontaine de Bazoilles-sur-Meuse, vue d'ensemble de partie centraleFontaine de Bazoilles-sur-Meuse, vue d'ensemble de partie centrale

Quelques fontaines à vocation ornementale (6%) sont tout de même munies de bassins rectangulaires, mais les ornements sur la colonne d'alimentation et son couronnement d'une statue rendent le point d'eau ostensible, incontournable.

Les plus anciennes fontaines ornementales sont en pierre, ce qui leur permet de porter un décor sculpté en relation avec le style de l'Epoque (Renaissance pour celles de Saint-Dié, Rocaille pour celles de Remiremont…). Ce matériau extrait localement, est encore employé tout au long du 19e siècle, aussi bien pour les bassins que pour les colonnes d'alimentation ou des vasques comme celle de la place de la République à Monthureux-sur-Saône.

 Fontaine de la place de la République à Monthureux-sur-Saône, vue d'ensemble depuis l'ouest Fontaine de la place de la République à Monthureux-sur-Saône, vue d'ensemble depuis l'ouest

Cependant l'utilisation de la pierre n'est pas majoritaire pour ce type de fontaine : seul un quart est entièrement établi dans ce matériau. C'est la fonte, représentant la modernité et la technicité, qui est la plus largement employée pour les fontaines ornementales. Alors qu'elle n'est utilisée que pour un tiers des fontaines-abreuvoirs (dont les 2/3 sont de simples mascarons), 36% des fontaines d'ornement sont entièrement en fonte, auxquels on peut ajouter 38% qui sont composées d'au moins un élément en fonte (colonne d'alimentation, ou bassin, ou mascaron).

Graphique de répartition des matériaux relevés pour la construction de fontaines-abreuvoirs dans les Vosges Graphique de répartition des matériaux relevés pour la construction de fontaines-abreuvoirs dans les Vosges Graphique de répartition des matériaux relevés pour les fontaines ornementales dans les VosgesGraphique de répartition des matériaux relevés pour les fontaines ornementales dans les Vosges

La fonte permet de plus la création de figures naturalistes et antiquisantes d'une grande variété et d'une grande finesse, qui sont disponibles facilement par les catalogues des fonderies de Meuse, Haute-Marne et Haute-Saône (les productions des fonderies locales comme celle d'Attignéville sont marginales et se résument à des bassins simples). C'est ainsi l'occasion pour les communes d'évoquer leur prospérité (fontaine du Bonheur, de Pomone, de l'Automne…) ou de commémorer une personnalité (fontaine Jeanne d'Arc…).

Elles correspondent aussi aux premières productions de fonte relevées dans les Vosges : celles de Remiremont (1828-30 - fonderie Henry Stehelin à Bitschwiller), puis celle de Longchamp-sous-Châtenois (1837 - fonderies de Tusey), Midevaux (1839), Jainvillotte (1840), Liffol-le-Grand (1841 - fonderies de Tusey). Puis à partir des années 1850, les productions plus standardisées (de Varigney notamment) viennent compléter les fontes d'art produites au cas par cas par les fonderies de Meuse et Haute-Marne.

Le choix de la fonte se fait aussi régulièrement dans une émulation locale qui conduit par exemple La Neuveville-lès-Raon à installer vers 1900 sa fontaine de Diane Chasseresse en vue du pont menant à Raon-l'Etape qui vient de créer son ensemble de fontaines remarquables. D'autres communes de la vallée de Celles, Senones et Moyenmoutier suivront la dynamique de Raon l'Etape en créant de beaux ensembles en fonte.

Si quelques modèles similaires ont été choisis, la grande variété des catalogues des fonderies permet à chaque commune d'individualiser ses édicules majestueux.

Fontaine de la salle des fêtes de Granges-sur-Vologne, vue de détail de la statue de trois quarts droitFontaine de la salle des fêtes de Granges-sur-Vologne, vue de détail de la statue de trois quarts droit

En tant que fontaines monumentales, elles sont isolées par des bornes de protection qui évitent que le bétail n'aille y boire, et qui éloigne également les roues des chariots de l'ouvrage. Les archives municipales conservent la trace de ce type de réflexions à l'exemple de la volonté du conseil municipal de Harmonville qui fait établir en 1874, un mur d’enceinte autour de la nouvelle pyramide de la pompe de la rue du Haut, pour protéger du bétail le balancier et les tuyaux qui dépassent du sol (sources : AD88 - 2O242/9). Plus fréquentes que les murets, les bornes protectrices, reliées par des chaînes sont en pierre, hormis celles de la grande fontaine Dauphine de Remiremont qui sont en fonte.

Fontaine des Dauphins à Remiremont, vue de détail d'une borne de protection en fonteFontaine des Dauphins à Remiremont, vue de détail d'une borne de protection en fonte

Dans cette typologie des fontaines ornementales, on peut aussi y insérer quelques fontaines contemporaines qui ne sont pas destinées à la consommation, mais qui sont à vocation décorative. Elles peuvent aussi porter un message pour la communauté : Fontaine de la Paix et de la Liberté à Bruyères, Fontaine du bicentenaire de la Révolution à Xertigny…

Tout comme les fontaines du 19e siècle, elles sont mises en œuvre avec une esthétique et des matériaux qui évoquent la modernité, par notamment la céramique, l'acier et le verre. Le granite est également mis en avant pour son ancrage local dans la partie la plus montagneuse du territoire (fontaine du sculpteur Petitjean à Remiremont en 1998…).

Fontaine du bicentenaire de la Révolution à Xertigny, vue de détail du pilier central, avec l'Arbre de la Liberté en arrière planFontaine du bicentenaire de la Révolution à Xertigny, vue de détail du pilier central, avec l'Arbre de la Liberté en arrière plan

Liste des fontaines ornementales relevées dans les VosgesListe des fontaines ornementales relevées dans les Vosges

Aires d'études Vosges
Dénominations fontaine
Période(s) Principale : 18e siècle, 1ère moitié 19e siècle, 2e moitié 19e siècle, 20e siècle , daté par travaux historiques
Principale : 3e quart 19e siècle, 19e siècle, 20e siècle , porte la date, daté par source
Typologies fontaine d'ornement avec statue, fontaine circulaire, fontaine hémicirculaire, fontaine octogonale, fontaine ovale
Murs fonte badigeon
pierre pierre de taille
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 230
nombre d'oeuvres étudiées 82

Références documentaires

Bibliographie
  • GRISEL, Denis. Les fontaines-lavoirs de Franche-Comté ; Regards sur. Editions de la Lanterne, 1986. - 95 p. : ill., plans.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy : G ARCH - PUB
  • Baudin, Pierre. Fontaines & lavoirs de Haute-Saone. Franche-comté édition. 2003. Bibliothèque municipale de Vesoul, cote : FC 731.72 BAU.

    Bibliothèque municipale, Vesoul : FC 731.72 BAU
(c) Région Lorraine - Inventaire général ; (c) Conseil départemental des Vosges - Varvenne Vanessa