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Architecture rurale de la commune de Aulnois

Dossier IA88031251 réalisé en 2017

Fiche

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Aires d'études Bulgnéville
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Aulnois

La carte archéologique signale la présence d'un groupe de 9 tumuli datant du Hallstatt au lieu-dit Bois Banal, au bord de la R.D. 164. Le site d'une villa romaine est aussi mentionné à l'ouest du village, au lieu- dit « Chaufour ». Des vestiges de constructions repérés au pied de la côte de Beaufremont, qui suggèrent que le village primitif se trouvait à plus de 500 mètres à l'ouest du village actuel.

Sous l'ancien régime, Aulnois dépendait du diocèse de Toul, doyenné de Châtenois, et de la seigneurie de Beaufremont (bailliage de Neufchâteau), dont le château se situait à 2 km au-dessus du village. L'église d'Aulnois date du 15e siècle. Les princes de Beaufremont disaient qu'elle renfermait la tombe de la grand-mère de Charles Quint, leur ancêtre. Elle servit apparemment de refuge aux habitants en temps de guerre. Lors de la démolition du château de Beaufremont, à l'issue de la guerre de Trente Ans (milieu du 17e siècle), les habitants d'Aulnois achetèrent des pierres de tailles et des bois de charpente, qu’ils remployèrent dans nombre de maisons du village.

Au 18e siècle, les terres des seigneurs de Beaufremont représentaient plus de la moitié du territoire d'Aulnois. Une partie était mise en culture, louée à des fermiers (pas de métayage), l'autre restait en friches, selon le principe de la vaine pâture. Chaque habitant avait le droit d’y conduire paître son bétail (chevaux, vaches, porcs, moutons, oies...), moyennant une redevance annelle fixée par tête de bétail, levée à la Saint-Martin.

A l'issue de la Révolution française, une partie des terres seigneuriales a été vendue comme bien national et acquise par des bourgeois des villes voisines (Neufchâteau, Bulgnéville et Châtenois) ; les habitants d'Aulnois étant trop pauvres pour se porter acquéreur. L'autre partie est revenue à la commune, qui perpétua la vaine pâture. Toutefois, le système ne perdure pas longtemps, les habitants souhaitant devenir propriétaires et faire valoir directement les terres. La commune a donc vendu donc les meilleures terres. Elle a fait planter le pâtis du « Lutté » en chênes et hêtres, et le restant (environ 20 ha) a été divisé en autant de lots que de chefs de ménages, distribués pour 30 ans suite à un tirage au sort. Par la suite, le partage de ces pâtis communaux a été renouvelé plusieurs fois pour des durées de 18 ans.

Au cours du 19e siècle, les habitants ont ainsi, progressivement acquis, quitte à s'endetter, ces terres et d'autres sur les bans de Ollainville, Hagnéville, Morville, Beaufremont et Landaville. Si bien que tous les habitants d'Aulnois sont propriétaires d'au moins un petit terrain, hormis les fonctionnaires et les employés du chemin de fer. En effet, une gare « Aulnois-Bulgnéville » est installée sur la ligne de chemin de fer entre Epinal et Neufchâteau, mise en service en 1878. Partiellement fermée en 1970, la ligne est aujourd’hui utilisée pour le fret.

Le village a vocation agricole, les activités des hommes se concentrant sur les travaux d'agriculture et d'élevage. Certains ont également des artisans ou commerçants (cordonnier, maréchal-ferrant, cafetier, boulanger, charron, maçon, charpentier...). Les femmes se chargent du foyer, du potager et souvent mettent en œuvre le lin, le chanvre et la laine, pour les besoins de la famille mais aussi pour la vente. Les femmes et les filles filaient au fuseau ou au rouet, les convertissait ensuite en toile ou en droguet (toile de laine). Quasiment chaque ménage avait un métier à tisser dans la cuisine ou une chambre contiguë.

Le village se trouvant sur la route entre Neufchâteau, Châtenois, et Bulgnéville, puis Vittel, il s'ouvre aussi par le passage notamment des curistes. D'où la présente de 8 cabaretiers- aubergistes-cafetiers lors du recensement de 1886 (AD88-6M561).

A la fin du 19e siècle, il existait 70 maisons qui dataient des 17e et 18e siècles, en plus du hameau de la gare (vers 1877) et des bâtiments publics (mairie, écoles). Il n'y a pas eu de nouvelle construction d'habitation entre 1840 et 1900, seulement une dizaine de reconstructions partielles. Aujourd'hui, six bâtiments sont datés par une pierre gravée :1608, 1735, 1752, 1823, 1884 (?). La population du village se maintient à environ 250 personnes au cours du 19e siècle, atteignant un maximum de 300 habitants en 1806 et 1846. La baisse continue de la démographie au cours du 20e siècle en conséquence de l’exode rural, a entraîné l'abandon et la destruction de quelques anciennes fermes. L'implantation de nouvelles maisons en bordure de la route de Châtenois a contribué à l'installation de nouveaux habitants au début du 21e siècle.

Période(s) Principale : 17e siècle, 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , porte la date, daté par travaux historiques

Aulnois comprend 70 bâtiments (source INSEE), dont 39 repérés et 5 étudiés. Les fermes sont construites en moellons de grès, couvertes d'une charpente à longs pans sur laquelle reposent des tuiles mécaniques. 15% ont tout de même conservé des tuiles creuses plus anciennes. Les encadrements sont en grès, hormis quelques cas en bois, IPN, ciment ou briques de laitier. Le patrimoine bâti de cette commune est majoritairement composé d'anciennes fermes à trois ou quatre travées de plan (85%) à part égale. Les fermes de plus grandes dimensions encore (plus de 5 travées) représentent 7.5 % de celles repérées. Les autres possèdent moins de deux travées, et deux d'entre elles peuvent être qualifiées de maisons de manouvriers. Dans le village, quatre fermes sont à pavillon, six bâtiments ont un plan en forme de L et deux autres en U. Quinze fermes sont à double logis, ce qui représente une part importante des habitations (39%). Généralement, les deux habitations possèdent chacune leur travée, toutefois il peut arriver que ce partage des espaces se fasse en hauteur ou en lien avec la ferme voisine : c'est le cas de la ferme n°38 (cf.IA88031301) dont le second logis est composé d'une cuisine située en-dessous d'une chambre appartenant à la ferme n°39, voisine (cf.IA88031302).

Hormis une ferme isolée à l'entrée du bourg, toutes les fermes sont parallèles à la voie, et les trois quarts sont mitoyennes. On pénètre dans le logis par une porte piétonne dans 80% des maisons. . En l'absence de cette ouverture, on entre dans l'habitation par la porte charretière. 56% des logis étudiés ont une seule pièce en façade et sont plus profonds que larges. Leur cuisine s'ouvre alors sur la rue, et le poêle sur le jardin à l'arrière. Les autres présentent des habitations en largeur avec les deux pièces à vivre (cuisine et poêle) prenant la lumière sur l'usoir. Un petit jour (rectangulaire ou oculus) au-dessus de la pierre à eau est observable dans 10% des cuisines.

Le bâti conserve quelques éléments de décor (niches, statues, entrées de pigeonnier, pots à oiseaux, ferronneries…), dont des baies anciennes : 12 baies à chanfrein, 7 avec une agrafe, 2 encadrements moulurés, 2 ouvertures en plein cintre, un linteau avec une accolade et un autre à arc infléchi, ainsi qu'une niche ornée d'un arc brisé et trilobé. Ces éléments anciens, dont un relief d'époque gothique conservé dans une façade (cf. IA88031295), semble provenir de l'ancien château de Beaufremont. Quelques portes piétonnes avec une imposte vitrée et des menuiseries intéressantes ont été conservées. Deux constructions soignées sont ornées de bandeaux en pierre de taille séparant les niveaux ou de chaînes d'angles. 20 % des fermes présentent aussi de fausses chaines d'angle peintes sur l'enduit, ce qui indique un effort d'ornementation des habitations des cultivateurs. L'enseigne de l'ancienne boulangerie conserve également la trace de ce savoir-faire local pour la réalisation de décors peints et travaillés en relief dans l'enduit (cf. IA88031271). Les volets et les portes charretières sont souvent percés de petits jours en forme de losange, balustre ou cœur.

Typologies Ferme à plan en L, Ferme à plan en U, Ferme à double logis, Ferme à pavillon, maison de manouvriers
Toits tuile mécanique, tuile creuse, ciment amiante en couverture
Murs grès enduit
ciment parpaing de béton
bois essentage de planches
résidu industriel en gros oeuvre
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 39
nombre d'oeuvres étudiées 5
nombre des immeubles au dernier recensement de l'INSEE 70

Annexes

  • Pratiques et les modes de vie à Aulnois aux 18e et 19e siècle. (Sources : J.J. Henri, Aulnois. Monographie rurale, précis historique et géographique, histoire communale. 29 janvier 1900. AD88 : 11T14/14)

    Dans la seconde moitié du 19e siècle, les pratiques et les modes de vie ont semble-t-il évolués rapidement selon le témoignage de Jean Joseph Henri, instituteur à Aulnois en 1900 (source : AD88 – 11T14/14 : Monographie communale, précis historique et géographique, histoire communale. 29 janvier 1900.) :

    Les modes de cultures : assolement triennal

    Jusqu'au début du 20e siècle, les champs d'Aulnois sont cultivés selon le principe de l'assolement triennal, alternant sur trois années la production de blé, d'avoine, puis le repos en jachère. Dans ces jachères ou versaines, on cultive parfois des pommes de terre, trèfles, quelques orges, pois, lentilles, fèves et féveroles. Quelques petits carrés de betteraves sont aménagés dans les chènevières. Puis dans la seconde moitié du 19e siècle, les betteraves sont plantées dans les champs (jachères), surpassant la culture de la pomme de terre (dont la nature du sol se prête moins). On sème aussi des trèfles et minettes dans les avoines pour augmenter le fourrage. Les autres légumes (chou, salade…) sont cultivés dans les potagers à l’arrière des maisons. A Aulnois, on étend le fumier destiné aux ensemencements des céréales d'automne, lors du dernier labour, qui se fait souvent la veille des semailles, idéalement entre le 20 septembre et le 10 octobre. Le principe de vaine pâture ne fait que peu de fumier car le bétail est dans les prés tout le jour la moitié de l’année. Aussi, les engrais chimiques commencent à être mis en œuvre par quelques cultivateurs à partir de 1880 (scories de déphosphoration, sulfate d'ammoniaque, nitrate de soude, sulfate de fer, kaïnite, sulfate de chaux). Toutefois, l'emploi reste faible par défaut d'instruction. Les cultivateurs les emploient souvent mal et ont des résultats décevant au regard du coût investi, d'autres trouvant cela presque magique.

    L'emploi de machines agricoles est également limité au début du 19e siècle, en raison de la petite taille de parcelles. Les partages successoraux ont entraîné un morcellement des terres, les parcelles devenant trop exiguës pour être rentables en culture. Elles sont alors mises en pâture. A la fin du 19e siècle, des échanges sont effectués entre les propriétaires pour regrouper les parcelles et limiter les frais de clôtures ou d'exploitation. L'emploi des faucheuses et moissonneuses se développe. Parallèlement, les anciennes friches et de mauvais champs de nature argileux et humides sont convertis en bons prés à faucher ou à pâturer, de telle manière que la moitié du finage (hors bois) est utilisée en prés.

    En 1899, 23 cultivateurs sont dénombrés dont 9 propriétaires des parcelles qu'ils exploitent et 14 propriétaires et fermiers à la fois. Exploitant tous moins de 30 ha, ce sont toutefois des cultivateurs assez modestes. Les 24 autres paysans qui exploitent leurs terres et des terres louées en qualité de manœuvres, se faisant aider par les cultivateurs pour les « grosses cultures ». Ils n'ont pas d'attelage mais du bétail de rente (vaches, porcs, moutons...). Une quinzaine d'habitants d'Aulnois n'ont que quelques volailles et lapins. Il est également à noter que 16 propriétaires ne cultivent pas leurs terres, mais les louent aux cultivateurs et manœuvres.

    Élevage et vaine pâture :

    Le principe de la vaine pâture est régi selon la coutume lorraine et permet aux bêtes (ovins, principalement, voire caprins et porcs) d’être regroupées en troupeau communal sous la conduite du berger. Au 19e siècle, cette tâche est confiée à un employé de la commune. En 1886 par exemple, c’est Rosalie Royer (58ans) qui s’en charge (sources : AD88 – 6M561). Elle doit mener le troupeau paître sur les terrains communaux attribués en lots aux chefs de ménages (bordures de chemins, les vergers, les prairies et les jachères) sans qu'il y fasse de dégâts. Le conseil municipal peut d'ailleurs suspendre la vaine pâture lorsque les fortes pluies ramollissent le sol et que son piétinement par les animaux compromettrait la récolte suivante. La vaine pâture est pratiquée au printemps lorsque les provisions de foin sont épuisées, et après la récolte du regain qui d’ordinaire se termine au 1er aout, à moins de l’espoir d’une seconde récolte.

    Les fruits des arbres qui se trouvaient sur la vaine pâture (poiriers et chênes) étaient partagés entre les ménages de la localité. Les poires séchées étaient « convertis en piquette » et les glands nourrissaient les porcs. On y menait aussi les oies qui, semble-t-il, étaient nombreuses : 500 à 600 oies au moins à Aulnois au 18e siècle.

    La pratique de la vaine pâture a perduré jusqu'à la fin du 19e siècle. Il n'y a plus de moutons et de berger dans les recensements de 1896. On y relève tout de même un porcher (Josephe Scheibach, 61 ans habitant avec sa femme rue du Hans), dont il n'y a plus trace en 1906 (cf. AD88 – 6M561).

    Vers 1800, Aulnois comptait 57 chevaux, 173 bovins, 107 porcs, 240 ovins et 37 caprins. Les vaches laitières produisaient 1680 litres par an, et les chèvres 315 litres. La production annuelle de la laine était de 370kg. Les 69 ruches produisent 345kg de miel et 13,8 kg de cire par an. Il y a aussi un grand nombre de volaille (1858 poules, 425 oies, 135 canards, 137 pigeonneaux par an) dont on valorise la viande, les œufs et les plumes.

    Vers 1900, l'élevage des ovins et caprins a été abandonné au profit de celui des vaches laitières (dont la productivité n'a pas augmenté), des veaux de boucherie (428 bovins) et des porcs (141 porcs et 1255 porcelets par an). Les ruches ont quant à elles fortement diminué (27 ruches).

    Verger, vigne et bois

    Avant les fortes gelées de l'hiver 1879-1880 qui ont été destructrices, Aulnois était entouré de vergers conséquents. Quelques plantations ont été refaites ensuite autour du village et sur la cote saint-Hilaire (pruniers, mirabelliers surtout). Convertis en eaux de vie, les fruits donnaient de 2500 à 3000 litres par an. Vers 1900, c'est l’instituteur qui est chargé de la taille de la plupart en espaliers, enseignant cette technique à ses élèves, tout comme le principe de la greffe. Les 9 hectares de vigne sur Aulnois, principalement sur le coteau Saint-Hilaire, étaient sains jusqu’en 1870. De qualité, la production des bonnes années (une dizaine d'années dans le siècle) était comparable à du « bon Bourgogne ordinaire ». Il était alors vendu, les locaux se gardant le marc et les mauvaises années. Le rendement est évalué à 90hl/ha. On tirait 180 à 200 l/ha d'eau-de-vie de première qualité du marc. Il y eut toutefois de nombreuses années où la production a été nulle ou presque suite « aux gelées printanières ou la coulure au moment de la fleur ». Les autres années, le raisin mal mûr donnait un vin en quantité de mauvaise qualité « aigrelette, détestable à boire et mauvaise à l'estomac ». L'arrivée du chemin de fer (1878) fit circuler les vins du Midi ou des côtes de Toul, appréciés des habitants d'Aulnois. Les vignes locales sont dès lors délaissées (manque de traînage, besoin d'engrais, d'entretien des pieds, gestion des maladies). 4 vignerons sont encore dénombrés en 1886.

    A partir de 1833, les bois communaux ont été aménagés par l’administration forestière en une vingtaine de coupes régulières de 2 à 3 hectares. Le bois du « Lutté » sert de quart en réserve. Avant l'établissement de la voie ferrée, ils produisaient des bois qui servent plutôt pour les charpentes des maisons. Après, une grande partie des gros chênes était achetée par des marchands de bois et expédiée par la voie ferrée (pour la marine notamment). Les surplus étaient utilisés localement, convertis en poteaux de clôture, échalas pour les vignes, douves et planches pour tonneaux, et en bois de chauffage. La chasse était louée au profit de la commune, principalement des lièvres, des perdreaux et des bécasses peu abondants.

    Les habitations d'Aulnois (selon Jean Joseph Henry, instituteur à Aulnois en 1900).

    Dans cet extrait de « Aulnois. Monographie rurale, précis historique et géographique, histoire communale. (29 janvier 1900) » (AD88 :11T14/14), l’instituteur J.J. Henri donne une description du village d'Aulnois à la fin du 19e siècle : « Toutes [les maisons] ont un aspect sombre, de vestusté et de négligence ou de pauvreté, qui laisse une pénible impression de prime-abord. Comme dans la plupart des villages de notre région, ces maisons forment des groupes serrés, accolées qu'elles sont les unes aux autres. Elles forment des rues, des carrefours irréguliers peu agréables, sales, boueux, empestés par les fumiers qui s'y étalent ainsi que toutes sortes de dépôts qui les encombrent. Les rues et ruelles, mal ou point entretenues sans cassis passés, forment lors des pluies, des cloaques de purin et de vase infectes ».

    Puis il donne aussi un aperçu d'une maison typique : « C'est d'abord une vaste cuisine à une fenêtre avec un évier éclairé ou par celle-ci qui est en face, ou par un œil-de-bœuf vitré ; d'un côté l'âtre et la vaste cheminée ou pend lard, jambons, saucices, etc, provenus de l'année pour le pot-au-feu de tous les jours ; en face ou à côté, un lit-alcôve fermé par des rideaux et une boiserie en chêne plus ou moins ouvragée ; au centre de la cuisine, en face de l'âtre, une massive table-banc en bois de hêtre ou de chêne ; enfin adossés aux murs un garde-manger, des étagères où sont pendus la vaisselle et les divers ustensiles de cuisine, qui brillent plus ou moins de propreté ; du côté opposé à la porte d'entrée, une autre porte donne accès à la pièce contigüe qu'on nomme poêle et qui sert à la fois de salon de réception pour les grandes circonstances et aussi de chambre à coucher : car on y voit un ou deux lits fermés avec des rideaux, enfin d'atelier pour les filles et les mamans, qui s'y installent soit pour coudre, soit pour filer et tricoter.

    En temps ordinaire, on prend les repas à la cuisine, qui sert aussi de salon de réception. Une troisième porte conduit aux écuries, étables et granges, qui forment généralement un même corps de logis. Dans le coin de cette cuisine est un escalier qui nous conduit au premier et souvent unique étage. C'est d'abord une pièce ou deux, plus ou moins vaste ou s'étalent les tas de blé, d'avoines et autres grains, etc. Si au lieu de pénétrer dans la maison par la cuisine, nous sommes entrés par la porte-cochère, nous nous trouvons dans une vaste grange où de chaque côté sont installées étables et écuries ; dans une fond de la grange est installé la machine à battre avec son manège à un ou deux chevaux et à coté ou par derrière, les appentis ou hangars où sont les porcheries, la bûcherie et quelquefois la buanderie avec un four : car nombre de cultivateur font encore leur pain, bien qu'il y ait un boulanger dans la commune ; enfin au-dessus des étables et écuries sont les greniers à foin, paille, gerbes, etc... Les poules, les lapins, la volaille en un mot, logent dans un coin de l'étable ou de l'écurie. Les clapiers pour les lapins sont un peu partout : là où il y a un coin disponible. Les poules perchent souvent sur des bâtons placés derrière le bétail, le long d'un mur. Les canes et les oies sont dans un coin sur la litière plus ou moins propre, ce qui est avec l'installation des poules comme il a été dit, une cause de malpropreté répugnante et malsaine. Sauf dans cinq ou six maisons récemment reconstruites, les étables et écuries sont basses, mal éclairées, mal aérées, souvent mal ou non pavées, sans pente suffisante, pour l'écoulement du purin, si bien que celui-ci forme derrière le bétail des cloaques ou pataugent bêtes et gens.

    Dans la plupart de ces maisons, le fenil n'est séparé de l'étable et de l'écurie que par des clayonnages où passent la poussière du fenil. Ce qui est une cause d'insalubrité pour les bêtes comme pour le foin dont une bonne couche est empestée par les vapeurs des écuries. L'installation des réduits à porcs sont sur un sol bas, humide, mal pavé en pierre debout, mal unie et la propreté des réduits s'en ressent et laisse beaucoup à désirer ».

    L’instituteur conclue par cette impression : « Les maison d'Aulnois, sauf une douzaine d'exceptions, ont un aspect minable, pauvre, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, qui ne fait pas honneur à la localité. Elles sont pour la plupart mal distribuées à l'intérieur, mal éclairées, et mal aérées ; les écuries et les étables sont trop basses, mal pavées, mal éclairées, mal aérées et surtout sales et mal entretenues. Les murs de celles-ci, malgré leur vétusté sont tels qu'on les a fait il y a des siècles : jamais ils n'ont été blanchis à la chaux, en revanche, les araignées et autres malpropretés y abondent. En tout temps, mais en été surtout, il y règne une atmosphère lourde, empestée qui vous empoigne en y entrant et vous fait souhaiter d'en sortir au plus vite. »

    L'instituteur donne également des éléments concernant le mobilier : « Aux chaises de bois de chêne ou de hêtre cirées, solides, mais lourdes et peu commodes, on a substitué ou ajouté les chaises de paille, plus ouvragées, plus élégantes et surtout moins dures pour les postérieurs délicats ; on rencontre en outre dans nombres de maisons aisées un ou deux fauteuils pour asseoir les vieux parents infirmes ou malades. Les armoires, les bahuts, les buffets ou garde-manger du temps jadis subsistent encore ; mais on y a ajouté quelques meubles nouveaux plus à la mode, mais moins solides. Le lit fermé par une boiserie ou alcôve, situé dans un coin de la cuisine subsiste encore tel quel dans nombre de maisons d'Aulnois. La vaisselle d'étain a disparu et on n'en voit plus que de rares échantillons ; celle de terre ou poterie ordinaire, enluminée de dessins grossiers et criards est en train de disparaître aussi ; elle a fait place à la faïence, à la porcelaine, au ruolz, à l'argenterie dans les ménages riches ou aisés. »

Références documentaires

Documents d'archives
  • Henry, Jean Joseph. Aulnois. Monographie rurale, précis historique et géographique, histoire communale. (29 janvier 1900) » (AD88 : 11T14/14)

    Archives départementales des Vosges, Épinal : 11T14/14
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