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Architecture rurale de la commune de Bouzemont

Dossier IA88031735 réalisé en 2018

Fiche

Aires d'études Dompaire
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Bouzemont

Des traces d’occupation humaine néolithique ont été trouvé à Bouzemont (Autissier, Anne. L’Eglise Saint-Georges de Bouzemont. Mémoire de Maitrise de l’Université de Nancy II. 1990). D’après la carte archéologique, les tumuli et sépultures fouillés au 19e siècle, aux lieux-dits « Haut des Faux » et « Bois du Haut Fays » atteste d’une présence aux époques du Bronze final III et d’Hallstatt ancien moyen, mais aussi Franque et Mérovingienne (mobilier conservé au MDAAC d'Epinal). Une villa a également été fouillée dans les années 1820 au lieu-dit « Le Couvent ». D’autres vestiges gallo-romains ont été découverts sur le « Plateau d’Aval », notamment un ex-voto en grès représentant un groupe de deux bœufs en ronde-bosse, remontant peut-être à la première moitié du 3e siècle (h=55cm, la=45cm, l=50cm). La commune se trouve sur le tracé de la voie romaine de Corre à Charmes.

La pierre dite de Saint-Bozon située à la Fontaine des Prêtres, est incluse dans un site qui pourrait remonter à la période gauloise. Cette pierre ayant servi de frontière aux territoires de Bouzemont, Circourt, Derbamont et Lamerey, a disparu en 1877, et remplacée par un fax-similé en 2000.

Le toponyme de Bouzemont (Bosonismontis) est attesté sur un document de 1015. Le ban de Bouzemont, comprenant aussi Bazegney, appartenait en 1594 au bailliage des Vosges, prévôté de Dompaire et de Valfroicourt, ban de Girancourt, puis à partir de 1751 du bailliage de Darney, coutume de Lorraine. Au spirituel, la commune fait partie du doyenné de Jorxey, du diocèse de Toul et de l’évêché de Saint-Dié (Lepage et Charton. 1845). Les Dominicains de Charmes avaient aussi jusqu’à la fin du 18e siècle, des revenus pour des locations de gagnage composé de 64 jours 7 ornées de terres labourables, 12 fauchées de prés, 11 ornées de chènevières et 5 ornées de vigne (sources : AD88 - 11T16/53).

Le village a beaucoup souffert lors de la guerre de Trente ans et de l’épidémie de peste de 1633. Il n’y reste plus que 2 conduits et demi (Idoux. Les ravages de la guerre de Trente ans dans les Vosges.1912). Aussi, aucune ferme ne présente aujourd’hui d’éléments architecturaux visibles antérieurs au 17e siècle. Deux photos conservent la mémoire d’un linteau chanfreiné daté « 1565 » en remploi, place de l’église (Illustrations 77 88 4354 Z1 et 77 88 4355 Z1) qui a probablement été détruite (non localisée en 2018). La population de Bouzemont, qui n’est encore que de 28 personnes en 1710, compte déjà 197 habitants en 1793, et atteint un maximum de 291 habitants en 1846. Puis cette population chute progressivement pendant le siècle et demi suivant en raison de l’exode rural (30 habitants en 1990). Les bâtiments datés par une pierre gravée visibles aujourd’hui ont été construits ou rénovés en 1642, 1682, 1724, 1791, 1803, 1823, 1835, 1868 et 1894. La date de 1718 est aussi visible en façade de l’ancien presbytère. Les autres fermes sont datables des 18e et 19e siècles (critères morphologiques et architecturaux, cadastre ancien). Ces dates évoquent d’une part les périodes de reconstruction après la guerre de Trente ans, soutenue notamment par la politique du Duc Léopold au début du 18e siècle ; et d’autre part, la forte croissance démographique du 19e siècle.

L’instituteur A. Nicolle, en 1889 décrits les caractéristiques du village dans une monographie communale (sources : AD88 - 11T16/53), à travers les éléments suivants : A la veille de la Révolution Français, Bouzement possédait 55 feux. Les principales cultures sont alors le blé, l’orge, l’avoine et les pommes de terre. Un peu de chanvre et de lin est produit pour les besoins de l’habillement. Le blé, l’orge, l’avoine sont vendus à Epinal, tandis que les menus produits du ménages (beurre, œufs, volaille…) s’écoule sur les marchés de Mirecourt. A début du 17e siècle, il y avait deux foires à Bouzemont, qui n’existent plus fin 18e siècle. Les propriétaires (habitants ou étrangers) ont le droit de vaine pâture dans toute la prairie, et dans les prés après la rentrée des regains. Le pressoir banal, appartenant au domaine du Roy et du Chapitre de Saint-Gengoult, composé d’un petit et d’un grand pressoirs dans le même bâtiment, est utilisé jusqu’en 1792, au moment où il est vendu comme Bien National. La seule industrie est la fabrication de dentelles fines, occupant presque toutes les femmes, qui gagnent jusqu’à 2 francs par jour, apportant une aisance relative aux familles. Les dentelles sont vendues à Mirecourt par deux ou trois habitants de Bazegney, qui les font confectionner à leur compte pour les revendre ensuite. Pendant l’hiver, quelques individus exercent aussi le métier de peigneurs de chanvre.

Il existait également deux carrières de pierre à bâtir. (Léon Louis, Paul Chevreux. Département des Vosges. 1889).

L’observation du recensement de la population en 1906 (AD88-6M615) montre en effet un village agricole, où quasiment toutes les femmes sont brodeuses (35) ou dentelières (4), avec très peu d’artisans et commerçants (épicier, menuisier). Les villageois sont cultivateurs (27) ou vignerons-polyculteurs (22). Le vin dont « la qualité est estimée » est utilisé pour la consommation locale et le commerce (Lepage et Charton. 1845). Un berger communal est également signalé jusque vers 1913, habitant dans une ferme (détruite) située dans la Grande Rue (parcelle cadastrale 1885 B 347 / 2019 B 178). Avant la construction du réservoir à cet emplacement et celle du système d’adduction d’eau potable au milieu du 20e siècle, les habitants se procuraient de l’eau à la fontaine de l’Église, mais surtout aux sources et fontaines-lavoirs en contre-bas de la côte (fontaine Gir-Fontaine).

La mairie et l’ancienne école ont été installées en 1827, dans un bâtiment construit en 1823 par Alexandre Henriot, instituteur (cf. IA88031798). C’est également la maison natale de Dom Joseph Pothier, moine bénédictin musicographe et rénovateur du chant grégorien (1835-1923).

Période(s) Principale : 17e siècle, 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , porte la date, daté par travaux historiques, daté par source

Bouzemont comprend 29 résidences (source INSEE - 2015), dont 19 bâtiments repérés et 3 étudiés.

Le patrimoine bâti y est majoritairement composé d’anciennes fermes à trois travées de plan, avec la grange séparant le logis de l’étable (68% du corpus). Les autres fermes sont plus modestes, avec deux travées : grange et logis avec étable à l’arrière (27%), ou une maison de manouvriers sans partie agricole. Deux fermes avec un plan en L et deux maisons de manouvriers ont été repérées. La part des fermes à double logis est importante (41%). Quatre fermes à charri (avant-grange) ont aussi été identifiées, toutefois il en existe peut-être trois autres (non vues). Tous les bâtiments relevés dans ce village-rue massé autour de son église, sont parallèles à la voie, et 72% sont mitoyens.

On ne pénètre dans le logis par une porte piétonne que dans 41% de ces fermes. En l'absence de ce passage, on entre dans l'habitation par la porte charretière. Les logis sont en profondeur (80%), avec une chambre (le poêle) s’ouvrant sur la rue et une cuisine derrière éclairée par le mur pignon. Deux pièces borgnes ont toutefois été localisées et deux autres (non vues) sont probables dans des maisons mitoyennes. Quelques autres logis sont plus larges et possèdent deux pièces en façade antérieure. Dans les deux cas, l'étable située à l’arrière du logis ou bénéficiant de sa propre travée, prend le jour sur le jardin en façade postérieure. Des chambres à grains sont installées au-dessus des pièces de vie, et des greniers sur le tout. En plus d’un pigeonnier, on peut relever quelques pots à moineaux (nichoirs) en terre cuite accrochés en façade antérieure.

Les fermes de Bouzemont sont construites en moellons de grès, avec quelques reprises récentes en ciment. Elles sont couvertes d'une charpente à longs pans sur laquelle reposent des tuiles mécaniques. Les encadrements des ouvertures sont en grès (sauf un en bois), avec un linteau droit (58%) ou segmentaire délardé (42%). Un petit jour (oculus) est aussi utilisé pour éclairer le charri. Les portes charretières sont généralement en plein cintre (2/3), hormis trois à linteau segmentaire, deux à linteau de bois, et deux en anse de panier.

Le bâti conserve quelques éléments de décor (niches, statues…) et ouvertures anciennes : 2 portes charretières et 2 baies à chanfrein, une baie en plein cintre, et 2 encadrements de porte charretière moulurés. Quelques portes piétonnes sont ornées d’un encadrement mouluré ou surmontées d’une agrafe. Certaines ont préservé des menuiseries intéressantes (chevrons …). Deux fermes aisées présentent aussi des chaînes d'angle, et deux autres de fausses chaînes d'angle peintes sur l'enduit.

Typologies ferme à double logis, ferme à plan en L, ferme à charri, maison de manouvriers
Toits tuile mécanique, tuile creuse, tôle nervurée, bardeau
Murs grès moellon enduit
béton parpaing de béton
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 19
nombre d'oeuvres étudiées 3
nombre des immeubles au dernier recensement de l'INSEE 29

Annexes

  • Maison du berger de Bouzemont

    Maison du berger de Bouzemont.

    En 1837, la commune acquière une propriété appartenant à Jean Nicolas Pacotte, maréchal-ferrant à Damas-devant-Dompaire, pour 350 francs, afin d’y loger le berger. Cette petite maison de 9,1m de long, 7m de large et 5m de hauteur par rapport à la rue, est couverte d’une toiture à deux pans avec une charpente et des bardeaux de chêne. Le petit jardin potager attenant, les aisances, commodités et dépendances sont situées entre les propriétés de Dominique Gérard et d’Antoine André, et la Grande Rue au Sud. Le logis est composé d’une cuisine avec une pierre à eau sous la fenêtre donnant sur la rue, et d’un poêle chauffé par une taque dans la cheminée. Depuis la cuisine, on accède dans l’écurie où se trouve un four dont l’ouverture se trouve dans la cuisine de Dominique Gérard, propriétaire voisin. Jean Nicolas Pacotte avait acquis un droit de cuire dans ce four en 1828 de la part de Rosalie Toussaint (ancienne propriétaire de la ferme voisine à l’Est). Une échelle permet l’accès au grenier couvrant le tout (pas d’escalier). L’ensemble n’est pas en très bon état et confortable, mais bien situé.

    En 1886, la commune acquière pour 550 francs, la ferme mitoyenne à l’Est de la maison du berger, qui est trop délabrée pour loger le pâtre. Cette ferme appartenait alors à Françoise Octavie Lopret, veuve de Jean Dominique Gérard (vigneron) qui l'a hérité de son père : Dominique Gérard. Celui-ci l'avait achetée en 1810 à François Guyot et Marguerite Breton son épouse qui l'avait achetée à Etienne Claudel de Bouzemont en 1792.

    Ces deux bâtiments nécessitant des réparations et d’ayant plus d’utilité, sont vendus en 1926, à Paul Roussel, cultivateur à Bouzemont, pour 400 francs.

    (sources : 2O74/8 et Edpt73/2K1).

  • Inventaire après décès du 13 juin 1763 d’une femme de laboureur à Bouzemont.

    Inventaire après décès du 13 juin 1763 d’une femme de laboureur à Bouzemont :

    «- Une bague d’or avec pierre rouge : 10 livres

    - Habits et linge à l’usage de la défunte : environ 180 livres

    - 30 livres de fils d’étouppe : 7 livres 10 sols

    - 19 livres de fils de chanvre : 11 livres 8 sols

    - 35 livres de chanvre faconné : 15 livres

    - 6 sacs de toiles d’étouppe : 2 livres 14 sols

    - Un grand chaudron : 3 livres

    - Un petit chaudron : 3 livres

    - Un autre chadron : 4 livres

    - Une bassinoire et tourtière d’errin : 5 livres

    - 2 pots de camp d’errin : 5 livres

    - 25 livres d’étain façonné : 13 livres 15

    - 4 pots de fer : 5 livres

    - Un couvre-plat et 1 chapines de fer blanc : 16 sols

    - Un bassin d’érrain : 10 sols

    - Une broche à rôtir avec une lèche-fritte, une cuillère à pot, un écumaire, et une fourchette le tout en fer : 3 livres 10 sols

    - 18 cuillères avec 7 fourchettes en étain et arquemin : 1 livres 5 sols

    - 2 pelles à feu et un chevet : 1 livres 10 sols

    - 2 sauts ferrés avec 2 sapines ferrées avec un petit cuveau à 2 anses : 3 livres 10 sols

    - 2 fers à détirer avec 4 platines : 2 livres 10 sols

    - Un grand cuveau, une cuve, un sandelin, une sapine et une petite cuve : 7 livres 15 sols

    - Un tonneau de 4 mesures remplit de vin : 20 livres

    - 4 futailles contenant chacun 4 mesures avec une feuillesse : 7 livres 15 sols

    - 8 chaises de bois chene : 2 livres

    - 1 table de bois chene et sapin : 15 sols

    - Un deservant avec ses volets bois chene ferré : 12 livres

    - Une armoire bois chene : 12 livres

    - Une autre armoire bois sapin : 6 livres

    - Une meix à petrin : 1 livres

    - Un bois de lit avec de vieux rideau et une table : 5 livres

    - Une Beurtoire et un vieu buffet : 3 livres

    - Un vieu tour à filler : 20 sols

    - Un lit composé de son bois avec des rideaux, une couverte de laine, 2 draps, un traversin et un plumont : 24 livres

    - Un autre lit composé de son bois, des rideaux de bure jaune, une couverte de laine de toile peinte et d’un plumont de toile : 36 livres

    - Un lit de domestique composé de deux plumont de toile et d’un mouvais traversin et un drap : 25 livres

    - 50 livres de chanvre : 25 livres

    - 12 d’assiettes en faillance 2 livres 10 sols

    - Un resal et demi de farine : 18 livres

    - 6 resaux de seigle : 48 livres

    - 2 voitures de bois : 10 livres

    - 18 poules, 25 poulets : 12 livres

    - 9 chevaux (entre 3 et 14 ans) et un poulain avec leurs harnaits : 356 livres au total

    - 4 godins : 116 livres

    - 5 vaches : 146 livres

    - 2 porcs et 5 cochons de lait : 33 livres

    - 10 brebis et 6 agneaux : 80 livres

    - 2 chèvres : 6 livres

    - 2 charriots ferrés avec des échelles et des planches : 48 livres et 31 livres

    - Un fumereau : 10 livres

    - Une charrue équipée avec la rite et une autre charrue non montée : 20

    - Environ 8 milliers de foin : 124 livres

    - Un tesseau de blé fromant qui peut produire environ 100 réseaux de blé : 1000 livres

    - 17 jours d’orge qui pourront produire 2,5 réseaux par jour : 297 livres

    - 24 jours d’avoine emplanté qui pourront produire 2,5 réseaux par jour : 340 livres

    - 5 ornées et demi de chanvre emplanté dont l’estimation est impossible.»

    Sources : 11T16/53 - Nicolle, A. Communes de Bouzemont et Bazegney (Ban de Bouzemont), état d'une communauté rurale à la veille de la Révolution de 1789. (1er mars 1889).

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives communales de Bouzemont.

    Archives départementales des Vosges, Épinal : 2O74/8
  • Nicolle, A. Communes de Bouzemont et Bazegney (Ban de Bouzemont), état d'une communauté rurale à la veille de la Révolution de 1789. (1er mars 1889). Monographie communale.

    Archives départementales des Vosges, Épinal : 11T16/53
Documents figurés
  • Plan cadastral napoléonien de Bouzemont (1841).

    Archives départementales des Vosges, Épinal : 3P5011/3
Bibliographie
  • Léon Louis, Paul Chevreux. Département des Vosges. Vol. I, Communes de A à I - Département des Vosges. Dictionnaire des communes, hameaux, écarts, fermes. 1889.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Idoux, M.-C. Les ravages de la guerre de Trente Ans dans les Vosges : 2e fascicule. Annales de la société d'émulation du département des Vosges, 1912, p. 1-234

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Michler, Mathieu. Les Vosges 88 . Paris : Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2004. - 426 p. : ill., croquis, plans, cartes ; 30 cm. (Carte archéologique de la Gaule)

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • AUTISSIER, Anne. L'église Saint-Georges de Bouzemont - Association Panorama de Bouzemont, 1999. - 28 p. : ill., plans, carte

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy : C BOU
  • Lepage, Henri et Charton, Charles. Le département des Vosges : statistique historique et administrative. Nancy : Berger-Levrault 1978, réimpression de l'ouvrage paru en 1845.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
Périodiques
  • DEYBACH, Xavier. Association "Panorama de Bouzemont". Le charri n°20, 1998, p. 22-23.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
(c) Région Lorraine - Inventaire général ; (c) Conseil départemental des Vosges - Varvenne Vanessa