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Architecture rurale de la commune de Racécourt

Dossier IA88031741 réalisé en 2018

Fiche

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Aires d'études Dompaire
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Racécourt

D’après la carte archéologique, un tertre funéraire protohistorique a été identifié dans le Bois de la Leau. La commune se trouve sur le tracé de la voie romaine Langres-Strasbourg, qui se scinde ici en deux. Des vestiges d’un établissement rural gallo-romain sont identifiés à 1500 mètres au nord-est du village, de part et d’autre du chemin. En plus des éléments de structures (pierres, tegulae), des fragments de meule, des poteries, des outils de charpentiers et des monnaies (milieu IVe siècle) notamment. Deux sépultures franques sont aussi mentionnées (Lepage et Charton. 1845), ce qui correspond avec le toponyme en -court indiquant que Racécourt a pu apparaitre lors de la vague de peuplement entre le 7e et le 9e siècle ap. J.-C..

Le nom de Racécourt est mentionné dans un acte d’échange de 1338. Le village dépendait en 1594 du bailliage des Vosges, prévôté de Dompaire et de Valfroicourt, et à partir de 1751 du bailliage de Darney, coutume de Lorraine. Au spirituel, la commune faisait partie du doyenné de Jorxey, du diocèse de Toul et de l’évêché de Saint-Dié, en tant qu'annexe de la paroisse de Blaye, hameau détruit au nord du village (Lepage et Charton. 1845). Cette église champêtre de Blaye qui desservait Racécourt, Velotte et Tatignécourt a disparu lors de l’édification de l’église de Racécourt en 1856, et une partie des terrains a été achetée par la Société de Pantographie Voltaïque en 1882, pour y construire une « usine à broyer la pierre » qui est détruite en 1887 (sources : Francis Pierre, Dominique Heckenbenner, SESAM).

Il semble qu’il y avait aussi un monastère d’homme près de la ferme Lambau, où deux cadavres à côté d’un petit vase en poterie ont été découverts (Lepage et Charton. 1845). Cette cense visible sur la carte de Cassini (milieu 18e siècle) et les cadastres du 19e siècle a été détruite avant 1950 (parcelle 1841 A 1099 ; 2018 ZD 31).

Le village a probablement souffert des destructions lors de la guerre de Trente ans, les fermes présentent peu d’éléments architecturaux antérieurs au 17e siècle, hormis sur la ferme n°8 (IA88031829) remontant au moins au 16e siècle. Les bâtiments datés par une pierre gravée ont été construits ou rénovés en 1723, 1829, 1830 et 1844. Ces dates évoquent d’une part la période de reconstruction après la guerre de Trente ans soutenue par la politique du Duc Léopold au début du 18e siècle ; et d’autre part la forte croissance démographique du 19e siècle. Le village atteint un maximum de 305 habitants en 1846, puis la population chute progressivement pendant le siècle et demi suivant en raison de l’exode rural (120 habitants en 1982). La plupart des fermes relevées datent ainsi du 19e siècle, quelques-unes du 18e siècle (critères morphologiques et architecturaux, cadastre ancien).

L’observation du recensement de la population en 1906 (AD88-6M929) évoque la vocation agricole du village, par la déclaration de 40 cultivateurs, 41 manouvriers/journaliers, 13 vignerons et 2 marcaires. Les activités des femmes complètent les revenus familiaux : 15 brodeuses, 13 dentelières, 9 perleuses, 9 couturières, une festonneuse et une tricoteuse, ainsi que deux cuisinières. On relève aussi quelques artisans et commerçants (meunier, marchand de bestiaux, épicier, boulanger, maçon, menuisier). Un berger communal est signalé jusqu’en 1926, habitant derrière chez Pothier, 18 rue Principale (cf IA88031828).

Avant 1896, le pâtre communal habitait dans une maison située Petite Rue (parcelle cadastral 1842 A 575), décrite en 1826 par l’architecte Sartori, comme une construction estimée à 385 francs, à la maçonnerie vétuste, de 5 m de largeur, 6,80 m de profondeur, 3,15 m de hauteur sous les gouttereaux, 2,4 m d’usoir devant l’écurie. Le logement prend le jour à l’ouest, avec four à l’arrière saillant dans la ruelle au nord, et une écurie se trouve à l’est. La toiture à deux pans est couverte de tuiles creuses reposant sur des lattis et des solives en chêne. Les encadrements des ouvertures sont en pierre de taille, sauf la gerbière du grenier qui est en chêne. Le jardin potager à l’est couvre 25 centiares. Cette maison est réparée et complétée en 1867 par les habitants de Racécourt et Auguste Thomassin, maçon à Racécourt : construction d’une écurie complémentaire, réfection d’un mur, de la charpente et de couverture, façon d’une porte avec penture et serrure et d’une petite fenêtre (sources : AD88 - 2O382/9 et Edpt372/1M1).

Pour répondre aux besoins des villageois, la commune a également investi en 1908, dans l’achat d’une bascule afin de peser les voitures chargées et le bétail. Elle est installée sur la place devant la mairie-école (1835), à l’emplacement d’un lavoir. Le choix s’est porté sur un pont à bascule n°55 de 6 tonnes, fourni par A. Hoffman, usine à Jarville (54), pour 1250 francs. Il est composé d’un tablier en chêne (5x2,03m), d’une colonne centrale et d’une charpente en acier, sans abri, avec un appareil indicateur à double romaine. La manipulation, la perception des paiements et l’entretien était à la charge d’une personne missionnée par le conseil municipal (sources : AD88 - 2O382/9 et Edpt372/1M1).

Les habitants de Racécourt produisaient alors essentiellement du blé, du seigle, de l’orge, de l’avoine et des pommes de terre, et du chanvre. Un foin de bonne qualité est également obtenu grâce aux importantes prairies artificielles (Lepage et Charton. 1845). La production laitière était apportée aux laiteries de Valleroy, de Ville-sur-Illon et Bongrain-Gérard au Tholy (sources orales). La culture du lin, destiné à la production de filasse, et du tabac perdurent jusqu’à la première guerre mondiale. Celle de la vigne pour la consommation locale est profondément affaiblie au début du 20e siècle, suite aux attaques du mildiou, du phylloxera et de la concurrence des vins du sud notamment. L’élevage ovin, caprin et porcin apporte un revenu complémentaire, grâce la pratique de la vaine pâture sous la surveillance du berger communal. L’effectif du troupeau est variable, par exemple en janvier 1905 : 35 moutons et 15 porcs ; en mars 1919 : 129 brebis et moutons, 68 agneaux, 7 chèvres, et 17 porcs (sources : AD88 - Edpt372/3F1).

Le moulin à grains, dit du « Lagit », situé en bordure sud-est du village depuis au moins le 18e siècle, est arrêté vers 1930, puis devient la résidence d’un marchand de bestiaux jusque vers 1968 (source orale), avant l’exploitation agricole actuelle.

Entre 1873 et 1989, le village est desservi par une gare de la ligne ferroviaire Epinal-Neufchâteau, passant par Mirecourt. Isolée au sud du village, elle a laissé place à une exploitation agricole.

Avant la mise en place de l’adduction d’eau potable alimentée par le réservoir, vers 1972-1976, le village s'approvisionnait en eau par un ensemble de fontaines-lavoirs publics et un égayoir sur la Gitte.

Période(s) Principale : 16e siècle, 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , porte la date, daté par travaux historiques

Racécourt comprend 87 résidences (source INSEE - 2015), dont 25 bâtiments repérés et 5 étudiés.

Le patrimoine bâti y est majoritairement composé d’anciennes fermes de grandes dimensions à trois travées de plan, avec la grange séparant le logis de l’étable (1/3 du corpus), et même à 4 travées ou plus (40%). Les autres fermes sont plus modestes : 27% de petites fermes ou maisons de manouvriers. Parmi elles, l’ancienne maison du berger communal a perduré jusqu’à aujourd’hui, ce qui est rare. Trois fermes à un plan en L, six fermes à pavillon ostentatoires dont une à plusieurs corps de bâtiment, ont été relevées. La part des fermes à double logis de la commune est assez important par rapport aux autres territoires des Vosges (33%). Trois fermes à charri (avant-grange) ont aussi été identifiées, toutefois, il en existe peut-être quelques autres (non vues). Tous les bâtiments relevés sont parallèles à la voie (sauf un pour éviter une façade antérieure au nord), et seulement 43% sont mitoyens. Le village est en effet, composé de deux hameaux peu denses, reliés par la rue principale.

On pénètre dans le logis par une porte piétonne dans 73% de ces fermes. En l'absence de ce passage, on entre dans l'habitation par la porte charretière. 60% des logis sont en profondeur, avec une chambre (le poêle) s’ouvrant sur la rue et une cuisine derrière éclairée par le mur pignon. Aucune pièce borgne n’a été localisée, toutefois il en existe peut-être quelques-unes. L’étable bénéficie d’une à deux travées traversantes. Des chambres à grains sont installées au-dessus des pièces de vie, deux pigeonniers dans les combles, et des greniers sur le tout. Le jardin potager s’étend à l’arrière.

Les fermes de Racécourt sont construites en moellons de grès, avec quelques modifications récentes en ciment ou bois. Elles sont couvertes d'une charpente à longs pans sur laquelle reposent des tuiles mécaniques. Les encadrements des ouvertures sont majoritairement en grès, avec un linteau droit (2/3) ou segmentaire délardé (13%), quelques-uns en bois, en briques de laitier ou en ciment. Deux petits jours (oculus) sont aussi utilisés pour éclairer un charri et un grenier. Les portes charretières sont en plein cintre (44%), en anse de panier (19%), ou à linteau segmentaire (22%), Certaines ont été rehaussées avec un linteau en ciment ou IPN (15%).

Le bâti conserve quelques éléments de décor (niches, statues…), des ferronneries (grilles de portes, marquises…) et des ouvertures anciennes : 5 baies à chanfrein, 5 encadrements moulurés (baies et portes charretières) et une baie avec un linteau infléchi. Ces éléments sont principalement regroupés sur une ferme datant probablement du 16e siècle (IA88031829). 7 encadrements de porte charretière sont ornés d’une agrafe et de moulures à la hauteur des chapiteaux. Un tiers des portes piétonnes est surmonté d’une imposte vitrée et d’une corniche moulurée. Certaines ont même conservé des menuiseries intéressantes (chevrons, panneaux chantournés…). Huit fermes présentent aussi des chaînes d'angle, ce qui indique un effort d'ornementation des habitations, complétées par une quinzaine autres portant de fausses chaînes d'angle peintes sur l'enduit. Le caractère soigné des constructions de Racécourt (grandes dimensions, pavillons, décors, portes piétonnes, matériaux…) traduit l’importance économique du village au 19e siècle, et une certaine ostentation.

Typologies ferme à double logis, ferme à plan en L, ferme à pavillon, ferme à charri, ferme à plusieurs corps de batiment, maison de manouvriers
Toits tuile mécanique, tôle ondulée, ciment amiante en couverture
Murs grès moellon enduit
bois essentage de planches
béton parpaing de béton essentage de tôle
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 25
nombre d'oeuvres étudiées 5
nombre des immeubles au dernier recensement de l'INSEE 87

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives communales de Racécourt.

    Archives départementales des Vosges, Épinal : Edpt372 1M1
Documents figurés
  • Plan cadastral napoléonien de Racécourt (1842). conservé aux Archives départementales des Vosges, Épinal. série 3P5305/2.

    Archives départementales des Vosges, Épinal : 3P5305/2
  • Panneaux sur site « L’Eglise de Blaye » et « l’usine de Blaye et le curé Morizot », textes et DAO : Francis Pierre, Dominique Heckenbenner, SESAM

Bibliographie
  • Lepage, Henri et Charton, Charles. Le département des Vosges : statistique historique et administrative. Nancy : Berger-Levrault 1978, réimpression de l'ouvrage paru en 1845.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Gley, Gérard. Géographie, physique, industrielle, administrative et historique des Vosges. Epinal 1870

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Michler, Mathieu. Les Vosges 88 . Paris : Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2004. - 426 p. : ill., croquis, plans, cartes ; 30 cm. (Carte archéologique de la Gaule)

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Grivel, Gilles. Les familles Résal et Mathis, notables engagés dans la vie politique locale. dans Le pays de Dompaire. dans Journées d'études vosgiennes (14-16 octobre 2011 ; Dompaire). Epinal : Fédération des sociétés savantes des Vosges, 2012.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
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