Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Édifices des eaux des Vosges gréseuses

Dossier IA88031177 réalisé en 2016

Fiche

Le piémont gréseux des Vosges est une zone de transition entre les pratiques de la Montagne et celles de la Plaine, où se côtoient au sein des villages des usages privés, publics et partagés de l'eau. Elle est ainsi composée à la fois de fermes isolées, qui se regroupent parfois en hameaux, et de villages plus denses où l'eau est gérée en commun. Les sources y sont abondantes et facilement accessibles, mais les débits ne sont pas réguliers selon des saisons. Parmi elles, les sources de la Saône faisant partie du bassin hydrographique de la Mer Méditerranée, et celle du Madon se dirigeant vers la Mer du Nord, toutes deux à Vioménil.

Quelques soit les modes de gestion de l'eau, certaines constantes morphologiques sont observables dans cet espace. Les bassins d'abreuvoir sont de forme rectangulaire, monolithiques, en grès local, d'une teinte claire (rose, ocre) dans les Vosges méridionales et plus soutenue (rose, rouge) en allant vers le nord. Ceux des environs de Senones possèdent de plus la particularité d'être surélevés par 4 à 6 pieds. La colonne d'alimentation est généralement simple, fine, de plan carré, en grès. Les plus récentes ont été reconstruites en briques de laitier ou en ciment.

Généralement modestes et utilitaires, 27% des édicules des eaux des Vosges gréseuses, portent des ornements, ce qui correspond à la moyenne départementale.

Ces décors relevés se situent sur des fontaines ou des lavoirs publics, mais la plupart sont des fontaines-abreuvoirs avec des mascarons, des ornements architecturaux ou géométriques. Si les plus anciennes sont en grès, elles allient généralement la fonte. Le bassin en pierre simple (rarement en fonte) est alors accompagné d'une colonne d'alimentation en fonte selon les modèles plus ou moins ouvragés des catalogues des fonderies de Meuse, de Haute-Marne et Haute-Saône.

Fontaine-abreuvoir des Gaulois à Vexaincourt, vue d'ensemble de faceFontaine-abreuvoir des Gaulois à Vexaincourt, vue d'ensemble de face

Fontaines privées

Les Vosges gréseuses ont une gestion de l'eau proche de celle des Vosges granitiques, ce qui est particulièrement visible dans les parties à plus fort relief, aux alentours de Brouvelieures. Les constructions se groupent en amas lâches avec de nombreux écarts. Les habitations situées à faible altitude peuvent creuser un puits, dans la maison ou le jardin. Mais la plupart des anciennes fermes isolées étaient approvisionnées par des sources privées débouchant dans un bassin placé en façade. A la différence de la montagne, ces bassins semblent avoir été rarement couverts d'un toit, ou placés à l'intérieur des fermes. Ils ont probablement longtemps été fabriqués en bois, puis remplacés progressivement par des bassins en grès au 19e siècle, voir en ciment au 20e siècle.

Polyvalents, ils procurent l'eau pour alimenter les habitants de la ferme (hommes et animaux), pour nettoyer à la fois les aliments, la maison, le corps et les vêtements. A cet effet, une planche de bois ou une pierre à laver est placée sur le bassin. Si les planches à laver sont communes au Piémont et aux Hautes-Vosges, les pierres à laver en grès sont particulières au sud des Vosges gréseuses dans les cantons de Xertigny, Plombières-les-Bains, Epinal et le sud de celui de Bruyères. On peut également en trouver à l'ouest de Remiremont. Privés ou publics, 67 lavoirs de ce type ont été identifiés dont seule une dizaine est abritée. On peut également relever la forme particulière de la Grande Fontaine de Xertigny avec son plan en forme de V. Dans tous les cas, la pierre est posée en travers du bassin de grès, elle prend la forme d'un papillon pour permettre à deux laveuses de travailler face à face. Celles de Plombières-les-Bains ont la particularité d'être munie d'une cavité sur le coté droit, dans l'épaisseur de la pierre pour y placer le savon.

Grande Fontaine de Xertigny, vue d'ensemble depuis l'EstGrande Fontaine de Xertigny, vue d'ensemble depuis l'EstFontaine-lavoir du Pré Francais à Hadol, vue de la pierre à laverFontaine-lavoir du Pré Francais à Hadol, vue de la pierre à laver

Dans l'ensemble du Piémont, la colonne d'alimentation est fine, peu imposante par rapport à celles visibles dans la Plaine des Vosges. Utilitaire, elle est sert avant tout à protéger la conduite d'eau jusqu'au canon, généralement appelé "jettoir", elle ne porte donc que rarement des décors gravés, sculptés ou en applique : ornements géométriques (rosaces, sphère…), mascarons, remplois de statues religieuses, dates portées, initiales des commanditaires... Quelques exceptions peuvent faire l'objet d'un programme décoratif plus complexe, comme les cinq répliques de la grotte de Lourdes identifiées, ou les fontaines des parcs de maisons de maître (manufacture de Bains-les-Bains, Château de Failloux à Jeuxey…).

Dans quelques cas aussi, les habitants ont creusé des puits dans la ferme ou le jardin pour leurs besoins personnels.

Fontaines mitoyennes

Les Vosges Gréseuses possède une particularité de gestion de l'eau qui tient à une organisation des anciennes fermes en petits groupements, formant des villages lâches, et de nombreux hameaux. Cet éloignement et l'absence de centre de village dense contraignent l'action publique qui doit mettre en œuvre des projets de grande dimension. Les communes ne bénéficiant pas des moyens pour de tels projets avant la fin du fin 19e siècle, les habitants se sont donc organisés pour mutualiser leurs moyens.

Plusieurs fermes voisines se regroupent ainsi pour capter une source peu lointaine, et l'amener près de leur chemin d'accès. Autour de Senones, il semble que l'usage et l'entretien de la fontaine mitoyenne soient partagés entre 2 ou 3 fermes. Tandis qu'à proximité de Raon-l'étape, 5 à 10 fermes peuvent collaborer. Lorsque la distance est importante entre les fermes, la file d'eau peut-être divisée en plusieurs parts d'eau (jusqu'à plusieurs dizaines) qui aboutissent à différents bassins. La répartition se fait dans un regard, appelé "moine" ou "bouge de partage".

Les colonnes d'alimentation et les bassins sont identiques aux fontaines individuelles, en grès local, éventuellement les auges polyvalentes sont démultipliées ou abritées sous un appentis. On y ajoute des pierres ou des planches à laver indépendantes pour la lessive.

Carte de répartition des lavoirs à pierres et planches à laver relevés dans les VosgesCarte de répartition des lavoirs à pierres et planches à laver relevés dans les Vosges

Cette gestion mitoyenne de l'eau a souvent perduré jusqu'à la mise en place des réseaux d'adduction moderne, à l'exemple de Cheniménil, qui possède "seulement des fontaines qui sont propriétés de particuliers" lors de la mise en place de son projet d’adduction d’eau potable avec l’aide du Génie Rural en 1938 (sources : AD88 - 2O105/13).

Fontaine-lavoir du Pré Francais à Hadol, vue d'ensemble de trois quarts gauche de la facade latérale gaucheFontaine-lavoir du Pré Francais à Hadol, vue d'ensemble de trois quarts gauche de la facade latérale gauche

Équipements publics

D'autres secteurs, comme celui de Bains-les-Bains ou Raon-l'Étape, possèdent des villes et villages plus denses, où l'approvisionnement en eau est principalement géré par la commune selon le principe de fonctionnement mis en œuvre dans la Plaine des Vosges et plus largement dans le centre de la Lorraine. Ils se dotent alors de manière ponctuelle, d'équipements publics comme des lavoirs, des fontaines, des puits, des égayoirs ou des bains-douches. Le regroupement de constructions isolées ou mitoyennes permet aux communes avant le 19e siècle, d'implanter une fontaine communale centrale, puis de créer un réseau plus complexe d'édicules en fonction de l'évolution des besoins et de l'accroissement de la population.

Il ne reste que peu de traces de bassins en bois, qui étaient probablement nombreux à l'époque moderne. Toutefois, la facilité de mise en œuvre du grès local a incité les communes à les remplacer par des bassins en pierre de plus grande contenance, plus résistants et plus esthétiques selon les dires du conseil municipal de Bruyères en 1810, même si plus coûteux à la création (sources : AD88 - 2O 82/9). C'est notamment le matériau choisi pour confectionner les deux fontaines dites de Stanislas, à Bruyères (1788) et à Saint-Dié-des-Vosges (1807) qui sont parmi les plus anciennes conservées dans les Vosges Gréseuses, avec celles situées dans les quartiers canoniaux de Saint-Dié et celle du jardin du prince à Senones (18e siècle).

Sous l'influence du mouvement d'amélioration de propreté et de l'hygiène qui traverse la France et le 19e siècle, les villes du piémont investissent pour la salubrité et le confort de leurs administrés. Elles équipent leurs rues principales de fontaines pour les besoins quotidiens mais aussi pour servir de réservoirs en cas d'incendie. Ces constructions innovantes pour l'époque sont particulièrement soignées, assez ostentatoires, et vise à montrer la prospérité de la cité de Bains-les-Bains, Bruyères, Fontenoy-le-Château, Moyenmoutier, Raon-l'Etape, Saint-Dié et Senones. Issues des fonderies Ducel, du Val d'Osne ou de Tusey, ces fontaines décoratives sont surmontées d'une statue ou d'un groupe évoquant généralement des divinités antiques ou des enfants jouant avec des dauphins. L'ensemble des 12 fontaines réalisé à l'initiative de Raon-l'Etape à partir de 1863 (inscrit Monuments Historiques par arrêté du 15 09 1995) est particulièrement remarquable de part la cohérence du traitement ornemental en fonte (cf IA88031165).

D'autres communes alentour, plus petites, se sont inspirées de ces programmes ambitieux et ont réalisé avec leurs moyens des ensembles de plus d'une dizaine de fontaines-abreuvoirs similaires, comme à Ban-de-Laveline, Allarmont, Celles-sur-Plaine, Le Vermont… Le plus souvent le bassin de grès est accompagné par une colonne d'alimentation en fonte.

On retrouve également un grand nombre de fontaines publiques par commune dans la Vôge, en conséquence de la multiplicité des hameaux et fermes isolées, mais avec peu de fonte.

Fontaine des Quatre Lions à Raon l'Etape, vue d'ensemble depuis le nord-ouestFontaine des Quatre Lions à Raon l'Etape, vue d'ensemble depuis le nord-ouest  Fontaine-abreuvoir 9 rue du Haut Regard à Allarmont, vue d'ensemble de trois quarts droit Fontaine-abreuvoir 9 rue du Haut Regard à Allarmont, vue d'ensemble de trois quarts droit

Dans quelques cas ou la topographie le permet, les communes ont choisi de creuser un puits pour alimenter un abreuvoir communal, en complément des puits particuliers. Les systèmes de pompage sont variés, mais le puits à balancier restitué à Gruey-les-Surance est unique. Ils représentent 2.8% des édicules relevés dans les Vosges gréseuses, ce qui est plus important que dans les Vosges granitiques (0.8%), mais faible au regard du nombre de puits présents dans la Plaine (18%).

Puits à balancier à Gruey-les-Surance, vue d'ensemble Puits à balancier à Gruey-les-Surance, vue d'ensemble

Les communes des Vosges gréseuses ont aussi créé des lavoirs. Les plus modestes sont des abreuvoirs avec des pierres ou des planches à laver à ciel ouvert. Ils représentent environ un tiers des lavoirs publics du Piémont. Un autre tiers a été abrité des intempéries par des murs en moellons et un toit, laissant 1, 2 ou 3 façades ouvertes sur la rue. Les formes des autres lavoirs sont mal identifiées par les archives ou sont particulières, tel que le lavoir hémicirculaire de Montmotier établi selon les plans de Louis Gahon (architecte) en 1837. On y trouve également quelques lavoirs clos avec portes et fenêtres (5%). Cette proportion de lavoirs entièrement fermés est bien plus faible que dans la Plaine où ils représentent 20% des lavoirs relevés.

Répartition des formes de lavoirs publics identifiées dans les Vosges GréseusesRépartition des formes de lavoirs publics identifiées dans les Vosges Gréseuses Répartition des formes de lavoirs publics identifiées dans la plaine des VosgesRépartition des formes de lavoirs publics identifiées dans la plaine des Vosges

Les fontaines et lavoirs du piémont ne sont pas associés à d'autres fonctions publics ou liés à l'eau comme dans la plaine (remises des pompes, mairies, écoles, halles…), hormis le lavoir principal de Plombières-les-Bains construit en 1888 selon les plans de l'architecte Curvat qui accueille aussi une salle de musique et le magasin des pompes. Ils peuvent cependant être la source d'alimentation d'un égayoir. Ce principe de bassin pédiluves pour laver les chevaux après les travaux des champs est rare dans le Piémont (1.2% des édicules des Vosges gréseuses), car ils constituent la limite Est de l'aire de présence de cette forme particulière. En effet, l'élevage y est traditionnellement plus important que l'agriculture. Leur utilisation en tant que réservoir pour lutter contre les incendies semble avoir été primordiale à leur établissement et leur entretien. La forme est d'ailleurs peu appropriée par les populations locales qui parlent plutôt "d'étang" que l'égayoir ou gayoir (Etang de Laménil à Arches ; étang des chevaux à Bruyères)

Lavoir et pédiluve de la source de la Saône à Vioménil, vue d'ensemble de la facade antérieure de trois quarts droitLavoir et pédiluve de la source de la Saône à Vioménil, vue d'ensemble de la facade antérieure de trois quarts droit

Dans cette même préoccupation, des réservoirs ont été construits au cours du 19e siècle, afin d'emmagasiner l’eau nécessaire pour alimenter en toute saison les fontaines qui desservent l'ensemble du village ou de la ville. A partir des années 1920, les premières communes commencent à mettre en place des systèmes d'adduction d'eau, mais la plupart des habitations ne seront reliées à l'eau courante qu'au cours du 3e quart du 19e siècle. Les réservoirs qui assurent plusieurs jours d'autonomie, peuvent être enterrés en utilisant la dénivellation naturelle du terrain. Ils peuvent aussi être surélevés : ces châteaux d'eau sont souvent en forme de bouchon de champagne. Ceux qui s'apparentent à un silo, sont les plus anciens, et sont destinés aux gares et aux sites industriels.

On trouve également dans les Vosges Gréseuses, 40% des bains-douches relevés dans le département. Ces établissements publics se situent dans les principales villes et sont à mettre en parallèle des bains-douches privés construits par les propriétaires d'usines pour leurs salariés, mais qui n'ont pas été recensés. Hormis celui d'Epinal qui est aussi précurseur que celui de Remiremont au milieu du 19e siècle, ils ont généralement été construits dans les années 1920 et 1930 grâce aux subventions sur les fonds du produit des Jeux par le Ministère de l’Intérieur, en vue d'améliorer l'hygiène de ces villes en pleine expansion industrielle.

Sur les 569 édicules des eaux relevés dans le périmètre des Vosges gréseuses, 62 ont été étudiés.

Répartition des typologies des 569 édicules des eaux relevés dans les Vosges gréseusesRépartition des typologies des 569 édicules des eaux relevés dans les Vosges gréseuses Répartition des dates de construction relevées des édicules des eaux des Vosges gréseusesRépartition des dates de construction relevées des édicules des eaux des Vosges gréseuses

Aires d'études Bains-les-Bains, Xertigny, Plombières-les-Bains, Epinal est, Bruyères, Brouvelieures, Saint-Dié ouest, Senones, Raon-l'Etape
Période(s) Principale : 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , daté par source, daté par travaux historiques, porte la date
(c) Conseil départemental des Vosges ; (c) Région Lorraine - Inventaire général - Varvenne Vanessa