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Architecture rurale de la commune de Bocquegney

Dossier IA88031878 réalisé en 2019

Fiche

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Aires d'études Dompaire
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Bocquegney

Bocquegney a beaucoup souffert lors de la guerre de Trente ans et de l’épidémie de peste, ne comptant plus que 6 conduits en 1648, et l’année suivante les habitants abandonnèrent le village (Idoux. Les ravages de la guerre de Trente ans dans les Vosges.1912). Aussi, aucune ferme ne présente aujourd’hui d’éléments architecturaux visibles anciens. La plus ancienne porte la date 1708. Les autres bâtiments datés par une pierre gravée ont été construits ou rénovés en 1827, 1835, 1844, 1845, et 1854 ; ce qui correspond à une période de forte croissance démographique. La population du village atteint son maximum en 1846 avec 193 habitants. Puis cette population chute progressivement pendant le siècle suivant en raison de l’exode rural (81 habitants en 1975). Les autres fermes sont toutes datables des 18e et 19e siècles (critères morphologiques et architecturaux, cadastre ancien). Il est à noter que la tornade du 11 juillet 1984 a provoqué d’importants dégâts dans le village, anéantissant les cultures, les vergers et les forêts, arrachant la plupart des toitures, et engendrant la ruine de plusieurs anciennes fermes.

L’observation du recensement de la population en 1886 (AD88-6M607) montre un village agricole avec 41 cultivateurs, 5 rentiers, 4 domestiques de ferme, 2 vignerons dans la partie haute du village et un berger communal. Les femmes actives sont soit cultivatrices (17), soit bordeuses (13), dentellières ou couturière (3). Les autres se déclarent ménagères, domestiques ou gardes-barrière. On relève également quelques artisans et commerçants (3 maréchaux-ferrants, un terrassier, un charpentier italien, un marchand de chevaux), un instituteur et deux employés des chemins de fer. En 1906, la répartition entre cultivateurs (7) et manœuvres/domestiques (21) a été bouleversée. Il n’y a plus de vignerons, mais encore un marchand de fourrage, un maréchal-ferrant, un maçon, deux charpentiers, trois employés des chemins de fer et un menuisier employé chez Perrin à Darnieulles. Un berger et un bucheron sont employés par la commune. Dix femmes sont brodeuses, la plupart pour le compte d’Alphonse Didelot à Hennecourt, et une pour les Dames Mougin à Dompaire. Il y a aussi une couturière, une épicière, une garde-barrière et une institutrice. Il est également à noter la présence d’un charcutier, d’un menuisier et d’un papetier-relieur dans les années 1930, ainsi qu’un pâtre communal (au moins jusque 1936). Les pratiques de la vaine pâture et de l’assolement triennal sont encore en vigueur dans la commune au début du 20e siècle.

Les bocquenois produisaient essentiellement du blé, de l’avoine, de l’orge, du seigle, des pommes de terre, du foin, de la luzerne et du trèfle (Lepage et Charton. 1845), ainsi que du houblon (G. Gley. 1870). Le commerce de grains, et en petite quantité de vins et de dentelles apporte un complément financier aux habitants. Les premiers tracteurs sont arrivés dans le village avec le plan Marchal, dans les années 1950 (Renault et Massey-Ferguson), par les gares de Dompaire ou de Darnieulles qui possédaient un quai de déchargement pour les machines agricoles et les engrais, contrairement à la gare de Bocquegney (pour voyageurs et petits colis). Cette voie ferrée Epinal-Neufchâteau est établie en 1878, partiellement fermée en mai 1989 (source orale : Jean Michel Malglaive, habitant).

Avant l’installation du système d’adduction d’eau vers 1958, le village est alimenté par un ensemble de puits, de fontaines, d’un égayoir aménagé dans le ruisseau (pédiluve pour chevaux) et d’un lavoir avec une buanderie.

Période(s) Principale : 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , porte la date, daté par travaux historiques

Bocquegney comprend 66 résidences (source INSEE - 2015), dont 16 bâtiments repérés et 4 étudiés.

Le patrimoine bâti y est majoritairement composé de fermes à trois travées de plan, avec la grange séparant le logis de l’étable (56% du corpus) et de fermes de plus grandes dimensions (31%). Le village s’étire le long de plusieurs rues avec une faible densité, seulement 30% des anciennes fermes sont mitoyennes. Tous les bâtiments relevés sont parallèles à la voie, hormis deux qui recherchent une meilleure orientation pour leur façade antérieure. Deux bâtiments ont la particularité d’être traversant entre les rues de la Mairie et du Lavoir. Une présente une grange et un logis avec l’étable à l’arrière, et une maison de manouvrier comporte uniquement un logis et une petite étable. Une ferme à pavillon avec un plan en L est aussi étudiée. La part des fermes à double logis est importante, et représente plus de la moitié des bâtiments de la commune (60%). Six fermes à "charri" (avant-grange) sont identifiées, toutefois, il en existe probablement deux autres (non vues).

Les fermes de Bocquegney sont construites avec des moellons de calcaire local, avec quelques reprises récentes en ciment. Elles sont couvertes d'une charpente à longs pans sur laquelle reposent des tuiles mécaniques. Les encadrements des ouvertures sont en pierre de taille de grès, avec un linteau droit (80%) ou segmentaire délardé (20%). Des oculi sont aussi utilisés pour éclairer les "charris" et les greniers. L’un prend inhabituellement la forme d’un cœur (cf : IA88031897). Les portes charretières sont en anse de panier (66%), en plein cintre (13%) ou segmentaire (13%), en plus d’une à linteau droit et aux angles arrondis.

On pénètre dans le logis par une porte piétonne dans 75% de ces fermes, pour les autres, on entre dans l'habitation par la porte charretière. Tous les logis sont en profondeur, avec une chambre (le poêle) s’ouvrant sur la rue et une cuisine derrière éclairée par le mur pignon. Une pièce borgne a été localisée, éclairée par une flamande (cf : IA88031899). L’étable bénéficie d’une travée traversante. Des chambres à grains sont installées au-dessus des pièces de vie, et des greniers sur l'ensemble du bâtiment. Le jardin potager se situe à l’arrière de la ferme. Deux pigeonniers ont été identifiés dans des combles.

Le bâti conserve quelques éléments de décor (niche, statue, agrafe, corniche…), deux encadrements de porte charretière chanfreinés, et une ouverture ancienne à linteau infléchi (en remploi). Les fermes présentant des chaînes d'angle sont assez nombreuses (68%), ce qui indique un effort d'ornementation des habitations, complétées par trois autres portant de fausses chaînes d'angle peintes sur l'enduit. L’usoir de la construction la plus imposante est clos par un muret. L’encadrement de onze portes charretières est muni d’une agrafe et de moulures à la hauteur des chapiteaux. Peu de portes piétonnes ont conservé une imposte vitrée, des menuiseries d'origine et des grilles en fonte. On peut relever quelques pots à moineaux (nichoirs) en terre cuite accrochés en façade antérieure, et un cadran solaire peint.

Dans la rue de la gare est repérée une chaudière qui servait la lessive et la cuisson des aliments pour le bétail sert de pot de fleurs (Modèle n°80 de la fonderie de Varigney, Haute-Saône).

Typologies ferme à double logis, ferme à pavillon, maison de manouvriers, Ferme à plan en L, Ferme à charri
Toits tuile mécanique, tôle ondulée
Murs calcaire moellon enduit
grès pierre de taille
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 16
nombre d'oeuvres étudiées 4
nombre des immeubles au dernier recensement de l'INSEE 66

Annexes

  • Maison du berger communal

    Les archives communales conservent la mémoire de la pratique de la vaine pâture et de l’activité d’un berger communal à Bocquegney au cours du 19e siècle et au début du 20e siècle. Dans l’espoir d’attirer un bon pâtre et de le maintenir sur le territoire, un projet de construction d’une maison du berger surmonté d’une salle communale est élaboré par l’architecture Beaurain, en 1843 (AD88 - 2O64/10). Ce bâtiment n’est pas réalisé car le projet est rejeté par de nombreux habitants qui affirment que l’emplacement est « aquatique ». Il se situe en effet dans la zone inondable du Rupt Julot (à l’emplacement du lavoir puis de la mairie actuelle). De plus, ils considèrent que la salle de réunion du conseil municipal ne doit pas être associée à la maison du berger, « qui répugne à toute convenance », dans un endroit qui est « inconvenant » et n’est pas « seing ». Ils préfèrent ainsi ajourner le projet et concentrer les ressources financières communales sur les travaux de construction d’une maison communale à part entière.

    En 1865, la commune fait l’acquisition de la maison Ferry, afin d’y installer le logement du berger, pour 1325 francs financé par les affouages (rue de la Mairie ; parcelle cadastrale 2019 B 603). Des travaux de réparations sont réalisés en 1893 par l’entrepreneur Thomassin (AD88 - Edpt 64/1M1).

    Il existe un berger communal à Bocquegney au moins jusque 1936 (Recensement de population - AD88 - 6M607), mais la pratique se perd dans les années 1940. Le bâtiment alors sans affectation est entièrement réhabilité en 1964, selon la pierre de fondation, pour servir aujourd’hui de salle polyvalente.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales des Vosges, Épinal : Edpt64 1M1
  • Archives départementales des Vosges, Épinal : 2O64/10
  • Grosjean. Ancienne communauté de Bocquegney et Fomerey, histoire communale avant 1789 (et après). (15 janvier 1889).

    Archives départementales des Vosges, Épinal : 11T16/49
Bibliographie
  • Michler, Mathieu. Les Vosges 88 . Paris : Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2004. - 426 p. : ill., croquis, plans, cartes ; 30 cm. (Carte archéologique de la Gaule)

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Lepage, Henri et Charton, Charles. Le département des Vosges : statistique historique et administrative. Nancy : Berger-Levrault 1978, réimpression de l'ouvrage paru en 1845.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Idoux, M.-C. Les ravages de la guerre de Trente Ans dans les Vosges : 2e fascicule. Annales de la société d'émulation du département des Vosges, 1912, p. 1-234

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Gley, Gérard. Géographie, physique, industrielle, administrative et historique des Vosges. Epinal 1870

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Association des Maires des Vosges. Tornade Vosges – 11 juillet 1984 – Imprimerie Aymard Epinal 1985.

    Consulté en ligne le 5 11 2019 : http://croqcentrevosges.free.fr

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