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Architecture rurale de la commune de Jorxey

Dossier IA88031739 réalisé en 2018

Fiche

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Aires d'études Dompaire
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Jorxey

La carte archéologique signale que la commune se trouve sur le tracé des voies romaines Langres-Strasbourg, Corre-Charmes et la voie d’Autreville à Thaon. La toponymie de Jorxey (-acum) évoque également une occupation dès la période gallo-romaine. Des sites celtes et des voies romaines semblent présents sur le territoire communal, mais aucune fouille n’a été réalisée (source orale : Bernard Zamaron, habitant de Jorxey et historien local).

Le nom de « Jorceis » est attesté depuis 1172. Le village dépendait en 1594 du bailliage des Vosges, prévôté de Dompaire et de Valfroicourt, et à partir de 1751 du bailliage de Darney, coutume de Lorraine. Au spirituel, la commune dépend du diocèse de Toul et de l’évêché de Saint-Dié, en tant que chef-lieu de doyenné de 26 cures, 13 annexes, une abbaye, une commanderie de Malte, 45 chapelles, 7 oratoires, 2 hôpitaux, 5 ermitages, 3 couvents d’hommes et 3 monastères de femmes (Lepage et Charton. 1845).

Le commandeur des Templiers de Xugney avait un gite permanent à Jorxey, appelé la maison St Jean (Aube, Jean-Paul. La commanderie de Templiers de Xugney. Villages Lorrains n°121. Hiver 2007-2008).

Il y aurait eu dans le Bois de la Pitroye, un hôpital de lépreux et un château de Malte. Le village était aussi muni d’une cure agricole (détruit, Ferme n°32), où quatre moines avaient la charge de la gestion du patrimoine et des terres des chanoinesses de Remiremont (sources : Bernard Zamaron).

Le village a beaucoup souffert lors de la guerre de Trente ans et de l’épidémie de peste : « toutes les maisons de Jorxey sont ruinées » (Idoux. Les ravages de la guerre de Trente ans dans les Vosges.1912). Juste au nord du village, le lieu-dit « Le Pré Français » aurait été le théâtre d’une bataille à ce moment, et l’ancien village était situé plus au sud que l’actuel, au lieu-dit Tannipeu, près de la fontaine Bailly (source orale). Aussi, aucune ferme ne présente aujourd’hui d’éléments architecturaux visibles antérieurs au 17e siècle. Peu de bâtiments sont datés par une pierre gravée (1707, 1829 et 1966). Les autres ont été établis au 19e siècle, hormis trois fermes qui remontent au 18e siècle (critères morphologiques et architecturaux, cadastre ancien). Le village assiste en effet à une forte croissance démographique passage de 217 habitants en 1800, à 294 en 1841. Cette population se maintient jusque vers 1886, puis chute fortement pendant le siècle et demi suivant en raison de l’exode rural (70 habitants en 1990).

Au 19e siècle, les habitants de Jorxey produisaient du blé (pour les poules), de l’avoine (pour les chevaux et les lapins), du seigle (pour les cochons, la paille servant de matelas), un peu de sarrazin, des pommes de terre, des pois, des betteraves et de la vigne (consommation locale). Les habitants tissaient du chanvre et de la laine produits localement. La production des vers à soie (murier) était vendue à Ubexy et Nancy. Il y avait environ 120 ruches, souvent abritées dans de petites constructions en bois, ou en pierre dans les vignes de 4 m² environ (toutes détruites) ; les cabanes dans les vignes servaient aussi d’abris pour chasser les sangliers. La plupart des femmes était dentelière ou perlière et vendait leur production à Bazegney. Une habitante faisait de la broderie perlée jusqu’en 1990 pour la haute couture parisienne (sources : Bernard Zamaron).

L’observation du recensement de la population en 1886 (AD88-6M813) confirme la vocation agricole du village, par la déclaration de 38 propriétaires-exploitants, 29 manouvriers/journaliers et 11 vignerons. La quasi-totalité des femmes sont dentellières (89). Il y a également 2 tailleurs d’habits et 3 couturières. On relève aussi quelques artisans et commerçants (cordonnier/sabotier, épicier, boulanger, maréchal-ferrant, maçon, tailleur de pierre, charpentier, menuisier). Un berger communal est signalé jusque vers 1911, habitant rue Boudière (parcelle cadastrale 2018 ZE 9, dénaturé), puis rue de Bellevue à partir de 1901. Le berger s’occupait d’une trentaine de moutons et surtout des chèvres qui semblaient plus rentables, produisant de la viande, des chevreaux et du lait, tandis que les moutons, ne fournissait que de la viande et de la laine. Il avait aussi la charge des mâles : un verrat, un bélier, un bouc, et un bouquin (lapin mâle). Les pratiques de la vaine pâture et de l’assolement triennal sont encore en vigueur dans la commune au début du 20e siècle, ainsi que les affouages, la location des bas-côtés de chemin (pâture) et des boues des rues et des fontaines.

Suite à la crise du phylloxera, vers 1900, la vigne existante a été remplacée par des cépages hybrides (Oberlin, Baco, Kuhlman et Léon Millot). La culture est abandonnée vers 1950 après plusieurs années de gel, et les deux derniers propriétaires de vigne du village entretiennent environ 1 hectare chacun pour leur consommation personnelle. Généralement, les vignes ont été remplacées par des plantations de Robiniers Faux-Acacias (servant à la fabrication de piquets de vigne et de clôture vendus dans les villages environnants), ou d’arbres fruitiers (pommier, mirabellier, cerisier, quetschier et néflier). Ces fruits étaient vendus au marché à Thaon-les-Vosges, ainsi qu'aux fabricants de confitures et sirops de Charmes (Dufour/ Société Patisfrance) et de Gripport (Broutchoux). Les pruneaux (mirabelle, quetsche et raisin) étaient séchés sur des grandes claies au soleil (parfois au four), et une distillerie communale permettait de traiter le marc de mirabelles. Il y existait également un verger communal qui était loué aux plus modestes habitants sans arbre fruitier en propre.

Dans la première moitié du 20e siècle, la plupart des cultivateurs ont 7 ou 8 vaches chacun, les journaliers en ont plutôt 2 ou 3 vaches et quelques chèvres. Ils emploient très peu de machines agricoles : les premières sont des tronçonneuses vers 1950. La ferme n°15 appartenait à un important marchand de biens et de chevaux, et les principaux apiculteurs se trouvaient dans les Fermes n°13 et n°21. Des bucherons, des scieurs de bois et des charbonniers travaillaient jusqu’à la première guerre mondiale, dans la forêt au sud du village. On y trouvait aussi une carrière de sable et de pierre utilisée pour la construction locale et par la Verrerie de Portieux. Le tailleur de pierre habitant le village (Ferme n° 4) utilisait plutôt la pierre provenant de Lerrain.

Progressivement les habitants du village sont devenus des ouvriers-paysans : les femmes s’occupant de la culture et les hommes étant employés dans les usines à proximité : Cracco à Mirecourt (bâtiment et travaux publics), Boussac à Vincey (tissages), Usine de Tubes à Vincey principalement.

Avant l’installation du système d’adduction d’eau vers 1970-1975, le village est alimenté en eau par des puits dans chaque ferme et un ensemble de fontaines et lavoirs installés vers 1850. Les jours de lessive étaient régis par type de linge : jour du linge blanc, du linge bleu et pour les sacs à patates...

Un remembrement a eu lieu vers 2013, lors duquel les usoirs auparavant communaux ont été privatisés. (sources : Bernard Zamaron).

Période(s) Principale : 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , porte la date, daté par travaux historiques

Jorxey comprend 44 résidences (source INSEE - 2015), dont 27 bâtiments repérés et 5 étudiés.

Le patrimoine bâti y est majoritairement composé d’anciennes fermes à deux ou trois travées de plan, avec la grange séparant le logis de l’étable (78% du corpus). Les autres fermes sont de grandes dimensions, à quatre travées ou plus (16%), ou de modestes maisons composées d’un logis unique (6%). Quatre maisons de manouvriers et une ferme à un plan en L ont été repérées, ainsi que deux fermes à pavillon particulièrement ostentatoire avec plusieurs corps (ferme n° 15 et n°23). La part des fermes à double logis de la commune est assez important par rapport aux autres territoires des Vosges (31%). Trois fermes à charri (avant-grange) ont aussi été identifiées, il en existe peut-être trois autres (non vues). Tous les bâtiments relevés sont parallèles à la voie, et 81% sont mitoyens. Le village est en effet concentré autour de son église, et se dé-densifie en s’éloignant le long de la rue principale. La ferme n°10 (1 rue de Bellevue) et la maison de manouvriers n°20 (à côté de la fontaine-lavoir-égayoir) sont quasiment isolées.

On ne pénètre dans le logis par une porte piétonne que dans 37% de ces fermes. En l'absence de ce passage, on entre dans l'habitation par la porte charretière. Tous les logis sont en profondeur, avec une chambre (le poêle) s’ouvrant sur la rue et une cuisine derrière éclairée par le mur pignon. Quatre pièces borgnes ont toutefois été localisées, et il en existe peut-être quelques autres. L’étable, à l’arrière du logis ou bénéficiant de sa propre travée, prend le jour sur le jardin en façade postérieure. Des chambres à grains sont installées au-dessus des pièces de vie, et des greniers sur le tout. Trois pigeonniers étaient installés dans les combles, dont deux possédaient une pierre d’envol habillée d’une maisonnette de bois (Ferme n°5 et n°17). On peut aussi relever un pot à moineaux (nichoirs) en terre cuite accroché sur une façade antérieure.

Les fermes de Jorxey sont construites en moellons de grès, et couvertes d'une charpente à longs pans sur laquelle reposent des tuiles mécaniques, parfois remplacées par des tôles (13%). Les encadrements des ouvertures sont majoritairement en grès, avec un linteau droit (81%) Quelques baies sont à linteau segmentaire délardé (10%) ou segmentaire (3%). Les portes charretières sont en plein cintre (53%) ou en anse de panier (10%), hormis celles rehaussées par un linteau IPN, en ciment, voire en bois ou en briques de laitier (37%).

Le bâti conserve quelques éléments de décor (niches, statues, ferronneries…) et une seule baie ancienne à chanfrein (datée de 1707). Certains encadrements de porte charretière plus récents sont ornés d’une agrafe et de moulures à la hauteur des chapiteaux. La moitié des portes piétonnes menant au logis sont surmontées d’une imposte vitrée et d’une corniche moulurée. Deux fermes présentent aussi des chaînes d'angle, ce qui indique un effort d'ornementation des habitations, complétées par une dizaine d’autres portant de fausses chaînes d'angle peintes sur l'enduit.

Typologies ferme à double logis, ferme à plan en L, ferme à pavillon, ferme à charri, Ferme à plusieurs corps de batiment accolés
Toits tuile mécanique, tuile creuse, tôle ondulée, ciment amiante en couverture
Murs grès moellon enduit
béton parpaing de béton
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 27
nombre d'oeuvres étudiées 5
nombre des immeubles au dernier recensement de l'INSEE 44

Références documentaires

Documents d'archives
  • Lescoffier. Communauté de Jorxey avant la Révolution de 1789. (1889)

    Archives départementales des Vosges, Épinal : 11T22/188
  • Varvenne Vanessa. Synthèse de l’entretien avec Bernard Zamaron, habitant et historien à Jorxey, le 19 juin 2018.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
Documents figurés
  • Plan cadastral napoléonien de Jorxey (1841).

    Archives départementales des Vosges, Épinal : 3P5194
Bibliographie
  • Lepage, Henri et Charton, Charles. Le département des Vosges : statistique historique et administrative. Nancy : Berger-Levrault 1978, réimpression de l'ouvrage paru en 1845.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Idoux, M.-C. Les ravages de la guerre de Trente Ans dans les Vosges : 2e fascicule. Annales de la société d'émulation du département des Vosges, 1912, p. 1-234

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Michler, Mathieu. Les Vosges 88 . Paris : Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2004. - 426 p. : ill., croquis, plans, cartes ; 30 cm. (Carte archéologique de la Gaule)

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
Périodiques
  • Aube, Jean-Paul. La commanderie de Templiers de Xugney. Villages Lorrains n°121. Hiver 2007-2008.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
(c) Région Lorraine - Inventaire général ; (c) Conseil départemental des Vosges - Varvenne Vanessa