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Architecture rurale de la commune de Derbamont

Dossier IA88031737 réalisé en 2018

Fiche

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Aires d'études Dompaire
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Derbamont

La carte archéologique mentionne « des substructions antiques », « des débris de l’époque romaine » et « plusieurs tumuli » signalés au 19e siècle, à l’est du chemin de Madegney, et au sud du chemin de Vaubexy. Des éléments de sépultures mérovingiennes et franques sont aussi localisées au lieu-dit « La Croix le Geai ».

Le nom de Derbamont est attesté dès 1304. Le village dépendait en 1594 du bailliage des Vosges, prévôté de Dompaire et de Valfroicourt, et à partir de 1751 du bailliage de Darney, coutume de Lorraine. Au spirituel, la commune, comprenant aussi Circourt et Bouxières, fait partie du doyenné de Jorxey, du diocèse de Toul et de l’évêché de Saint-Dié (Lepage et Charton. 1845).

Le village a beaucoup souffert lors de la guerre de Trente ans et de l’épidémie de peste de 1631. En 1652, le receveur prévôtal mentionne qu’il n’a rien pu tirer du Ban de Derbamont car « ledit Ban est abandonné » (Idoux. Les ravages de la guerre de Trente ans dans les Vosges.1912). Aussi, très peu de fermes et l’ancien presbytère présentent aujourd’hui d’éléments architecturaux visibles antérieurs au 17e siècle. Les bâtiments datés par une pierre gravée ont été construits ou rénovés en 1707, 1717, 1792, 1807, 1819, 1827, 1837, 1841, 1868 et 1895. Les autres fermes sont datables principalement de la première moitié du 19e siècle, quelques-unes du 18e siècle et de la seconde moitié du 19e siècle (critères morphologiques et architecturaux, cadastre ancien). Ces dates évoquent d’une part la période de reconstruction après la guerre de Trente ans au début du 18e siècle ; et d’autre part la forte croissance démographique du 19e siècle, avec un maximum de 491 habitants en 1836. Puis, cette population chute progressivement pendant le siècle et demi suivant en raison de l’exode rural (88 habitants en 2006).

Avant la Révolution Française, les habitants de Derbamont cultivent du froment, de l’avoine, de l’orge, du seigle, des pommes de terre, des pois et lentilles, du chanvre, du lin et de la vigne, presque entièrement consommés dans le village. L’excédent des bonnes années était écoulé par Mirecourt et Epinal. Les principales ventes étaient celles du vin et de la dentelle. Les femmes étaient occupées aux travaux des champs pendant la belle saison, et à filer le chanvre pour les besoins du ménage pendant l’hiver. Pour l’élevage, le curé est chargé conjointement avec le chapitre de Remiremont de fournir les bêtes mâles (le taureau, le bélier et le verrat). Le berger communal a la charge de mener les ovins et caprins appartenant aux villageois dans les pâquis communaux, et dans certaines parties des forêts communales, au lieu-dit « Bois des Bacelles » (sources : AD 88 - 11T18/96).

L’observation du recensement de la population en 1906 (AD88-6M676) confirme la vocation agricole du village, par la déclaration de 30 propriétaires-exploitants, 26 manouvriers/journaliers, 10 vignerons et un distillateur. La quasi-totalité des femmes sont brodeuses (17), dentellières (14), couturières, repasseuses ou lingères (6). Il y a également 2 tailleurs d’habits. On relève aussi quelques artisans et commerçants (épicier, charron, boulanger, maréchal-ferrant, maçon, terrassier et marchand forain de jeux). Un berger communal est signalé jusqu’en 1906, dont l’habitation n’est pas identifiée. La présence d’une maison du pâtre qui appartient à la communauté est attestée depuis au moins 1733 (sources : AD88 - Edpt131/DD2). Cette maison a probablement disparue car elle est signalée en état de ruine, ne peut plus être habitée sans danger en 1809. Toutefois, une nouvelle maison du pâtre est établie en 1804 selon les plans du Sieur Gérard (architecte) par Joseph Lecolle (entrepreneur en bâtiment aux Ableuvenettes), non localisée (sources AD88 : 2O134/8).

Les pratiques des affouages, de la vaine pâture et de l’assolement triennal sont encore en vigueur dans la commune au début du 20e siècle.

Il existait aussi au 19e siècle, deux moulins à farine, une huilerie (huile de faînes) située dans la ferme isolée de Gosselancourt (Lepage et Charton. 1845). Cette ferme est mentionnée sur la carte de Cassini (milieu 18e siècle).

Une carrière de sable est ouverte en 1837, en forêt au lieu-dit de la Mollière (sources : AD88 - 2O134/9).

Avant la mise en place de l’adduction d’eau alimentée par le réservoir, le village était approvisionné en eau par un ensemble de sept fontaines-lavoirs publics et d’une dizaine de puits privés. L’électrification s’est faite progressivement en commençant par l’éclairage de la mairie, de l’église et du presbytère par la Compagnie Lorraine d’Electricité, à partir de 1925 (AD88 - 2O134/8).

Période(s) Principale : 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , porte la date, daté par travaux historiques

Derbamont comprend 61 résidences (source INSEE - 2015), dont 28 bâtiments repérés et 5 étudiés.

Le patrimoine bâti y est majoritairement composé d’anciennes fermes à deux travées : grange et logis avec étable à l’arrière (49%), ou à trois travées de plan, avec la grange séparant le logis de l’étable (45% du corpus). Les autres sont des habitations plus modestes. Onze maisons de manouvriers, une ferme à un plan en L ont été repérées, et seulement une ferme à pavillon plus soignée (moulures, ferronneries…). La part des fermes à double logis de la commune est assez faible pour le canton de Dompaire (15%). Quatre fermes à charri (avant-grange) ont aussi été identifiées, toutefois, il en existe peut-être aussi trois autres (non vues). Généralement mitoyens (73%), les bâtiments relevés sont parallèles à la voie, hormis 10% qui y sont perpendiculaires afin d’éviter une façade antérieure orientée au nord.

On ne pénètre dans le logis par une porte piétonne que dans 39% des fermes. En l'absence de ce passage, on entre dans l'habitation par la porte charretière. Les 7/10e des logis sont en profondeur, avec une chambre (le poêle) s’ouvrant sur la rue et une cuisine derrière éclairée par le mur pignon. Aucune pièce borgne n’a été localisée, toutefois une dizaine (non vues) est probable dans des maisons mitoyennes. Les autres logis sont plus larges et possèdent deux pièces en façade antérieure. L’étable, à l’arrière du logis ou bénéficiant de sa propre travée, prend le jour sur le jardin en façade postérieure. Des chambres à grains sont installées au-dessus des pièces de vie, et des greniers sur le tout. En plus de trois pigeonniers installés dans les combles, on peut relever quelques pots à moineaux (nichoirs) en terre cuite accrochés en façade antérieure.

Les fermes de Derbamont sont construites en moellons de grès, et couvertes d'une charpente à longs pans sur laquelle reposent des tuiles mécaniques, parfois remplacées par des plaques de ciment-amiante ou des tôles (23%). Quelques tuiles creuses sont encore visibles. Les encadrements des ouvertures sont en grès (sauf un de bois), avec un linteau droit (56%) ou segmentaire délardé (27%). Deux bâtiments possèdent aussi des linteaux droits délardés, et un autre des linteaux segmentaires. Des petits jours (oculus) sont aussi utilisés pour éclairer le charri ou les greniers (18%), dont l’un est sculpté en swastika. Les portes charretières sont en plein cintre (45%) ou en anse de panier (21%), exceptées celles qui ont été rehaussées (15%). Un linteau est segmentaire et quatre autres plus modestes sont en bois.

Le bâti conserve un certain nombre d’éléments de décor (niches, statues, ferronneries…) et ouvertures anciennes : 3 baies à chanfrein, 2 moulurées, et une porte à linteau trilobée. L’encadrement d’une porte charretière est mouluré et un autre chanfreiné, mais le plus souvent, ils sont ornés de moulures à la hauteur des chapiteaux et d’une agrafe (1/3). Quatre portes piétonnes sont surmontées d’une imposte vitrée et d’une corniche moulurée. Certaines ont conservé des menuiseries intéressantes. Trois fermes présentent aussi des corniches soulignant la toiture et des chaînes d'angle, ce qui indique un effort d'ornementation des habitations, complétées par les sept autres portant de fausses chaînes d'angle peintes sur l'enduit.

Typologies ferme à double logis, ferme à plan en L, ferme à pavillon, Ferme à charri, maison de manouvriers
Toits tuile mécanique, tuile creuse, tôle ondulée, ciment amiante en couverture
Murs grès moellon enduit
béton parpaing de béton
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 28
nombre d'oeuvres étudiées 5
nombre des immeubles au dernier recensement de l'INSEE 61

Références documentaires

Documents d'archives
  • Thiebault, Fray. Statistique rétrospective sur la communauté de Derbamont-Circourt. 1889.

    Archives départementales des Vosges, Épinal : 11T18/96
Bibliographie
  • Lepage, Henri et Charton, Charles. Le département des Vosges : statistique historique et administrative. Nancy : Berger-Levrault 1978, réimpression de l'ouvrage paru en 1845.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Gley, Gérard. Géographie, physique, industrielle, administrative et historique des Vosges. Epinal 1870

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Idoux, M.-C. Les ravages de la guerre de Trente Ans dans les Vosges : 2e fascicule. Annales de la société d'émulation du département des Vosges, 1912, p. 1-234

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Michler, Mathieu. Les Vosges 88 . Paris : Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2004. - 426 p. : ill., croquis, plans, cartes ; 30 cm. (Carte archéologique de la Gaule)

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
Périodiques
  • Mougin, Jean. Soleil en Lorraine du Sud. Charri n°26. 2001

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
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