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fontaines-abreuvoirs des Vosges

Dossier IA88030920 réalisé en 2016

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Sur les 1145 fontaines et abreuvoirs relevés dans les Vosges, 65% sont des édicules simples, modestes, utilitaires, qui ne témoignent pas d'une volonté esthétique ou démonstrative particulière. Ils sont répartis sur l'ensemble du département avec une concentration un peu plus importante dans le piémont. En effet dans cet espace, l'organisation lâche du bâti nécessite la création de nombreux points d'accès à l'eau particuliers et collectifs, qui sont soit :

- des fontaines privées, attachées à des fermes isolées, comme dans la partie montagnarde des Vosges,

- des fontaines mitoyennes privées et partagées entre plusieurs logements voisins,

- des fontaines publiques qui sont implantées par les municipalités de manière à irriguer le maximum d'habitations. Des ensembles de plus d'une dizaine de fontaines-abreuvoirs sont alors fréquents, comme à Ban-de-Laveline, Allarmont, Celles-sur-Plaine, Le Vermont…

On retrouve également un grand nombre de fontaines publiques par commune dans la Vôge, en conséquence de la multiplicité des hameaux et fermes isolées.

Les fontaines-abreuvoirs actuellement visibles ont principalement été établies au cours du 19e siècle, en remplacement de fontaines préexistantes, régulièrement restaurées. Un certain nombre correspond aussi à des créations du milieu du 19e siècle, qui répondent à un besoin d'eau accru dans les villages en raison de l'augmentation de la population humaine et animale, et de l'amélioration de l'hygiène. Aussi chaque communauté multiplie les points d'eau, surtout dans les années 1860 et 1870. A partir de 1900, les communes sont bien équipées et commencent à réfléchir dans le 2e quart du 20e siècle à des systèmes d'adduction d'eau pour chaque habitation. La plupart de ces travaux ont lieu après la seconde guerre mondiale et la totalité des communes vosgiennes est reliée vers 1970. Les fontaines-abreuvoirs sont alors progressivement délaissées, les conduites ne sont pas entretenues et les eaux se perdent ou sont détournées. Un grand nombre n’est aujourd'hui plus en eau, sert de bac à fleurs, a été dénaturé, voire détruit car gênant la circulation.

Répartition des dates de construction des fontaines et fontaines-abreuvoirs relevées dans les Vosges au 19e siècleRépartition des dates de construction des fontaines et fontaines-abreuvoirs relevées dans les Vosges au 19e siècle Carte de répartition de fontaines-abreuvoirs relevées dans les VosgesCarte de répartition de fontaines-abreuvoirs relevées dans les Vosges

Formes, matériaux et décors :

Les fontaines-abreuvoirs sont toutes composées d'au moins une colonne d'alimentation et d'un bassin polyvalent, utilisées pour l'alimentation humaine et animale. Toutefois, on peut relever des variantes en fonction de l'époque et des zones.

Les bassins des abreuvoirs sont généralement en pierre et isolés. Seuls 24% sont adossées à un mur. Similaires sur tout le département, ils sont de forme parallélépipédique, évidés, d'environ 2 à 3 m de long, 1m de large et 80 cm de haut. La seule exception concerne les bassins en grès des cantons de Raon-l'Etape, Saint-Dié, Fraize et parfois Bruyères, qui ont de plus la particularité d'être isolés du sol par 4 à 6 pieds. Les bassins de la fontaine-abreuvoir-lavoir de Coinchimont, hameau de Ban-de-Laveline, en est un exemple, qui de plus porte la date 1618 gravée : c'est la plus ancienne relevée sur un bassin dans les Vosges.

Fontaine-lavoir-abreuvoir de Coinchimont (Ban-de-Laveline), vue intérieure des bassins, dont l'un est daté de 1618.Fontaine-lavoir-abreuvoir de Coinchimont (Ban-de-Laveline), vue intérieure des bassins, dont l'un est daté de 1618.

La pierre est de provenance locale : Le calcaire est employé dans la plaine, le grès dans le piémont avec une teinte claire (rose, ocre) dans les Vosges méridionales, et plus soutenue (rose, rouge) en allant vers le nord. Dans la zone des Vosges granitiques, la pierre étant trop dure, les colonnes d'alimentation et les bassins étaient en bois : un tronc de chêne ou de sapin était percé ou évidé. Cette pratique a disparu suite à l'amélioration des transports qui permit d'acheminer des bassins en grès depuis le piémont, et le développement de machines capables de travailler le granit, à partir de la fin du 19e siècle.

Fontaine-abreuvoir en bois située au 4 Le Talet, Le Valtin, vue d'ensemble (1983)Fontaine-abreuvoir en bois située au 4 Le Talet, Le Valtin, vue d'ensemble (1983)

L'utilisation du bois ne se cantonne pas à la montagne, mais elle y est plus systématique et s'y prolonge plus longtemps. Les archives témoignent d'un recours fréquent au bois dans tout le département, surtout avant le 19e siècle, pour fabriquer les différents composants des fontaines : tuyaux, colonne d'alimentation (appelée localement moine) et abreuvoirs. Peu cher et facile à façonner, le bois présentent toutefois des inconvénients face à la pierre ; ce que nous confirme le conseil municipal de Bruyères, en 1810 qui souhaite remplacer toutes les auges de fontaine en bois par de nouvelles en pierre "plus esthétiques, de plus grande contenance […] plus utiles en cas d’incendie ou de pénurie d’eau. […] les auges en pierre n’offrent pas au coup d’œil le ridicule des auges en bois […] Elles constituent un ornement […] alliant l’utile à l’agréable". Il précise aussi qu'un bassin en pierre coûte le double d’un bassin en bois, qui vaut 240 francs. Mais un bassin de bois est usé en une quinzaine d’années, contre 50 à 60 ans pour la pierre, sans aucune réparation (sources : AD88 - 2O 82/9).

L'architecte Melin précise les dimensions d'un bassin en bois de chêne qui est installé à Romont en 1803 : "5,60 m de long, creusés avec des parois de 8 cm d’épais". (AD88 - 20413/9). On construit aussi par exemple un "moine neuf en bois de cerisier" à Pierrefitte en 1824. Les deux matériaux se s'excluent pas comme le montre le remploi deux anciennes auges en bois en bon état qui ont été placées à l’extrémité des quatre nouvelles auges de pierre lors de la reconstruction du lavoir de Clézentaine en 1836. Une auge en bois est encore mise en place en 1868 à la fontaine de saint Quentin à Houécourt.

Fontaine-abreuvoir de la rue Brulée à La Neuveville-sous-Châtenois, vue plans, coupe et élévation de la chambre de source et de la fontaine dressées par Liser, architecte en 1819 (AD88 - 2O337/8)Fontaine-abreuvoir de la rue Brulée à La Neuveville-sous-Châtenois, vue plans, coupe et élévation de la chambre de source et de la fontaine dressées par Liser, architecte en 1819 (AD88 - 2O337/8)

La fonte a également été utilisée pour fabriquer les fontaines-abreuvoirs, de manière plus marginale : 13% des fontaines-abreuvoirs sont entièrement établies dans ce matériau, auxquels on peut ajouté 19% qui sont composées d'au moins un élément en fonte (colonne d'alimentation, ou bassin, ou mascaron). La fonte, relativement onéreuse est beaucoup moins importante pour les fontaines-abreuvoirs que pour les fontaines ornementales, dont 36% sont en entièrement en fonte et 38% portent au moins un mascaron en métal. La fonte et la pierre sont alors utilisées de manière indifférenciée pour les bassins ou les colonnes d'alimentation ; toutes les combinaisons sont possibles.

Fontaine-abreuvoir de Sionne, vue d'ensembleFontaine-abreuvoir de Sionne, vue d'ensemble Graphique de répartition des matériaux relevés pour la construction de fontaines-abreuvoirs dans les VosgesGraphique de répartition des matériaux relevés pour la construction de fontaines-abreuvoirs dans les Vosges

Mis en place au cours des 3e et 4e quarts du 19e siècle, les éléments en fonte se regroupent principalement dans la partie ouest du département, en raison de la proximité des fonderies de Meuse et de Haute-Marne. Toutefois, plus d'un tiers des fontaines-abreuvoirs en fonte provient de la forge de Varigney en Haute-Saône, qui irrigue tout le centre des Vosges de productions standardisées pas trop onéreuses. Cette production de fonte est celle qui présente le plus de décors dans cet ensemble d'édicules utilitaires et plutôt modestes. En effet, seules 27% des fontaines-abreuvoirs portent un décor, principalement sur les colonnes d'alimentation en fonte. Les décors en pierre sont plutôt des moulures, des ornements végétaux ou géométriques : fleurettes, pommes de pin, sphères, pointes de diamant, frises…, auxquels peuvent être ajoutés des mascarons à mufle de lion et des vases en fonte.

Seulement 11 % des fontaines-abreuvoirs portent une inscription. Il s'agit à 56% du nom du fabriquant des parties en fonte, pour un tiers d'une simple date (27/81), et les dernières correspondent au nom de la fontaine.

Fonctionnement dans un ensemble :

Parmi les fontaines-abreuvoirs repérées, 7% correspondent à des sources aménagées isolées en dehors des villages. Parfois, ce sont aussi des fontaines vénérées, miraculeuses, le bassin servant alors pour les ablutions.

Les sources relevées ne représentent qu'une infime partie des sources existantes dans les Vosges, mais elles ont la particularité d'avoir été aménagées avec au moins un bassin servant d'abreuvoir pour les animaux dans les pâturages. Dans certains cas, le point d'émergence a aussi pu être couvert par un édicule, complété d'une conduite qui apporte l'eau vers un lieu plus accessible, près de la route ou en plein cœur du village. L'aménagement est généralement sommaire (quelques pierres de taille), mais dans la région autour de Bains-les-Bains, les sources captées sont souvent rassemblées dans un amas d'eau couvert d'un édicule en pierre de taille évoquant de petits sanctuaires : fronton triangulaire couronnant un édicule à niche ou voûté. Remontant plutôt au 18e siècle et à la première moitié du 19e siècle, ils sont probablement inspirés des découvertes archéologiques (temples domestiques de Pompéï, monuments funéraires romains). Ils sont aussi à mettre en relation avec des éléments similaires existants en Haute-Saône.

fontaine et amas d'eau au-dessus de la route des Sauniers à Trémonzey, vue d'ensemble de trois quarts gauche fontaine et amas d'eau au-dessus de la route des Sauniers à Trémonzey, vue d'ensemble de trois quarts gauche

La construction permettant le rassemblement des eaux de la source afin de les acheminer vers une fontaine. Elle peut prendre localement plusieurs appellations (vocabulaire relevé dans le cadre de dépouillements dans les archives communales conservées aux AD88). On parle d'un amas d'eau, d'un puisard, d'un récipient, d'un réservoir, d'un château d'eau, d'une chapelle d'eau, d'un bac, d'un bouge d’enchambrement, ou d'une chambre de source, sans que les différences soient aisément identifiables. Cet aménagement initial peut également servir de chambre ou de bouge de distribution vers plusieurs conduites. À l'extrémité de la file de tuyaux, il y a également un bouge ou une chambre de réception : un regard qui permet la jonction à la fontaine-abreuvoir à proximité. L'eau jaillit alors par le canon, dit jettoir, dauphin ou versoir de la colonne d'alimentation appelée localement un moine, une borne hydraulique, ou un therme hydraulique. Après être passée dans le bassin ou auge, l'eau est recueillie et évacuée par la décharge, le puisard ou l'amas d'eau, qui est un petit bac ou un canal qui reçoit le trop-plein et le dirige soit vers une autre fontaine, un lavoir ou un égayoir, puis vers la rivière.

Les archives conservent également la mémoire de certains éléments de fonctionnement quotidien des fontaines-abreuvoirs, notamment concertant leurs usages et leur entretien. Les communes ont régulièrement été dans l'obligation d'émettre des règlements de bonne utilisation des lieux notamment afin de préserver la propreté des eaux de consommation : "Il est expressément défendu de laver des salades, des légumes ou autres denrées dans les auges où s’abreuvent les bestiaux, des déposer des pailles ou toute autre chose" (extrait de l'arrêté municipal de Bainville-aux-saules du 12 février 1884) ; "Il est défendu à toute personne de netoyer leur baterie de cuisine dans les bassins du lavoir, ni meme sur le pavé de l'intérieur du bâtiment […], de nettoyer les balais qu'ils ont sati en balayant leurs maisons, leurs écuries, la boue dans la rue et autres lieux sales […], d'y laver les sabots salis de boue & d'ordures, d'y laver de la laine qui a été mise dans la teinture […], d'y laver aucune sorte de légume dans le premier bassin destiné à rainser le linge après avoir passé au lavage" (extrait du règlement de police des fontaines et lavoirs de Frébécourt en 1842 - AD88 2O189/9).

A Remiremont, l'arrêté du 22 septembre 1825 précise qu'il est interdit de laver le linge et les débris d’animaux dans les bassins afin de les garder propres pour abreuver les animaux et utiliser les pompes à incendie. Le lavage des légumes et poissons est autorisé seulement dans certains bassins (AD88 - 2O401/14).

Le respect de ces règlements est assuré par le garde-champêtre.

Des règlements précisent aussi la répartition des activités pour chaque point d'eau communal. Par exemple, l'arrêté de Police pour les fontaines municipales de Isches, du 26 novembre 1857, mentionnent que trois des fontaines doivent servir uniquement à l’alimentation des habitants, l’auge d’abreuvoir pour les bestiaux. Les trois autres fontaines sont des lavoirs avec un bassin pour la lessive, un bac "pour le linge à dégorger après avoir été lavé" et des auges sur la rue qui servent d'abreuvoirs aux bestiaux.

Ainsi au fil du 19e siècle, les auges polyvalentes cèdent la place à des bassins réservés pour des activités spécifiques, placés de manière logique : les activités les plus salissantes ou polluantes en aval de l'écoulement d'eau. Ainsi les auges du bétail sont séparées des fontaines et des bacs de rinçage du linge. De même que les lavoirs sont progressivement couverts et isolés des animaux, les fontaines destinées à la consommation humaine se différencient des abreuvoirs, qui restent utilitaires et donc plus modestes. D'ailleurs les troupeaux augmentant, les abreuvoirs doivent régulièrement être agrandis et l'on peut observer des files de plusieurs bassins (jusqu'à 10 bassins alignés).

Carte de répartition par commune des fontaines simples et en file de bassins relevées dans les VosgesCarte de répartition par commune des fontaines simples et en file de bassins relevées dans les Vosges Tableau de recensement des fontaines-abreuvoirs des VosgesTableau de recensement des fontaines-abreuvoirs des Vosges

Aires d'études Vosges
Dénominations fontaine, abreuvoir
Période(s) Principale : 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , porte la date, daté par source, daté par travaux historiques
Typologies fontaine en file de bassins
Murs pierre pierre de taille
fonte badigeon
bois
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 740
nombre d'oeuvres étudiées 62

Références documentaires

Bibliographie
  • GRISEL, Denis. Les fontaines-lavoirs de Franche-Comté ; Regards sur. Editions de la Lanterne, 1986. - 95 p. : ill., plans.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy : G ARCH - PUB
  • Baudin, Pierre. Fontaines & lavoirs de Haute-Saone. Franche-comté édition. 2003. Bibliothèque municipale de Vesoul, cote : FC 731.72 BAU.

    Bibliothèque municipale, Vesoul : FC 731.72 BAU
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