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Architecture rurale de la commune de Mandres-sur-Vair

Dossier IA88031257 réalisé en 2017

Fiche

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Au 18e siècle, les habitants de Mandres ont l'habitude de réserver 3 pâquis enclos pour le pâturage des animaux de traits (bœufs et chevaux). Les troupeaux de vaches et de moutons paissent dans les autres prairies naturelles. En 1766, un litige oppose les habitants de Mandres-sur-Vair au seigneur de Vancourt, qui fait paître ses troupeaux de grande taille (bêtes blanches et rouges) dans les pâquis réservés, ôtant la subsistance aux « bêtes tirantes » qui se trouvent hors d'état de travailler, de cultiver les champs ; ce qui porte préjudice à toute la communauté (AD88-11T23/209).

Les troupeaux communautaires sont guidés par des pâtres. Domestiques spécialisés, ils sont salariés et logés par leur employeur. Distincts des enfants qui gardent le troupeau paternel, ils surveillent et soignent les bêtes. "Nicolas Grésys, pâtre à Mandres-sur-Vair, est lui aussi témoin au procès qui oppose Outrancourt et Contrexéville. [procès en 1766 entre les habitants Outrancourt et ceux de Contrexéville concernant la vaine pâture]. Sa déposition permet de reconstituer son itinéraire professionnel : Il est né en 1766 d'un père laboureur à Mandres-sur-Vair. Il a été pâtre pendant 10 ans, puis manœuvre quelques temps, avant de se retrouver domestique pendant quatre années durant, pour terminer à nouveau pâtre. Il a donc échoué dans une brève tentative de s'élever dans l'échelle sociale et à du se contenter de servir un employeur. " (extrait de Jacquet, Alain. La terre, la Charrue, les écus : la société villageoise de la plaine thermale des Vosges de 1697 à 1789. Nancy 1998).

Après la Révolution, les troupeaux seigneuriaux disparaissent, au profit de l’élevage ovin qui perpétue la vaine pâture sur les terrains communaux et les prairies partagées. La commune de Mandres-sur-Vair se doit d'avoir un berger stable, pour agrandir le troupeau. Elle acquière alors une maison pour le pâtre communal, le 21 avril 1880, pour 1650frcs. Elle appartenait à Ernest Bouton, cultivateur et Marie-Augustine Jornier (?) son épouse, qui l'avait achetée en 1875 à la Veuve Cramoisy et Charles, qui en avaient hérités de leur père Jean-Pierre Cramoisy. La maison est située rue Machoix, entre Poison et Gascard à Mandres-sur-Vair. Elle comprend une grange, une écurie, un cellier, une cuisine, une chambre, des greniers à grains et à fourrages sur le tout, un jardin derrière (1 are), un puits mitoyen au devant, des aisances et dépendances (AD88 - 2 O 297/9).

Aires d'études Bulgnéville
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Mandres-sur-Vair

La carte archéologique signale que la commune serait traversée par l'embranchement La-Neuveville/Nijon de la voie romaine Langres/Moselle. Au lieu-dit « Le Haut-Bois » se trouve une partie de l'ensemble tumulaire de Bulgnéville. Plusieurs sarcophages mérovingiens ont été trouvés « Au Cras » (300 m à l'est du village).

La plus ancienne mention date de 1179, au moment où Mathieu est seigneur de Mandres. Le village dépendait en partie de la Lorraine et en partie du Barrois, avec un château dans chaque province, d'où l’appellation « Mandres-aux-deux-tours ». A partir de 1594, Mandres-sur-Vair relevait de la prévôté de Châtenois, bailliage des Vosges, puis de la Cour souveraine de Nancy, bailliage de Bourmont (1751), et au spirituel du diocèse de Toul, Doyenné de Vittel (cf. Lepage et Charton. Le département des Vosges : statistique historique et administrative. 1845).

Pendant la guerre de Trente ans, un village situé à 2 km de Mandres (appelé Saint-Juliémont ou Saint-Maurice selon les sources) a été détruit. Seuls l’Église et le cimetière ont subsisté jusqu'à la fin du 18e siècle, et ont disparu ensuite. Le 18 mars 1750, 35 maisons, l'église et les deux châteaux ont été anéantis par un incendie. Le château Est n'a pas été reconstruit (à l'emplacement des mairie et école). Puis, l'ensemble du village est à nouveau incendié le 3 septembre 1783, hormis 3 ou 4 maisons. L'autre château (à l'ouest) a été rebâti quelques années avant la Révolution (AD88-11T23/209).

Le village a donc été entièrement reconstruit à la fin du 18e et s'est fortement développé au 19e siècle, comme en témoigne les quelques pierres datées en façade des constructions, qui mentionnent les années 1787, 1866, 1877, et 1885. Les pierres de fondation portant les dates 1698 et 1764 sont remployées in situ probablement.

A vocation agricole, Mandres-sur-Vair bénéficie au 18e siècle d'une forte hausse de la population (+ 225%) et de la présence de nombreux artisans (36% de la population active) et prestataires de service (marchands, médecins, notaires...). (Cf Jacquet, Alain, La terre, la Charrue, les écus. 1998). Jusqu'au 19e siècle, il existait aussi un moulin hydraulique et une huilerie (Moulin Ferry et Moulin Vanel) et une carrière de pierre à bâtir (moellons et taille) (cf. Lepage et Charton).

Au début du 20e siècle, la répartition (1/3 de propriétaire-cultivateurs ; 1/3 de manouvriers ; 1/3d'artisans ou prestataires) perdure. Lors du dénombrement de population de 1906 (AD88 - 6M844), une douzaine de femmes mettent en avant leur activité de brodeuse, couturière ou lingère. On peut noter de plus la présence de la scierie au centre du village.Quelques ouvriers sont aussi employés dans les mines et usines à proximité (Société des mines de Gemmelaincourt, Société des mines de Parey-Châtillon, Société des eaux Minérales de Vittel).

Le château surplombant l'ouest de la rue principale (actuel Établissement d'enseignement privé pour garçons « Bienheureux Frassati ») a accueilli des colonies de vacances sanitaires pour des enfants parisiens à partir de 1889 (AD88-11T23/209). Cette initiative est mise en œuvre par Léon Millot (1847-1917) et le maire du 11e arrondissement de Paris.

Léon Millot est pépiniériste à Mandres-sur-vair, et très investi dans la culture de la vigne et la lutte contre les maladies, notamment le phylloxéra qui apparaît dans les Vosges en 1894. Fondateur de la Société vosgienne de viticulture et de production fruitière, sa notoriété et son action sont reconnues et lui vaudront le surnom de « père de la vigne vosgienne ». Un cépage hybride créé en 1911 porte aussi son nom. Un monument en granit supportant un bas-relief en bronze a été commandé en sa mémoire en 1939 au sculpteur Henri Guingot (1897-1952), inauguré en 1955.

Près du site de l'ancien moulin de Vanel, une blanchisserie (et teinturerie pour les hôtels de Vittel) a été installée à la fin du 19e siècle ou au début du 20e siècle. Les bâtiments accueillent depuis 1965, un commerce de matériels agricoles (Établissement Dubs). Un autre revendeur de machines agricoles est situé dans une ancienne ferme au centre du village (Claudagri).

Période(s) Principale : 17e siècle, 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , porte la date, daté par travaux historiques

Mandres-sur-Vair comprend 172 bâtiments (source INSEE), dont 35 repérés et 4 étudiés.

Les fermes sont construites en moellons de grès, avec des reprises récentes en béton, briques, ou bois. Elles sont le plus souvent couvertes d'une charpente à longs pans sur laquelle reposent des tuiles mécaniques. Les encadrements sont en grès, hormis quelques cas en bois, IPN, ciment ou briques de laitier.

Dans cette commune, le patrimoine bâti est majoritairement composé de fermes à deux ou trois travées de plan (83%). Les autres sont de grandes constructions qui ont plus de quatre travées (17%). Dans le village, huit fermes sont à double logis, six bâtiments ont un plan en forme de L, trois fermes sont à pavillon et une maison de manouvriers ont été relevés. Toutes les fermes sont parallèles à la voie, et les 4/5 sont mitoyennes. On pénètre dans le logis par une porte piétonne que dans la moitié des maisons. En l'absence de cette ouverture, on entre dans l'habitation par la porte charretière. Les 9/10e des logis ont deux pièces en façade antérieure et sont plus larges que profonds, ce qui correspond à la forme en usage dans les villages-rues au 19e siècle. Les autres habitations en longueur, leur cuisine s'ouvre sur la rue et le poêle sur le jardin à l'arrière.

Le bâti conserve quelques éléments de décors (ferronneries, niche, statue, pots à oiseaux …), mais quasiment pas d'éléments anciens : 4 baies à chanfrein et 2 encadrements moulurés. Quelques portes piétonnes à une imposte vitrée surmontée d'une corniche moulurée et avec des menuiseries intéressantes ont été conservées. 15% des fermes présentent aussi des chaînes d'angles en pierre de taille, ou peintes sur l'enduit, ce qui indique un effort d'ornementation des habitations. Les volets et les portes charretières sont souvent percés de petits jours en forme de balustre.

Typologies Ferme à double logis, Ferme à plan en L, Ferme à pavillon, maison de manouvriers
Toits tuile mécanique, tuile creuse
Murs grès moellon enduit
ciment parpaing de béton
bois essentage de tuile
brique
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 35
nombre d'oeuvres étudiées 4
nombre des immeubles au dernier recensement de l'INSEE 172

Références documentaires

Documents d'archives
  • Anonyme. Mandres-sur-Vair. Historique de la commune avant 1789. (s.d.). Sources : Archives départementales des Vosges, Épinal - 11T23/209

    Archives départementales des Vosges, Épinal : AD88-11T23/209
Bibliographie
  • JACQUET, Alain. La terre, la charrue, les écus, la société villageoise de la plaine thermale des Vosges de 1697 à 1789. Presse universitaire de Nancy. 1998

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Conraud, Jean-Marie. Les Raisins de la galère : hommage à Léon Millot, père de la vigne vosgienne, Vagner imprimeur, 1993, 172 p.

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