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fermes, aujourd'hui maisons, de la commune de Corcieux - Version provisoire

Dossier IA88000054 réalisé en 1993

Fiche

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Bien qu’ayant perdu sa fonction initiale de ferme, l’habitat traditionnel est encore présent dans les hameaux de la périphérie de Corcieux. Son architecture appartient à la typologie de l’habitat de la montagne vosgienne marquée par des adaptations aux usages locaux.

L’organisation des espaces intérieurs reprend principalement la pratique en usage dans le sud du massif avec la présence d’une avant-grange, appelée localement le « charri » ou le « chépu », qui distribue les trois travées. Cet espace est souvent clos par une seconde porte charretière qui le sépare de la grange proprement dite. Passage obligé des hommes, animaux et chariots, la porte de l’étable en façade n’est plus indispensable et la porte piétonne ne garde qu’une fonction symbolique. Ainsi, parfois, seule la porte charretière est présente en façade antérieure, une porte piétonne est alors découpée dans un battant de celle-ci. Corcieux constitue la limite nord de la zone d’influence du chapitre de Remiremont ainsi que des Vosges granitiques. Cette limite correspond aussi à celle de l’implantation du « charri ». À partir du XIXe siècle, les constructions adoptent fréquemment le plan des fermes du bassin de Saint-Dié, sans « charri » et avec un couloir fermé qui dessert la cuisine.

Le logis, comme dans toute la montagne vosgienne, est généralement constitué de trois pièces en profondeur où la cuisine occupe la place centrale et dessert le reste de l’habitation. La vie de la ferme s’organise autour de cette pièce qui comporte les deux éléments qui restent le seul confort jusqu’au XIXe siècle : la « pierre à eau » (évier) sous l’unique fenêtre et la cheminée « au large ». Cette dernière, située dans l’angle constitué par le mur pignon et le mur de refend de la pièce « de devant » est dépourvue de manteau et d’avaloir. Elle est constituée d’un vaste conduit prenant appui sur les murs et le poutrage du plafond, d’un contrecœur avec plaque de cheminée et parfois d’un socle maçonné limité à une surélévation du sol. Elle donne accès à la bouche du four à pain dont le corps en maçonnerie est disposé hors-œuvre.

La pièce « de devant » ou « poële » est la chambre à coucher des maîtres de maison mais c’est aussi la pièce d’apparat, la seule à posséder parfois un décor menuisé ou sculpté. Le mur qui la sépare de la cuisine est souvent recouvert d’un lambris de hauteur dont les panneaux intègrent le revers du contrecœur de la cheminée avec sa plaque de cheminée, son placard chauffant et l’horloge murale. Les trois autres murs sont pourvus de lambris d’appui.

La pièce « de derrière » a des fonctions variables adaptées aux activités secondaires de l’exploitation : chambre, cellier à fromage, atelier de tissage ou de tournage du bois...

Jusqu’au XVIIIe siècle, l’étage n’est pourvu que d’une pièce unique ouverte sur la façade antérieure ; elle sert de « chambre à grain » et de chambre à coucher, le reste de l’étage étant utilisé comme fenil. Face à l’expansion démographique du XIXe siècle, des chambres supplémentaires sont créées dans cet espace afin d’accueillir la nombreuse descendance ou les ouvriers agricoles.

La grange est séparée de l’étable, dite « écurie », par une cloison de bois dont les volets coulissants donnent directement accès aux râteliers. Elle n’est couverte d’un second niveau que dans sa partie antérieure, le « gerbier », pièce servant au stockage des céréales ; sa partie postérieure, ouverte jusqu’à la toiture, permet l’accès aux espaces d’engrangement.

Lorsque le terrain présente une forte déclivité, un pont de planches permet aux charrettes de foin d’accéder directement à la partie supérieure de l’engrangement. Alimenté par une source souvent partagée entre plusieurs fermes, le bassin de fontaine, à l’extérieur, est protégé par un abri en bois attenant à l’habitation. Cette construction sommaire constitue l’unique annexe de la ferme.

Au cours du XIXe siècle, sous la pression de l’hygiénisme, l’édifice prend de la hauteur, permettant ainsi d’élever le plafond de la partie habitation et d’augmenter le volume des engrangements. Dans les grosses exploitations, les façades antérieures sont percées d’un troisième niveau de petites ouvertures destinées à aérer les combles et une quatrième « travée fonctionnelle » dédiée au remisage du matériel agricole vient compléter le bâtiment. En matière de confort, l’introduction du poêle à bois condamne la cheminée dont le vaste conduit est alors fermé au niveau du plafond et ne laisse plus place qu’au tuyau du « fourneau à quatre pots »

et plus tard à celui de la cuisinière. Le volume du conduit de cheminée reste réservé à la fumaison des pièces de viande de porc.

Ce plan d’habitat massé à travées fonctionnelles, typique de la Lorraine, reste un modèle jusque dans les années 1950. Il n’est remis en cause que dans les dernières années de la Seconde Reconstruction. Un plan de ferme modulaire est alors proposé, le bloc habitation étant relié à l’exploitation par un corps de passage abritant la buanderie.

Pour les matériaux, on retrouve ici les caractéristiques propres au massif vosgien : murs de moellons hourdis à la chaux ou à l’argile avec encadrement de baie en grès et charpente sur poteaux de fond. Celle-ci, généralement en sapin, est portée par les murs pignons et des « hommes-debout », poteaux montant du sol jusqu’aux pannes. Parfois les « hommes-debout » sont présents derrière les murs gouttereaux pour les soulager du poids de la toiture. De pente généralement faible, elle est couverte « d’esseins » ou de « grandes essandres » de sapin (les bardeaux), régulièrement changés puis remplacés ou recouverts dans la seconde moitié du XIXe siècle par des tuiles mécaniques.

Les linteaux des baies sont le lieu privilégié du décor. Alors que ceux des fenêtres révèlent le style d’une époque de construction par leurs forme et délardement, le linteau de la porte piétonne affirme, par ses inscriptions et décors symboliques, la personnalité des commanditaires, tout comme la pierre de fondation.

23 fermes ont été repérées sur ce territoire et 7 étudiées. 16 portent des dates qui s'étagent entre 1673 et 1877 avec une forte représentation du 19e siècle. Les constructions intègrent souvent des vestiges d'ancien bâtiments, particulièrement visibles dans les encadrements de baies.

Aires d'études Corcieux
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Corcieux
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