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Architecture rurale de la commune de Bulgnéville

Dossier IA88031254 réalisé en 2017

Fiche

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Aires d'études Bulgnéville
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Bulgnéville

Les premières traces de peuplement autour de Bulgnéville semble datées de la période du Bronze final 2 et 3 (950-600 av J.C.) (cf. Georges Colin, Contribution à l’histoire de Bulgnéville 1987). La carte archéologique signale que la commune était traversée par l'embranchement La-Neuveville/Nijon de la voie romaine Langres-Moselle, et peut-être l'embranchement Houécourt-Lamarche de la voie romaine allant de Damblain vers la Haute-Marne. Quatre tumuli ont été identifiés au lieu-dit « Le Prieur », probablement antérieurs au Hallstatt ancien. A la limite de la commune de Mandres-sur-Vair, dans le bois « Court de Ludres » d’autres tumuli protohistoriques ont été découverts (sans matériel) interprétés comme des nécropoles ou des monticules liés à l'exploitation du sel.

Diverses traces gallo-romaines ont été trouvées au lieu-dit « Le Haut-Bois », « La cote », entre la R.D. 164 et le ruisseau au sud de la Ferme de la Dreuve (Auzainvilliers), et « la Fontaine Finatte ». Une villa gallo-romaine (entre le 1er et 3e siècle) a été fouillée par INRAP en 2015 au lieu-dit « Les Longues Rayes ». Un cimetière mérovingien a aussi été relevé au lieu-dit « La Tinchotte »

Sous l'ancien régime, Bulgnéville relevait au spirituel du diocèse de Toul, Doyenné de Vittel. Le bourg dépendait de la prévôté de Darney, bailliage de Vosges (1594), puis de la prévôté de Bourmont, bailliage du Bassigny (1710), et de la cour souveraine de Nancy, bailliage de Bourmont (1751). Cette ancienne baronnie fut possédée par la maison de Beaufremont, puis par celle du Chastelet (14e siècle).

Bulgnéville est célèbre pour la bataille qui s'y déroula le 2 juillet 1431 entre les troupes de René Ier et celles d'Antoine, comte de Vaudémont, pour succession à la tête du Duché de Lorraine. Le chevalier Barbasan (armée du duc René) se décide à livrer bataille, réticent mais entraîné par de jeunes seigneurs. Suite à la déroute complète qui en résulte, beaucoup périssent, le duc est fait prisonnier, Barbasan est blessé, tandis que les premiers à demander la bataille avait pris la fuite (damoiseau de Commercy et Jean d'Haussonville). Il restait encore des vestiges du château fort flanqué de tours à la fin du 18e siècle, à un km du village, et se nommait la « Tout-Géant » (cf. Lepage et Charton. Le département des Vosges : statistique historique et administrative. 1845)

Comme toute la région, Bulgnéville sort affaibli de la guerre de Trente Ans qui prend fin en 1661, mais c’est la localité la plus importante de la plaine thermale (700 habitants en 1700). La baronnie est acquise par Gustave Dessalles (fin 17e siècle) qui y établit le château, et est érigée en comté puis en marquisat en 1708. La famille Dessalles fonde aussi le couvent de Récollets en 1707. Ces deux édifices sont vendus comme biens nationaux et modifiés par la suite. Le couvent acquis par Joseph Marant (1755-1843) et sert entre autres d'engrangements, puis de manufacture de tabac, de sucrerie. Ce négociant, en plus de ses fonctions politiques (député, maire, conseiller général) est passionné d'agronomie, et nommé correspondant du Conseil d'Agriculture établi auprès du ministère de l'Intérieur pour les Vosges en 1819.

Bulgnéville est supplanté à la veille de la Révolution Française par Vittel, ne bénéficiant pas vraiment du développement du thermalisme, en termes de démographie et économique. En effet, le puits artésien (fontaine des des Curtilles), duquel jaillit une eau dont les propriétés médicinales ont été mises en avant par une analyse réalisée en 1836, possédait un débit trop faible pour être exploité. (cf. Jacquet, Alain. La terre, la charrue, les écus, la société villageoise de la plaine thermale des Vosges de 1697 à 1789. Presse universitaire de Nancy. 1998).

Bulgnéville est en effet essentiellement agricole, toutefois en tant que siège de la seigneurie puis chef-lieu de canton (jusqu'en 2014), elle accueille de nombreuses activités artisanales et commerciales. Le site de la forge (première fusion) avec lavoirs et hauts-fourneaux, situé au nord-ouest du bourg, est en activité jusqu'en 1710. Il permettait la fabrication de taques, de vases et marmites en fonte, et peut-être de tuyaux, grilles et chenets (cf. Masson, Pierre. Un exemple de la métallurgie préindustrielle : les usines aux champs de Bulgnéville-Contrexéville (1693-1740). In : Journées d'études vosgiennes 2001).

Au milieu du 19e siècle, la production artisanale et manufacturée emploie une part importante des habitants. La présence est attestée d'un moulin à grains, d'une filature de laine (occupant 40 ouvriers), d'une fabrique de souliers (50 ouvriers), de 3 ateliers de poterie (12 ouvriers), et de nombreuses brodeuses, dentellières et couturières (cf. Lepage et Charton. Le département des Vosges : statistique historique et administrative. 1845).

Elles sont une soixantaine, lors du recensement de 1886 (AD88- 6M624), soit environ 13% de la population active. Une quarantaine de personnes travaillent également le bois (sculpteurs, chaisiers, charpentiers, menuisiers). Les cultivateurs représentent environ 8%, et les manouvriers et journaliers 16 % de la population active. En plus des artisans (maréchal ferrant, horlogers, peintres, mâcons, bourrelier...), on trouve de nombreux commerces (boucherie, boulangerie, épicerie, café, photographe, tailleur, chapellerie, pépinière...), administration et services (poste, gendarmerie, perception, école, notaire, huissier, médecins, pharmacien, vétérinaire...). Une halle aux blés est aussi établie en 1855 dans la Grande Rue, afin mettre à l’abri les grains à vendre et développer ce commerce (cf. AD88-2O83/10).

Cette prospérité est toutefois toujours dépendante des aléas agricoles. Par exemple, en 1832, suite à une pénurie des subsistances, le conseil municipal fait acheter du blé qu’il revend à perte aux nécessiteux de la commune pour leur assurer du pain à un prix accessible (cf.AD88-2O83/1). Les activités sont aussi soutenues par la création d’infrastructure comme la ligne de chemin de fer entre Epinal et Neufchâteau, mise en service en 1878. La gare d'Aulnois-Bulgnéville est partiellement fermée en 1970, la ligne est aujourd’hui utilisée pour le fret.

Les quelques anciennes fermes qui portent une date (1631, 1698, 1740, 1794, 1809, 1883 et 1921) évoquent les périodes principales de la construction de l'ensemble de celles de la commune, à savoir entre le 17e siècle et le début du 20e siècle (critères morphologiques et architecturaux, cadastre ancien).

A partir dès 1931, l’industrie laitière se développe. Récoltant les productions des villages avoisinant, la Coopérative de l’Ermitage regroupait plus de deux cent éleveurs. En comptant plus de mille aujourd'hui, elle est composée d'une dizaine de sites de production de fromages dans les Vosges et en Franche-Comté. L'usine de Bulgnéville, en partie sur la commune de Saulxures-lès-Bulgnéville, a été établie dans les années 1950, et agrandie progressivement au fil du développement de la production.

Période(s) Principale : 17e siècle, 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , porte la date, daté par travaux historiques

Bulgnéville comprend 661 bâtiments (source INSEE), dont 63 repérés et 8 étudiés. Les fermes sont construites en moellons de grès, avec quelques reprises récentes en briques (de terre ou de laitiers), ciment ou bois. Elles sont le plus souvent couvertes d'une charpente à longs pans sur laquelle reposent des tuiles mécaniques. Les encadrements sont majoritairement en grès, parfois en bois, IPN ou ciment. Dans cette commune, le patrimoine bâti est majoritairement composé de fermes à deux ou trois travées de plan (62%). Les autres sont de grandes constructions qui ont plus de quatre travées (28%) ou de petites maisons de manouvriers avec un logis seul (10%).

Quinze fermes sont à double logis : les deux habitations possèdent chacune leur travée parallèlement, toutefois un cas de logis superposé est à relever (cf.IA88031396). Treize maisons de manouvriers et quatre bâtiments à plan en forme de L ont aussi été repérés.

Les fermes sont généralement parallèles à la voie (85%) et mitoyennes (80%). Quelques bâtiments constituent des ensembles particuliers tels que les anciens communs du château (cf. IA88031372, IA88031373, IA88031374, IA88031376 et IA88031379). Il est à noter sept fermes à pavillon au caractère urbain marqué qui ont pour spécificité de posséder une partie agricole dans un corps de bâtiment distinct accolé ou dans une cour. Leur aménagement intérieur est également remarquable (lambris, mobilier, escalier, cheminées…).

Dans le village, on pénètre dans le logis par une porte piétonne que dans 85% des maisons. En l'absence de cette porte, on entre dans l'habitation par la porte charretière. Malgré les nombreuses modifications intérieures qui ont eu lieu en contexte urbain, les logements étendent majoritairement en largueur, présentant deux voire trois pièces en façade antérieure. Pour les cas de logis en profondeur, la cuisine s'ouvre sur la rue et le poêle sur le jardin à l'arrière. Il existe toutefois deux cas particuliers où le logis a été installé dès l'origine non pas en façade antérieure, mais prenant le jour sur le jardin, pour bénéficier d'un ensoleillement au sud. La cuisine est alors accessible depuis la rue par un couloir longeant l'étable et la grange qui elles s'ouvrent sur la voie publique. Indépendamment, une petite baie (rectangulaire ou oculus) au-dessus de la pierre à eau est observable dans 19% des cuisines de la commune.

Le bâti conserve quelques éléments de décors (niches, statues, garde-corps, marquises, grilles…), dont de nombreuses baies anciennes : 6 encadrements moulurés, 4 avec une agrafe, 2 baies à chanfrein, 3 ouvertures en plein cintre, un linteau est trilobé et un autre est en accolade. Un escalier en vis en pierre de taille a aussi été identifié. Quelques portes piétonnes à une imposte vitrée surmontée d'une corniche moulurée et avec des menuiseries intéressantes ont été conservées. 37% des fermes présentent aussi des bandeaux et des chaînes d'angles en pierre de taille ou peints sur l'enduit, ce qui indique un effort d'ornementation des habitations. Quelques volets sont aussi ornés par de petits jours décoratifs en forme de losanges, piques et balustres.

Il est à noter que le musée des traditions locales, du lait et de la fromagerie, nommé "Ecomusée Fernand Utzmann", a été inauguré le 7 octobre 2017. Installé dans une ancienne ferme (cf. IA88031394), il conserve de nombreux objets provenant de Bulgnéville et des villages environnants témoignant des modes de vie ruraux locaux, notamment des machines et outils agricoles. Il possède aussi un ensemble assez complet de meubles qui se trouvaient dans la maison Thiébaut détruite. (cf. IA88031385).

Typologies Ferme à plan en L, Ferme à double logis, Ferme à pavillon, Ferme à plusieurs corps de batiment, maison de manouvriers
Toits tuile mécanique, tuile creuse, ciment amiante en couverture, tuile en écaille
Murs grès moellon enduit
béton parpaing de béton
bois essentage de planches
brique
résidu industriel en gros oeuvre
matériau synthétique en gros oeuvre badigeon
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 63
nombre d'oeuvres étudiées 8
nombre des immeubles au dernier recensement de l'INSEE 661

Références documentaires

Bibliographie
  • JACQUET, Alain. La terre, la charrue, les écus, la société villageoise de la plaine thermale des Vosges de 1697 à 1789. Presse universitaire de Nancy. 1998

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Masson, Pierre. Un exemple de la métallurgie préindustrielle : les usines aux champs de Bulgnéville-Contrexéville (1693-1740). In : Journées d'études vosgiennes (27-28 octobre 2001 ; Contrexéville, Vittel). Des sources au thermalisme, Contrexéville-Vittel. Contrexéville : Centre d'Etudes locales ; Vittel : Cercle d'Etudes, 2002. p. 109-126)

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Jean-Marc Lejuste. Les Récollets de Bulgnéville. Des hommes, des pierres entre ciel et terre 2013. Bulgnéville : Maison familiale rurale de la Plaine des VOsges - Association les Récollets, 2003.224p., ill., plans, carte.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy : C BUL
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