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Édifices des eaux de la plaine des Vosges

Dossier IA88031175 réalisé en 2016

Fiche

La plaine des Vosges se caractérise par un habitat en villages ou hameaux denses, où les pratiques communautaires sont fortement ancrées. La municipalité prend ainsi en charge la recherche de sources et la construction d'au moins un puits, une fontaine et d'un lavoir collectifs implantés sur le domaine public. La gestion privée de l'eau se limite aux puits situés dans la maison ou sur l'usoir pour satisfaire les besoins quotidiens du logis, et aux sources isolées dans les prés pour abreuver le bétail sur place. L'eau y est globalement abondante mais elle n'affleure pas toujours dans cette zone vallonnée, de grès et de calcaire, et sa gestion s'apparente à celle observable dans le centre de la Lorraine. Les principaux cours d'eau (La Moselle, Le Madon, La Saône, Le Vair et la Meuse) structurent les aires de répartition de formes particulières.

Les édicules liés à l'eau dans la plaine des Vosges actuellement visibles ont principalement été établis au cours du 19e siècle. Même si les témoignages sont assez rares, il semble que chaque village de la plaine soit équipé antérieurement d'au moins une fontaine placée sur la source ou d'un puits, voire d'un gué pour laver les chevaux. Toutefois, la gestion de l'eau revenant à la municipalité après la Révolution Française, celles-ci s'attèlent à créer les conditions de salubrité et d'hygiène que requière l'État pour éviter les épidémies et améliorer les conditions de vie des habitants. Il est alors nécessaire d'apporter des quantités d'eau plus importantes au cœur des villes et villages, pour faire face à l'augmentation des populations humaine et animale.

Des fontaines-abreuvoirs et des lavoirs sont alors établis dans les nouveaux quartiers, de manière à mailler la commune et permettre un accès rapproché à tous les habitants. L'élevage ovin, bovin et porcin complétant les travaux agricoles nécessitant la présence de nombreux chevaux, le bétail s'accroît également de manière considérable. Les communes qui n'en possédaient pas se dotent alors d'un bassin pour nettoyer les chevaux (égayoir) et servir de réservoir en cas d'incendie. D'autres réservoirs peuvent être créés afin de réguler les débits des fontaines et permettre une alimentation constante toute l'année, garantissant ainsi la sécurité des habitants.

Le mouvement hygiéniste qui se développe aussi pendant la première moitié du 19e siècle incite à la salubrité des rues comme à la propreté des corps et du linge. Les lavoirs se multiplient et les premiers bains-douches sont réalisés à partir de 1851. En effet, l'Assemblée législative vote à ce moment là, un crédit spécial de 600 000 francs pour subventionner, la construction d’établissements modèles de bains et lavoirs publics, gratuits ou à prix réduits. Cette loi du 3 février 1851, ne favorise pas que les grandes villes, mais souhaite aussi faire bénéficier tous les villages volontaires. Elle démontre la sollicitude du gouvernement envers les classes laborieuses, en apportant 1/3 du financement à hauteur de 20 000 francs maximum. La France se donne ainsi les moyens de se doter d'établissements de bains et lavoirs pouvant rivaliser avec ceux que possèdent la Grande-Bretagne, pionnière dans ce domaine et exemple de modernité à cette époque.

Dans les Vosges, la nouvelle est vite relayée, tel qu'en témoigne le conseil municipal d'Autigny-la-Tour qui mentionne le 22 juin 1851 sa volonté de construction un "lavoir gratuit, financé par l’allocation votée par l’assemblée nationale", car il n'y pas d’autre lavoir dans la commune. (source AD88 - 2O19/9). Les lavoirs-bains-douches d’Épinal et de Remiremont en profitent également en tant que précurseurs du mouvement, mais les bains-douches situés dans la Plaine sont plutôt établis dans la première moitié du 20e siècle par des initiatives privées.

La qualité de l'eau est également une préoccupation importante pour les communes. Celles-ci font établir des conduites qui apportent dans les rues principales, l'eau des sources situées hors des bourgs. Contrairement aux puits, celles-ci ne sont pas souillées par les infiltrations des tas de fumiers placés sur les usoirs, et qui sont à l'origine des épidémies (de choléra notamment) qui marquent le milieu du 19e siècle.

Les communes régissent également les usages et l'entretien régulier des points d'eau. On peut suivre dans les archives la répartition des travaux de réparation toutes les décennies environ et les reconstructions lorsque l'édicule est trop abîmé ou désuet. L'entretien courant qui consiste principalement à la vidange, au curage et au nettoyage des boues est souvent mis en adjudication et attribué pour plusieurs années consécutives à un habitant qui se sert des boues comme engrais. Par exemple à Sauville en 1856, les adjudicataires de la location des boues des fontaines et des eaux des rigoles "seront tenus de nettoyer, tous les samedis les fontaines, balayer les pavés. Ils lâcheront, un samedi sur 2, les eaux des lavoirs et abreuvoirs pour nettoyer proprement le fond" (sources : AD88 - 2 O 472/8)

Pour faciliter cet entretien, les abreuvoirs et les égayoirs sont munis au cours du 19e siècle de bondes et de robinets ou vannes, permettant de vider facilement les bassins.

Afin de maintenir la propreté des bassins, des arrêtés ont aussi été pris pour réglementer les usages et éviter que les habitants ne salissent les eaux destinées à la boisson des animaux ou au rinçage du linge. Ces déchets peuvent aussi compromettre l'efficacité des pompes à incendie qui utiliseraient l'eau du bassin.

Extrait du règlement de police des fontaines et lavoirs de Frébécourt en 1842 : "Il est défendu à toute personne de netoyer leur baterie de cuisine dans les bassins du lavoir, ni même sur le pavé de l'intérieur du bâtiment […], de nettoyer les ballets qu'ils ont sali en balayant leurs maisons, leurs écuries, la boue dans la rue et autres lieux sales […], d'y laver les sabots salis de boue & d'ordures, d'y laver de la laine qui a été mise dans la teinture […], d'y laver aucune sorte de légume dans le premier bassin destiné à rainser le linge après avoir passé au lavage" (sources : AD88 - 2O189/9).

Certaines communes vont jusqu'à réglementer l'usage de chaque bassin et ses horaires d'utilisation, notamment pour que les bruits des lavoirs ne dérangent pas le voisinage. Par exemple, le lavoir Saint-Goëry d'Épinal porte encore l'inscription "Il est Interdit De Laver Son Linge après 10 Heures du Soir".

Grand Fontaine de Romont, vue de la plaque mentionnant l'arrêté du 17 janvier 1861Grand Fontaine de Romont, vue de la plaque mentionnant l'arrêté du 17 janvier 1861

Généralement l'ensemble des édicules liés à l'eau est regroupé en un point ou un axe structurant l'espace dans le bourg : les eaux circulent de la source ou du puits à la fontaine, puis s'écoulent dans l'abreuvoir, le bac de rinçage, le bassin de lavage du linge, puis l'égayoir avant d'être rejetées à la rivière. On en profite souvent pour y adjoindre d'autres services liés à l'eau : le local abritant les pompes à incendie, les bains-douches et les toilettes publiques, voire d'autres édifices communautaires (mairie, écoles, halles…), afin de créer un pôle de rencontre des habitants et de lien social.

Lavoir-égayoir de Hallainville, vue d'ensemble de trois quarts gauche de la facade antérieure.Lavoir-égayoir de Hallainville, vue d'ensemble de trois quarts gauche de la facade antérieure.

La construction de ces édicules publics est aussi l'occasion pour les municipalités d'affirmer la prospérité de la commune en se dotant de fontaines ornementales et de lavoirs monumentaux formant des ensembles embellissant les rues. En effet le développement agricole et industriel, combiné aux ressources en bois des forêts, leur permettent de s'adjoindre les services d'architectes locaux reconnus, et de commander des ornements pour magnifier les équipements. Les plus petites communes mettent également un point d'honneur à soigner leurs constructions publiques pour ne pas paraître plus défavorisées que leurs voisines. Le développement de la fonte dans la seconde moitié du 19e siècle, et plus particulièrement de la fonte d'ornement participent à cet élan.

Fontaine-lavoir circulaire de Dombasle-devant-Darnet, vue d'ensembleFontaine-lavoir circulaire de Dombasle-devant-Darnet, vue d'ensemble Fontaine de Châtel-sur-Moselle, vue d'ensemble de faceFontaine de Châtel-sur-Moselle, vue d'ensemble de face

Les villes et villages étant équipés de suffisamment de fontaines, lavoirs et égayoirs à la fin du siècle, les nouveaux édicules se raréfient, d'autant plus que l'exode rural se fait sentir dès les années 1870. Aussi les travaux liés à l'eau du début du 20e siècle concernent principalement des réparations, et les nouvelles constructions ont lieu dans les villes industrielles en expansion dans la première moitié du 20e siècle (dans la vallée de la Moselle notamment…).

A cette époque, les communes commencent à réfléchir à la conception de systèmes d'adduction d'eau courante afin d'alimenter non seulement les fontaines, mais aussi chaque habitation. La plupart n'est mise en œuvre qu'après la seconde guerre mondiale et le raccordement des particuliers est achevé dans les années 1970. Pendant cette période, les fontaines, puits, lavoirs, égayoirs, bains-douches sont progressivement abandonnés. Un nombre important a été détruit lors des deux guerres mondiales, et les autres ne sont souvent plus entretenues, les eaux se perdent. Certains sont remployés, vendus voire détruits pour libérer l'espace public. Ceux qui ont été conservés sont souvent hors d'eau et sont réduits à un rôle décoratif. La sensibilisation de ces dernières décennies incite les communes à rétablir et remettre en eau les fontaines afin qu'elles constituent un patrimoine approprié et entretenu par les riverains.

Répartition des dates de construction relevées des édicules de la plaine des VosgesRépartition des dates de construction relevées des édicules de la plaine des Vosges

Formes et matériaux des édicules liés à l'eau dans la plaine des Vosges

La forme et les matériaux employés pour établir les édicules liés à l'eau dans la plaine des Vosges sont avant tout fonctionnels. Le choix se porte sur un matériau en fonction de sa résistance, son étanchéité, sa longévité, son besoin d'entretien. Cependant, la mise en œuvre traduit une attention particulière, même quand la commune ne dispose pas de moyens conséquents. En tant qu'édifice public, la fontaine-abreuvoir et le lavoir doivent se distinguer des constructions privées par l'utilisation de matériaux durables au traitement soigné. Si les productions locales sont privilégiées (carrières communales), les communautés peuvent faire le choix ornements spécifiques provenant des départements voisins.

Matériaux des élévations :

Essentiellement établis au 19e siècle, les édicules des eaux reflètent les modes de construction traditionnels : La maçonnerie de moellons enduits est employée pour les élévations les moins visibles (parois des puits, murs de clôture…). Les parties les plus exposées sont réalisées en pierre de taille locale afin de distinguer ces édifices publics des habitations : chaînes d'angles, encadrements, bandeaux, corniches... La répartition des types de pierre employés est ainsi parfaitement corrélée avec la composition géologique : calcaire dans la partie nord-ouest du département et grès dans les Vosges méridionales (rose, ocre). Les façades antérieures des lavoirs les plus imposants sont entièrement réalisées en pierres apparentes, complétées de bas-reliefs sculptés à l'image du lavoir principal de Coussey (1860). Pour soigner l'apparence, des pierres de meilleure qualité ont aussi pu être apportées depuis la Meuse, à l'exemple de Chermisey, qui établit en son centre, un réservoir voûté en pierre d'Euville en 1840.

Le bois est utilisé pour les charpentes et les huisseries, mais aussi pour bâtir des halles parfois fermées d'essentage de planches, abritant des lavoirs modestes.

A partir du début du 20e siècle, certaines réparations ou reconstructions sont effectuées avec des matériaux modernes : briques de laitier, ossatures de métal et de béton. La tendance actuelle est plutôt à la restauration au plus proche des plans d'origine.

Matériaux de couverture :

Les édicules des eaux sont aujourd'hui recouverts à près de 90% de tuiles mécaniques. Toutefois, il existait une plus grande variété de matériaux au 19e siècle, qui a quasiment disparue au fil du 20e siècle :

- les tuiles violons, forme spécifique aux cantons de Coussey, Neufchâteau et leurs abords.

- les tuiles creuses qui étaient fréquemment utilisées sur les habitations, les exploitations agricoles et les appentis

- les tuiles plates et en écaille courantes sur les bâtiments publics pour les différencier des autres constructions communes en tuiles creuses.

- La pierre (lave) ne semble que peu avoir été employée pour abriter les édicules liés à l'eau.

- Les bardeaux de chêne ont tous disparus, mais étaient probablement utilisés de manière assez large, notamment pour les constructions les plus modestes. Les archives d'Avranville témoignent par exemple de la volonté du conseil municipal en 1845, de couvrir le petit lavoir de Bon Prés avec des "aissins", contre l’avis de l’architecte en charge du projet, Abel Mathey, qui préférerait des tuiles plates plus résistantes dans le temps. (sources AD88 - 2O25/9)

Matériaux et formes des bassins :

La plupart des bassins de lavoir ou d'abreuvoir sont rectangulaires. Une petite partie est de forme circulaire ou hémicirculaire, pour des bassins plus imposants (environ 9% des édicules relevés dans la Plaine des Vosges). Anciennement en bois, les auges ont été remplacées principalement dans la première moitié du 19e siècle par des bassins en pierre (calcaire ou grès), en fonte, et parfois en ciment au 20e siècle. Une auge en bois est encore mise en place en 1868 à la fontaine Saint-Quentin à Houécourt.

Si les abreuvoirs sont monolithiques, les bassins de lavoir sont formés de pierres de taille scellées sur le sol, souvent agrafées entre-elles, de manière à former un bac rectangulaire de grande dimension (sauf une douzaine qui sont ovales). Le fond est dallé et les abords sont pavés.

Les bassins en fonte servant principalement d'abreuvoir sont plus souvent utilisés pour les fontaines ornementales, en raison de la technicité et du coût de ce matériau moderne. Mis en place au cours des 3e et 4e quarts du 19e siècle, les éléments en fonte se regroupent principalement dans la partie ouest du département, à proximité des fonderies de Meuse et de Haute-Marne. Toutefois, une partie importante provient de la forge de Varigney en Haute-Saône, qui irrigue toutes les Vosges de productions standardisées pas trop onéreuses. Une grande concentration est observable dans la vallée de la Moselle, le long de l'axe de communication nord-sud entre la Haute-Saône et le centre de la Lorraine.

Fontaine d'angle à Sionne, vue d'ensembleFontaine d'angle à Sionne, vue d'ensemble

La margelle en pierre des bassins des lavoirs est généralement inclinée formant un plan pour frotter et battre le linge. Généralement surélevée à 60 ou 80 cm du sol, elle permet aux lavandières de travailler debout. Dans 7.5% des cas, cette margelle est au ras du sol (20 cm maximum), ce qui implique de faire la lessive à genoux, dans une caisse. Observable dans la plaine, elle n'est pas liée à une typologie de lavoir particulière. Cette position ancienne était employée pour la lessive en bordure de rivière, et perdure tout au long du 19e siècle.

Le bassin de lavoir peut être subdivisé ou complété d'un second bassin, plus petit du côté de l'arrivée d'eau, servant de rinçoir.

Carte figurant les lavoirs à bassins excavés relevés dans les Vosges. Carte figurant les lavoirs à bassins excavés relevés dans les Vosges.

A la limite Est de la Plaine, il est aussi possible de trouver des planches et des pierres à laver posées sur le bassin, telles qu'elles sont répandues dans les Vosges Gréseuses. Au nord-ouest du département, certains bassins en fonte peuvent aussi être équipés d'un pan incliné ou d'une plaque métallique fixée en porte-à-faux dans la seconde moitié du 19e siècle (Midrevaux, Pargny-sous-Mureau, Pompierre et Robécourt).

Fontaine-lavoir à bassin ovale à Soncourt, vue intérieure du bassin de lavageFontaine-lavoir à bassin ovale à Soncourt, vue intérieure du bassin de lavageFontaine Jeanne d'Arc à Midrevaux, vue d'ensemble du coté du lavoirFontaine Jeanne d'Arc à Midrevaux, vue d'ensemble du coté du lavoir

Les bassins d'abreuvoirs et de lavoirs de la plaine des Vosges ne supportent par de décor, hormis celui de la fontaine située à Bazoilles-sur-Meuse, produit par la fonderie de Varigney en 1873, qui est orné d'un motif symétrique de palmettes et volutes. Ceux en fonte portent souvent la signature de leur fabriquant, parfois la date, et rarement le nom de la commune ou du commanditaire. Les ornements sont plutôt placés sur la colonne d'alimentation.

Matériaux et formes des colonnes d'alimentation :

L'élément vertical le plus visible de l'adduction d'eau, le "moine", est ainsi la partie la plus soignée des fontaines et lavoirs. Majoritairement en pierre de taille locale, il est la plupart du temps de forme simple, de plan carré. Une corniche moulurée souligne souvent le sommet de l'édicule. Un mascaron, généralement à mufle de lion en fonte, est placé à la sortie du canon. Ainsi, un tiers des fontaines et lavoirs de la Plaine des Vosges portent des ornements. Les surfaces de la colonne d'alimentation en pierre peuvent être gravées ou sculptées de motifs végétaux ou géométriques : fleurettes, pommes de pin, sphères, pointes de diamant, frises… Les statues de pierre sont employées uniquement lorsque la source est liée à un personnage religieux.

La colonne d'alimentation peut aussi prendre la forme d'une borne, utilitaire et économique. Ce type est concentré dans le nord-ouest du département et le long de la Moselle. La moitié environ est en pierre, complétée dans la seconde moitié du 19e siècle par des bornes-fontaines en fonte.

Les fontaines les plus visibles, sur la place centrale, près de la mairie ou de l'église, prennent la forme d'un piédestal sculpté surmonté d'un vase ou d'une statue. Ostentatoires, elles sont le plus souvent en fonte, pour démonter la modernité et la prospérité de la commune. Issues des fonderies de Meuse, de Haute-Marne ou Haute-Saône, la variété des pièces proposées sur les catalogues et leurs combinaisons rendent chaque fontaine unique. Ces colonnes d'alimentation en fonte peuvent être associées aussi bien avec un bassin en fonte qu'en pierre.

Typologies

Les types d'édicules liés à l'eau relevés dans la plaine des Vosges sont similaires à ceux visibles en Lorraine centrale. Toutefois, la plupart de ces formes se distinguent de celles observables dans les Vosges gréseuses et granitiques. Par exemple, les égayoirs, les puits communaux et les mairies-lavoirs ne sont observés que dans la plaine. Quant aux fontaines-abreuvoirs et aux lavoirs, ils prennent des configurations plus variées.

Cette grande diversité des typologies observables dans la plaine des Vosges est liée aussi bien à la manière dont s'organisent les communautés, à leurs pratiques, qu'aux soucis de salubrité et d'agrément des villages ou des villes. De plus, les structures se modernisant au cours du temps, les formes évoluent également.

Des espaces particuliers sont observables, à l'image de la vallée de la Saône. Plus pastorale, avec de plus nombreux hameaux, elle se rapprochant du modèle du Piémont en n'ayant peu recours aux puits, aux bornes-fontaines et à un plus grand nombre de fontaines-lavoirs à ciel ouvert.

Graphique de répartition des typologies des édicules liés à l'eau relevés dans la plaine des VosgesGraphique de répartition des typologies des édicules liés à l'eau relevés dans la plaine des Vosges

Les puits :

Les 297 puits relevés dans la plaine des Vosges ne représentent qu'une petite partie des puits existants réellement, puisque la plupart sont privés. Situés sur l'usoir, dans le jardin ou à l'intérieur des habitations, ils fournissaient l'eau quotidienne pour le foyer. Toutefois, la qualité et la quantité n'étant pas toujours constante, la présence des fontaines ou de puits communaux était indispensable notamment pour abreuver le bétail. Ces puits sont composés d'un conduit circulaire et d'une margelle (appelée "mardelle") en pierre. Une auge est placée à côté pour recueillir l'eau. Les 212 puits publics identifiés possèdent des différents systèmes pour remonter l'eau :

- les anciens puits à balancier (appelé la "coperche"), largement utilisés dans les prés et les villages jusqu'au 18e siècle, ont disparu au milieu du 20e siècle. Le seul exemplaire visible aujourd'hui est une reconstitution réalisée en 1992 par l'association Maisons Paysannes des Vosges, à Gruey-lès-Surance.

- les puits à rouleau sont munis d'une superstructure sur laquelle est fixé un axe actionné par une manivelle qui permet d'y enrouler la corde ou la chaîne remontant le seau.

- les puits à poulie sont peu nombreux et semblent plus sophistiqués. La poulie peut être en bois ou en fonte.

- Seuls trois puits ont été couverts dans les Vosges, sous forme de halle à 4 piliers en pierre soutenant un toit en pavillon

- les puits avec pompe à eau à bras se développent à partir du début du 19e siècle, surtout dans les habitations. Certaines sont installées sur des puits publics et proviennent principalement des entreprises Deville Paillette Cie et Alfred Corneau, tous deux fabricants à Charleville (08), ou de l'usine Morin-Gacon à Dijon (21), à la fin du 19e siècle.

- les puits avec noria sont utilisés pour les puits publics nécessitant de grande quantité d'eau pour alimenter un abreuvoir. Les pompes à godets ou à chapelets sont les plus utilisées, produites par des fabricants de Bourgogne : Pompes Sauzay Frères à Autun et Morin-Gacon à Dijon. D'autres procédés sont aussi employés de manière ponctuelle (système Caruelle, pompes L. Jonet & Cie…).

- Les éoliennes sont utilisées seulement dans les prés, pour abreuver le bétail, principalement sous les côtes de Meuse dans les cantons de Châtenois, Mirecourt et Bulgnéville. Une seule éolienne publique est relevée à Blevaincourt. Elle a été établie en 1935 avec une station de pompage et un réservoir pour permettre l'alimentation en eau courante de tout le village.

Puits - abreuvoir de la rue L. Durand à Sandaucourt, vue d'ensemble depuis le nordPuits - abreuvoir de la rue L. Durand à Sandaucourt, vue d'ensemble depuis le nord

Les abreuvoirs et les fontaines :

L'eau des fontaines et abreuvoirs publics est acheminée par une conduite enterrée depuis la source jusqu'au centre de la commune afin de fournir de l'eau potable de manière continue. Le plus fréquemment, l'eau est disponible dans un ou plusieurs bassins rectangulaires, alignés, adossés à un bâtiment communautaire ou placés en bordure de la voie publique. La colonne d'alimentation ou la borne-fontaine se place au centre ou à une extrémité des auges. Chaque village ou ville de la plaine des Vosges en possèdent plusieurs répartis dans les rues principales de façon à irriguer tous les quartiers et chaque hameau. De même, les troupeaux s'accroissant, les abreuvoirs doivent régulièrement être agrandis et l'on peut observer des files de plusieurs bassins (jusqu'à 10 bassins alignés).

Lorsque la prospérité de la communauté le permet au 19e siècle, la municipalité sépare les abreuvoirs des fontaines destinées à la consommation humaine. C'est alors l'occasion de créer des fontaines circulaires ou hémicirculaires installées sur les places, témoignant d'une volonté plus esthétique. Réservés aux villes dans les Vosges gréseuses et granitiques, les bassins circulaires sont mis en scène au centre de nombreux villages de la plaine. Quelques bassins sont de forme inhabituelle (octogonale ou ovale). Les décors sculptés ou gravés se développent autour de figures liées à l'eau, (dauphins, cygnes, roseaux, coquillages, vases…), à l'abondance (fruits, feuillages…) ou font référence à l'antiquité gréco-romaine (ornement architecturaux et géométriques, divinités, mascarons…). Les fontaines plus démonstratives sont surmontées d'une statue de fonte, ou sont le support d'une valeur portée par la communauté (projet de fontaine de la Paix à Maconcourt en 1802, fontaine à Louis-Philippe à Longchamp-sous-Châtenois en 1837…). Des édicules peuvent aussi commémorer un saint local (Jeanne d'Arc, Pierre Fourier…), ou matérialiser des sources curatives, de dévotion, en dehors des villages.

Les 635 abreuvoirs et fontaines relevés, représentant 37% des édicules des eaux de la plaine des Vosges, comprennent 145 fontaines ornementales et 71 fontaines de dévotion.

Fontaine Jeanne d'Arc à Médonville, vue d'ensemble de trois quarts droit.Fontaine Jeanne d'Arc à Médonville, vue d'ensemble de trois quarts droit. Carte de répartition de fontaines circulaires et hémicirculaires relevées dans les Vosges et de densité par communeCarte de répartition de fontaines circulaires et hémicirculaires relevées dans les Vosges et de densité par commune

Les lavoirs :

La distinction entre abreuvoir et lavoir à ciel ouvert s’affirme progressivement à la fin du 18e siècle et au cours du 19e siècle. Le bassin polyvalent traditionnel est séparé en deux parties : celle en amont pour les animaux, et celle en aval pour le lavage. Ainsi les bêtes se sont plus incommodées par les résidus de lessive, et le premier bassin, propre, peut servir pour le rinçage final du linge. Le besoin de structure plus grande en rapport avec le développement démographique, est aussi l'occasion de protéger les lavandières des intempéries, tout en conservant les abreuvoirs à l'extérieur alimentés par la même fontaine. De nombreux lavoirs sont alors couverts selon plusieurs formes :

- Les lavoirs couverts d'une halle (2% des édicules relevés dans la plaine des Vosges), parfois fermés par un essentage de planches, se trouvent plutôt autour de Bulgnéville et à l'ouest de Rambervillers. Ils étaient probablement plus nombreux, mais ces structures légères se sont détériorées et ont souvent disparu, ne laissant plus qu'un lavoir à ciel ouvert.

- Les lavoirs ouverts sur un côté (33%) abritent efficacement les lavandières tout en conservant une large ouverture permettant l'aération et la communication avec la rue. Ils sont plus fréquents dans le Xaintois et le canton de Lamarche.

- Les lavoirs ouverts sur deux côtés (6%) fonctionnent de la même manière que les précédents, mais sont placés à un angle de rues, ou aux abords d'une place.

- Les lavoirs ouverts sur trois côtés (3%) et se concentrent dans le Xaintois et autour de Lamarche. Largement ouverts tels une halle, ils sont fermés sur leur façade la plus exposée aux intempéries ou d'adossés à un bâtiment existant.

- Les lavoirs clos avec portes et fenêtres (19%) protègent les lavandières contre le vent, le froid, la pluie et le bétail. Mais ils permettent également une parole plus confidentielle que dans les lavoirs ouverts, tout en conservant un lien avec la rue et l'éclairage par les grandes fenêtres. Ils sont plus particulièrement regroupés dans le nord et l'ouest du département

- Les 19 mairies-lavoirs (3%) forment un ensemble symbolique de la répartition sociétale entre hommes et femmes : le lavoir en rez-de-chaussée et un étage consacré à la salle communautaire. D'autres services publics ont pu y être adjoints comme une école, le logement de l'instituteur, une halle, une remise pour les pompes à incendie…

Quelques lavoirs présentent des formes particulières : les 9 lavoirs semi-ouverts sont clos et munis de persiennes de bois en partie haute des murs ; le lavoir à impluvium d'Aingeville ; le lavoir installé dans une chapelle à Midrevaux ; les lavoirs hémicirculaires de Montmotier et Gruey-les-Surance. Les lavoirs au fil de l'eau ont été rares en raison du régime torrentueux des rivières, toutefois, quelques lavoirs avec un plateau mobile ont été installés à Neufchâteau, Épinal et Rambervillers.

Répartition des formes de lavoirs identifiées dans la plaine des VosgesRépartition des formes de lavoirs identifiées dans la plaine des Vosges

Dans une recherche constante d'amélioration du confort des lavandières, les lavoirs bénéficient de l'ajout de multiples accessoires au fil du 19e siècle, comme l'installation des robinets permettant de couper l'alimentation en eau pour vidanger puis nettoyer les bassins ; l'évacuation de l'eau par les pavés et rigoles qui canalisent les débordements ; des bancs en pierre (appelés tablettes) pour poser les paniers hors de l'eau ; des barres de séchage suspendues… Les plus modernes proposent des systèmes de chauffage de l'eau, de lessive et de séchage du linge (lavoir du Bastard à Remiremont, lavoir de la rue du Pâquis à Mazeley…).

Les 554 lavoirs relevés représentent 32% des édicules des eaux de la plaine des Vosges.

Lavoir sur la Moselle à Charmes, carte postale du début du 20e siècleLavoir sur la Moselle à Charmes, carte postale du début du 20e siècle

Les égayoirs :

Les égayoirs sont des bassins qui servaient à nettoyer et rafraîchir les chevaux au retour des travaux des champs. Ils sont désignés sous différentes dénominations : gué, gayoir, guéoir, guévoir, guayoir, gayevoir, égayoir, aiguayoir, réservoir, baignoir… Ils pouvaient aussi servir pour les bovins, pour nettoyer la laine des moutons avant la tonte, voire d'étang pour les oies et canards, et surtout de réservoir d'eau en cas d'incendie. Chaque village de la plaine des Vosges en était équipé ; 84 ont été identifiés, ce qui représente 5% des édicules des eaux relevés dans la plaine des Vosges.

Les plus anciens égayoirs étaient de forme plutôt rectangulaire, s'adaptant au terrain, ou utilisant un méandre de rivière. Dans la première moitié du 19e siècle, les architectes optent plutôt pour des formes hémicirculaires ou en fer à cheval, plus résistantes, et une alimentation par l'eau de décharge des fontaines et lavoirs. Les préoccupations d'hygiène et de sécurité ont incité progressivement à déplacer ces étendues d'eau stagnantes en dehors des centres bourgs. Leur construction s'est progressivement arrêtée au début du 20e siècle suite à la mécanisation du travail agricole. De plus, à partir des années 1920, les communes ont commencé à mettre en place des systèmes d'adduction d'eau, apportant l'eau dans les exploitations agricoles et comprenant un réservoir et des poteaux d'incendie qui assurent l'autonomie et la sécurité de la commune.

Bassin égayoir de La Vacheresse, vue d'ensemble depuis l'estBassin égayoir de La Vacheresse, vue d'ensemble depuis l'est

Les réservoirs :

Les premiers réservoirs publics des Vosges, remontant au 2e quart du 19e siècle, sont des bassins couverts alimentés par des sources. Ils sont destinés à stocker de l'eau claire pour palier les périodes de sécheresse et réguler le débit des fontaines communales, afin qu'elles puissent être fonctionnelles toute l'année. Ils constituent de plus une retenue d'eau disponible en cas d'incendie. Ils permettent de mieux contrôler la qualité de l'eau, pour éviter les pollutions, notamment par les eaux de ruissellement. A l'image de celui de Chermisey, ces réservoirs sont enterrés, utilisant la dénivellation naturelle du terrain. Établi en 1840, à l'emplacement d'une fontaine-lavoir préexistante, c'est un ouvrage dont la réalisation a été soigné par l'architecte Abel Mathey et les entrepreneurs locaux. Tout en pierre de taille et couvert de voûtes, il donne à voir la prospérité de la commune et sa modernité.

A partir du 2e quart du 20e siècle, les réservoirs évoluent vers des constructions en maçonnerie et béton, et leur eau n'est plus seulement destinée aux fontaines et lavoirs publics, mais elle alimente chaque foyer. Toutes les communes en sont équipées à la fin des Trente Glorieuses.

Lorsque le relief l'y oblige, les réservoirs ont été surélevés formant des châteaux d'eau qui prennent des aspects variés : en bouchon de champagne, en chanterelle, à aspect pigeonnier, néo-médiéval, de type Hennebique ou Monnoyer. Les châteaux d'eau en silo, plus anciens alimentaient les gares (pour les locomotives à vapeur et contre les incendies) et les sites industriels.

La centaines de réservoirs et châteaux d'eau représentent 6% des édicules des eaux relevés dans la plaine des Vosges.

 Le Grand Citerneau à Chermisey, vue d'ensemble de la façade antérieure, de trois quarts droit Le Grand Citerneau à Chermisey, vue d'ensemble de la façade antérieure, de trois quarts droit

Les bains-douches :

Les 9 bains-douches identifiés dans la plaine des Vosges ont été établis au cours de la première moitié du 20e siècle. Ils se situent dans les principales villes, afin d'y améliorer l'hygiène des ouvriers. Si quelques uns sont publics (Saint-Ouen-lès-Parey, Neufchâteau, Rambervillers…), la plupart sont à l'initiative des propriétaires d'usines de tissage dans la Vallée de la Moselle.

En effet, le mouvement hygiéniste du 19e siècle incitant à la création de bains publics rencontre peu d'échos dans la plaine des Vosges, car les populations largement agricoles en ressentent moins le besoin, pratiquant plus volontiers les bains de rivière. En revanche, le développement du travail en usine et des cités ouvrières demande davantage d'eau et de bains pour soigner et prévenir les maladies. De plus, une meilleure hygiène est perçue comme allant de paire avec une plus grande vertu morale des classes populaires. Dans le cadre des œuvres sociales, ces établissements proposaient des bains et des douches aux salariés de l'usine et à leur famille, moyennant un coût modique. Ils étaient le plus souvent accessibles aussi aux autres habitants des environs. Si certains bains-douches sont des constructions assez discrètes, avant tout utilitaires (Nomexy), d'autres sont insérées dans des centres pluridisciplinaires à l'architecture soignée, qui regroupent des services médicaux, culturels et sportifs (Maison du Peuple à Rambervillers ou la Rotonde de Thaon-les-Vosges). Des lavoirs ou des blanchisseries peuvent aussi y être adossés.

Entretenus et modernisés jusque dans les années 1950, les bains publics ferment progressivement leurs portes dans les années 1970 et 1980 suite à la généralisation de l'adduction d'eau et de la salle de bain dans les logements.

Bains-douches de Mirecourt, carte postale vers 1932Bains-douches de Mirecourt, carte postale vers 1932

Sur les 1691 édicules des eaux relevés dans le périmètre de la plaine des Vosges, 268 ont été étudiées (16%).

Aires d'études Neufchâteau, Coussey, Châtenois, Bulgnéville, Lamarche, Monthureux-sur-Saône, Darney, Vittel, Mirecourt, Charmes, Dompaire, Epinal, Epinal ouest, Châtel-sur-Moselle, Rambervillers
Période(s) Principale : 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , daté par source, daté par travaux historiques, porte la date
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