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Architecture rurale de la commune de Ahéville

Dossier IA88031729 réalisé en 2018

Fiche

Aires d'études Dompaire
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Ahéville

La commune se trouve sur le tracé de la voie romaine Langres-Strasbourg, dans la Forêt de Piteroye (ou Pètre-voye, c’est-à-dire Voie de pierre) actuellement bois de la Pitrois. (Fournier, A. Topographie ancienne du département des Vosges. La plaine (2e partie), 8e fascicule. Epinal. 1899.). Le toponyme en -villa indique que Ahéville est certainement apparu lors de la vague de peuplement entre le VIIe et le IXe siècle ap. J.-C. Le nom du village, Oheiville, est attesté dès 1282. Ahéville dépendait du bailliage de Darney depuis 1751. Au spirituel, la commune était partagée entre les paroisses de Rabiémont et de Blaye, doyenné de Jorxey. De 1790 à l’an IX, Ahéville a fait partie du canton de Mirecourt.

Le village a beaucoup souffert lors de la guerre de Trente ans et de l’épidémie de peste de 1632. Il compte 50 ménages avant les guerres et plus que 2 conduits en 1655 et 1666, avec seulement 7 chefs de famille. (Idoux. Les ravages de la guerre de Trente ans dans les Vosges.1912). Aussi, aucune ferme ne présente aujourd’hui d’éléments architecturaux visibles antérieurs au 17e siècle, hormis trois baies et deux encadrements de porte charretière chanfreinés.

Les bâtiments datés par une pierre gravée ont été construits ou rénovés en 1723, 1727, 1781, 1798, 1804, 1830 et 1886. Les autres fermes sont datables des 17e, 18e et 19e siècles (critères morphologiques et architecturaux, cadastre ancien). Ces dates évoquent d’une part la période de reconstruction après la guerre de Trente ans soutenue par la politique du Duc Léopold au début du 18e siècle ; et d’autre part le développement démographique du 19e siècle. La population du village de 24 habitants en 1710, passe à 179 personnes en 1793, pour atteindre un maximum de 228 habitants en 1846. Puis cette population chute progressivement pendant le siècle et demi suivant en raison de l’exode rural (59 habitants en 1982).

A la fin du 18e siècle, de manière singulière, « l’instituteur et le berger partageaient la maison commune, l’un à droite, l’autre à gauche. Ce bâtiment mixte, embryon du local actuel, était peu spacieux. Une cuisine à chacun ; le poêle de l’instituteur servait de salle de classe, et le poêle du pâtre servait d’écurie ou bergerie. […] La fenêtre de la cuisine ; elle était ½ d’une vitre ordinaire et éclairait assez mal le pauvre ménage. » (Ranguin, C. Ahéville avant la Révolution. 28 février 1889. sources : AD88 - 11T14/1). Cette construction a disparue.

L’observation du recensement de la population en 1886 (AD88 - 6M545) montre un village de cultivateurs, comprenant un nombre assez important de vignerons-polyculteurs. Quasiment toutes les femmes sont brodeuses (11), dentelières (9), perleuses (6), couturières (3) et tricoteuse (1). On relève aussi quelques artisans (boulanger, charron, menuisier, maréchal-ferrant) et un marchand. Un berger communal est signalé jusque vers 1901, habitant rue de Blaye, probablement dans la maison détruite de la parcelle cadastrale 2018 B 427. Les pratiques de la vaine pâture et de l’assolement triennal sont encore en vigueur dans la commune à la fin du 19e siècle (sources : AD88 - 2O2/9).

Selon les statistiques agricoles communales de 1857 à 1899 (sources : AD88 – Edpt2/3F1 - Agriculture), Ahéville est essentiellement agricole, produisant principalement jusqu’à la fin du 19e siècle, du blé et de l’avoine, ainsi que des pommes de terre, du seigle, des légumes (pois, fèves, lentilles, carottes et autres racines), du chanvre et de la vigne. Le développement de l’élevage bovin nécessite une plus importante production de betteraves fourragères, de trèfle, de luzerne et de sainfoin (prairies artificielles). Par exemple en 1852, le village compte 117 bovins, 60 chevaux, 52 porcins, ainsi que 99 moutons et 7 caprins, en plus de la volaille. Les productions ne sont toutefois pas mécanisées puisque seulement 13 charrues, 6 machines à battre et 29 charriots à quatre roues y sont signalés.

Le commerce de vin et de grains, ainsi que plusieurs carrières de grès sont également à relever. L’écoulement de ces produits agricoles et autres se fait à Mirecourt. (Lepage et Charton. 1845).

Les fontaines-lavoirs du village sont multipliés et modernisées en 1858 et 1880, mais le projet d’adduction d’eau potable prévu dès 1929, est ajourné jusqu’au milieu du XXe siècle, à défaut de moyens de financement, suite à l’électrification du village en 1925 (AD88 - 2O2/11).

Période(s) Principale : 17e siècle, 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , porte la date, daté par travaux historiques

Ahéville comprend 31 résidences (source INSEE - 2015), dont 18 bâtiments repérés et 3 étudiés.

Le patrimoine bâti y est majoritairement composé d’anciennes fermes à deux ou trois travées de plan, avec la grange séparant le logis de l’étable (76% du corpus). Les autres fermes sont de grandes dimensions, à quatre travées ou plus (24%). Aucune maison de manouvrier ou ferme à un plan en L n'a été repérée, seulement une ferme à pavillon soignée (moulures, ferronneries…). La part des fermes à double logis est importante, et représente près de la moitié des bâtiments de la commune (47%). Deux fermes à charri (avant-grange) ont aussi été identifiées, toutefois, il en existe peut-être aussi quatre autres (non vues). Tous les bâtiments relevés sont parallèles à la voie sauf un, et seulement 43% sont mitoyens. Le village est en effet, composé de deux hameaux peu denses, reliés par une rue bordée de bâtiments isolés.

On ne pénètre dans le logis par une porte piétonne que dans 57% de ces fermes. En l'absence de ce passage, on entre dans l'habitation par la porte charretière. Les 2/3 des logis sont en profondeur, avec une chambre (le poêle) s’ouvrant sur la rue et une cuisine derrière éclairée par le mur pignon. Une pièce borgne a toutefois été localisée. Les autres logis sont plus larges et possèdent deux pièces en façade antérieure. L’étable, à l’arrière du logis ou bénéficiant de sa propre travée, prend le jour sur le jardin en façade postérieure. Des chambres à grains sont installées au-dessus des pièces de vie, et des greniers sur le tout.

Les fermes d’Ahéville sont construites en moellons de grès, avec quelques reprises récentes en ciment ou bois. Elles sont couvertes d'une charpente à longs pans sur laquelle reposent des tuiles mécaniques. Les encadrements des ouvertures sont majoritairement en grès, avec un linteau droit (2/3) ou segmentaire délardé (20%). Quelques-uns en bois, briques de laitier, IPN ou ciment. Des petits jours (oculus) sont aussi utilisés pour éclairer le charri ou les greniers (24%). Les portes charretières sont en plein cintre, hormis celles rehaussées (1/4), une segmentaire, une autre en anse de panier et deux plus modestes à linteau de bois. Une porte a même conservé ses chevilles de bois à tête pyramidale (cf IA88031759). Une maisonnette de bois habillant la pierre d’envol d’un pigeonnier est également à noter (cf IA88031758).

Le bâti conserve quelques éléments de décor (niches, statues…) et ouvertures anciennes : 2 portes charretières et 3 baies à chanfrein, une baie en plein cintre, et 3 encadrements de porte charretière ornés d’une agrafe à mascaron, dont l’un est mouluré.Un quart des portes piétonnes sont surmontées d’une imposte vitrée et d’une corniche moulurée. Certaines ont même conservé des menuiseries intéressantes (chevrons, panneaux chantournés…). Trois fermes présentent aussi des chaînes d'angle, ce qui indique un effort d'ornementation des habitations, complétées par les quatre autres portant de fausses chaînes d'angle peintes sur l'enduit.

Typologies ferme à double logis, ferme à plan en L, ferme à pavillon, ferme à charri
Toits tuile mécanique, tuile creuse, tôle ondulée
Murs grès moellon enduit
ciment
bois
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 18
nombre d'oeuvres étudiées 3
nombre des immeubles au dernier recensement de l'INSEE 31

Références documentaires

Documents d'archives
  • Ranguin, C. Ahéville avant la Révolution. (28 février 1889). Monographie communale conservée aux Archives départementales des Vosges, Épinal. série : 11T14/1.

    Archives départementales des Vosges, Épinal : AD88 - 11T14/1
Bibliographie
  • Idoux, M.-C. Les ravages de la guerre de Trente Ans dans les Vosges : 2e fascicule. Annales de la société d'émulation du département des Vosges, 1912, p. 1-234

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • FOURNIER, Alban. Topographie ancienne du département des Vosges : 8e fascicule- La Plaine (2e partie). Annales de la société d'émulation du département des Vosges, 1899

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Lepage, Henri et Charton, Charles. Le département des Vosges : statistique historique et administrative. Nancy : Berger-Levrault 1978, réimpression de l'ouvrage paru en 1845.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
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