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Architecture rurale de la commune de Gugney-aux-Aulx

Dossier IA88031738 réalisé en 2018

Fiche

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Aires d'études Dompaire
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Gugney-aux-Aulx

La carte archéologique signale que la commune se trouve sur le tracé de la voie romaine Langres-Strasbourg, et peut-être celle allant de Corre à la Moselle. Cinq tertres non identifiés ont aussi été localisés au lieu-dit Champ Saint-Evre. La toponymie de Gugney (-acum) évoque également une occupation dès la période gallo-romaine.

Attesté depuis le XIe siècle, le village dépend en 1594 du bailliage des Vosges, prévôté de Charmes. Au spirituel, la commune fait partie du doyenné de Jorxey, du diocèse de Toul et de l’évêché de Saint-Dié. La présence d’une fourche patibulaire pour l’exécution de criminels condamnés par la justice du lieu est mentionnée (Lepage et Charton. 1845).

Le village a beaucoup souffert lors de la guerre de Trente ans et de l’épidémie de peste en 1631. En 1637, une troupe armée pilla l’église et le village, massacra un grand nombre d’habitants de tout âge et de tout sexe, et brûla presque toutes les maisons. En 1642 et 1649, Gugney-aux-Aulx n’avait que 4 ou 5 habitants, et en 1659, 9 habitants y sont recensés. Gugney est à nouveau pillé en 1670 par les gens de Créqui, assiégeant Châtel, qui enlèvent tout le blé du Ménil et des autres hameaux, et gâtèrent l’avoine. (Idoux. Les ravages de la guerre de Trente ans dans les Vosges. 1912). La microtoponymie conserve par exemple la mémoire du lieu-dit Les Maisons Brulées dans la rue de l’Âtre.

Aussi, les fermes ne présentent aujourd’hui pas d’éléments architecturaux visibles anciens, hormis une pierre datée 1567 et une baie à meneau, remployés. Selon les habitants, l’ancien village détruit par les Suédois, se situerait au-delà de la côte, derrière l’Eglise. (Visitons nos villages… Gugney-aux-Aulx. Charri n°2. 1992, p.15-16).

Isolés, le Moulin (détruit) et la Ferme de Flavaucourt (cf. IA88031816) sont mentionnés sur la carte de Cassini (milieu 18e siècle).

Les bâtiments datés par une pierre gravée ont été construits ou rénovés en 1847, 1856, 1859, 1875, 1979 et 1884 ; ce qui correspond à la période à laquelle le village est le plus peuplé : environ 620 habitants en 1836 et 1876. Puis, cette population chute progressivement pendant le siècle et demi suivant en raison de l’exode rural (115 habitants en 1990). La plupart des fermes relevées datent ainsi du 19e siècle, quelques-unes remontent au 18e siècle (critères morphologiques et architecturaux, cadastre ancien). Pour leur construction, les carrières de moellons et les forêts de la commune étaient utilisées, le grès des encadrements provenait de Ville-sur-Illon, et le plâtre de Circourt (Visitons nos villages… Gugney-aux-Aulx. Charri n°2. 1992, p.15-16).

Selon les statistiques agricoles communales de 1853 à 1939 (sources : AD88-Edpt227/3F1), Gugney-aux-Aulx est un village essentiellement agricole, produisant jusqu’à la fin du 19e siècle, du blé et de l’avoine, ainsi que des pommes de terre, du seigle, des légumes, du chanvre, du lin et surtout de la vigne. A partir de 1892, les cultures se diversifient incluant de l’orge, du chou-à-choucroute, des betteraves fourragères, et de nombreuses des praires (naturelles ou artificielles) pour le développement de l’élevage. Par exemple, sont décomptés en 1892 : 305 bovins (contre 203 en 1882), 291 porcins, 148 moutons (dont 80 agneaux), 46 caprins, 74 chevaux, ainsi que 1020 poules, 250 lapins, 60 pigeons, 35 canards et une trentaine de ruches. L’exploitation de la vigne augmente également jusqu’aux crises du mildiou et du phylloxera vers 1900 qui provoquent un quasi-abandon de la production, au profit des vergers (mirabelliers, pruniers, cerisiers, pommiers, poiriers). Du houblon est également produit entre 1882 et 1899, afin d’alimenter les brasseries de Charmes et Ville-sur-Illon.

La mécanisation de la production agricole se fait lentement à partir de la fin du 19e siècle. En plus des 13 charrues, et 5 houes à cheval présentent en 1892, les villageois se sont équipés de 12 machines à battre, 5 faneuses et râteaux, 3 faucheuses mécaniques et 2 moissonneuses mécaniques. En 1939, ils possèdent de plus, 5 moissonneuses-lieuses et 2 batteuses mues par moteur.

L’observation du recensement de la population en 1886 (AD88-6M782) confirme la vocation agricole et viticole du village, par la déclaration de 34 propriétaires-exploitants, 28 manouvriers/journaliers et 73 vignerons-polyculteurs. En 1906, ils sont complétés par un planteur de houblon, deux fruitiers et deux distillateurs. La quasi-totalité des femmes sont dentellières (172) ; il y a aussi 3 couturières, 4 tailleurs et une brodeuse. On relève également quelques marchands-négociants (de bestiaux, de draps, de vin et de fruits, aubergiste, épiciers) et artisans (meuniers, sabotiers/cordonniers, boulanger, charron, maréchal-ferrant, ferblantiers, sellier, maçons, charpentier, menuisiers, tonnelier). Un berger communal est signalé jusqu’en 1926, dont l’habitation est située rue Grabouée (parcelle 1841 B 885 ; 2018 B 1272). Cette petite ferme à deux travées, était composée d’une cuisine, d’un poêle sur la rue, d’une grange et d’une écurie à l’arrière, d'un jardin potager et d'un verger à l’arrière. Proche de la ruine en 1824, elle est vendue aux enchères pour démolition. Elle avait été acquise par la commune en 1898 en remplacement de l’ancienne maison de berger, trop restreinte et nécessitant trop de travaux de réparation. Cette maison, située rue de l’Âtre, avait été réparée en 1848 (toiture, ouverture et cheminée) et en 1862, selon les plans de Sartory, architecte à Mirecourt (Sources : AD88 - Edpt227/1M1 et 2O232/10).

Les pratiques de la vaine pâture et de l’assolement triennal perdurent jusqu’au milieu du 20e siècle (sources : AD88 - 2O232/1). Avant la mise en place de l’adduction d’eau vers 1970, le village était approvisionné en eau par un ensemble de fontaines-lavoirs et égayoir publics.

Période(s) Principale : 16e siècle, 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , porte la date, daté par travaux historiques

Gugney-aux-Aulx comprend 100 résidences (source INSEE - 2015), dont 32 bâtiments repérés et 4 étudiés.

Le patrimoine bâti y est majoritairement composé d’anciennes fermes à trois travées de plan, avec la grange séparant le logis de l’étable (53% du corpus), ou deux travées : grange et logis avec étable à l’arrière (33%). Les autres fermes sont de grandes dimensions, à quatre travées ou plus (14%). Trois fermes à plan en L, deux maisons de manouvriers et une ferme à pavillon ont été repérées. La part des fermes à double logis de la commune est assez important par rapport aux autres territoires des Vosges (31%). Six fermes à charri (avant-grange) ont aussi été identifiées, toutefois il en existe peut-être aussi deux autres (non vues). Tous les bâtiments relevés sont parallèles à la voie sauf un, et 72% sont mitoyens. Le village est en effet, composé de trois parties : La Rue Haute aux maisons alignées et mitoyennes, et les quartiers de La Poirie et de l’Église plus relâchés. Il faut y ajouter la Ferme de Flavaucourt, isolée à l’Est du village.

On ne pénètre dans le logis par une porte piétonne que dans 30% de ces fermes. En l'absence de ce passage, on entre dans l'habitation par la porte charretière. 58% des logis sont en profondeur, avec une chambre (le poêle) s’ouvrant sur la rue et une cuisine derrière éclairée par le mur pignon. Une pièce borgne a été localisée, toutefois il en existe probablement quelques autres. Les logis plus larges possèdent deux pièces en façade antérieure. L’étable, à l’arrière du logis ou bénéficiant de sa propre travée, prend le jour sur le jardin en façade postérieure. Des chambres à grains sont installées au-dessus des pièces de vie, et des greniers sur le tout. Trois pigeonniers ont été établis dans les combles ; la pierre d’envol de l’un était habillée d’une maisonnette de bois (Ferme n°26).

Les fermes de Gugney-aux-Aulx sont construites en moellons de grès, avec quelques reprises récentes en ciment, en brique ou en bois. Elles sont couvertes d'une charpente à longs pans sur laquelle reposent des tuiles mécaniques, parfois remplacées par des plaques de ciment-amiante ou des tôles (21%). Quelques tuiles creuses sont encore visibles. Les portes charretières sont en plein cintre, hormis celles rehaussées (28%), trois en anse de panier, une segmentaire, et une plus modeste à linteau de bois. Les encadrements des ouvertures sont majoritairement en grès, avec un linteau droit (2/3), segmentaire délardé (18%), ou segmentaire (9%). Quelques-uns sont aussi réalisé en bois ou en briques de laitier. La présence de deux baies à meneaux de bois est signalée dans un article de Jacques Wirtz (Charri n°13. 1996), mais non situées.

Le bâti conserve peu d’éléments de décor (niches, ferronneries…) et quelques ouvertures anciennes : trois portes charretières et deux baies à chanfrein, et une baie à meneau de pierre moulurée. Quatre encadrements de porte charretière sont munis de moulures à la hauteur des chapiteaux, et six sont ornés d’une agrafe sculptée. Deux portes piétonnes sont surmontées d’une imposte vitrée et d’une corniche moulurée. Certaines ont même conservé des menuiseries intéressantes (chevrons, panneaux chantournés…). Deux fermes présentent aussi des chaînes d'angle, imitées par sept autres portant de fausses chaînes d'angle peintes sur l'enduit. La pierre sculptée incluse en façade d’une ferme est de plus à mettre en avance : Portant la date 1567, elle figure deux hommes et leur attelage de quatre chevaux tirant une charrue (IM88030470).

Typologies ferme à double logis, ferme à plan en L, ferme à pavillon, ferme à charri, ferme jumelle, maison de manouvriers
Toits tuile mécanique, tuile creuse, tôle ondulée, ciment amiante en couverture
Murs grès moellon enduit
béton parpaing de béton
bois essentage de planches
brique
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 36
nombre d'oeuvres étudiées 4
nombre des immeubles au dernier recensement de l'INSEE

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives communales de Gugney-aux-Aulx

    Archives départementales des Vosges, Épinal : Edpt 227/1M1
Bibliographie
  • Lepage, Henri et Charton, Charles. Le département des Vosges : statistique historique et administrative. Nancy : Berger-Levrault 1978, réimpression de l'ouvrage paru en 1845.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Idoux, M.-C. Les ravages de la guerre de Trente Ans dans les Vosges : 2e fascicule. Annales de la société d'émulation du département des Vosges, 1912, p. 1-234

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Michler, Mathieu. Les Vosges 88 . Paris : Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2004. - 426 p. : ill., croquis, plans, cartes ; 30 cm. (Carte archéologique de la Gaule)

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
Périodiques
  • Wirtz, Jacques. Les encadrements des fenêtres et portes de granges. Charri n° 13, 1996.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy : RL CHA 1996 13
  • Visitons nos villages… Gugney-aux-Aulx. Charri n°2. 1992, p.15-16

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
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