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L'Inventaire général du patrimoine culturel

Objectifs et champ d'action

L’Inventaire général a pour mission d’effectuer un recensement et une étude systématique, de l'ensemble du patrimoine architectural et mobilier, "de la petite cuillère à la cathédrale ", selon le propos d’André Malraux en 1964. Ce travail doit être suivi d’une médiation auprès du public selon une seconde formule du ministre « recenser, étudier, faire connaître ».

S’intéressant au patrimoine public ou privé, non gardé, c’est-à-dire situé hors les musées, les archives et les bibliothèques, il n’entraîne pas de prescriptions réglementaires et répond à un triple objectif

  • accroître la connaissance scientifique
  • diffuser les résultats auprès d’un public diversifié
  • nourrir la réflexion en matière d'aménagement du territoire

A l’issue des opérations d’Inventaire général, chaque intervenant public ou privé dispose des moyens d’avoir une lecture hiérarchisée de son environnement patrimonial. Il peut prendre, en connaissance de cause, les décisions de conservation, de restauration, de valorisation ou de destruction du patrimoine culturel. Si l’élément patrimonial, édifice ou collections d’objets, disparait, il reste documenté et cette documentation est transmise et consultable par tous, il peut ainsi nourrir la recherche scientifique alors même qu’il a disparu.

Lumière sur

Bornes fontaines des Vosges

Dans les Vosges, 125 bornes-fontaines ont été identifiées. Elles se distinguent des fontaines par les dimensions réduites de la colonne d'alimentation et sa silhouette en forme de borne, le sommet arrondi. Avant tout destinées à l'approvisionnement en eau potable humain (dans 32% des cas), les bornes-fontaines sont munies d'une seule sortie pour remplir un seau. Les villes thermales comme Plombières-les-Bains, y ont également recours pour des buvettes.

Toutefois, elles peuvent être complétées d'un ou plusieurs bassins servant d'abreuvoir pour le bétail (68% des cas).

Afin de faciliter leur contournement, elles sont rarement adossées à un mur (16%). Elles se trouvent soit près d'un carrefour (faisant office de fontaine-abreuvoir), soit sur le bord du trottoir, le caniveau évacuant l'eau directement. Ces dernières ont disparues pour faciliter la circulation, sauf une à Coussey, qui sert de poteau d'incendie.

Borne-fontaine dans la rue des Capucins à Charmes, carte postale du début du 20e siècleBorne-fontaine dans la rue des Capucins à Charmes, carte postale du début du 20e siècle

Seules 7 bornes-fontaines sont associées à des lavoirs, qui correspondent : soit à l'ajout d'une borne fontaine en fonte à un lavoir préexistant (Attigny, Harol et Romont), soit à la transformation de bornes-fontaines en pierre en lavoir couvert, à Removille en 1875.

Les bornes fontaines sont inégalement réparties dans les Vosges. Elles se regroupent en trois zones principales dans le nord du département, aux extrémités Ouest et Est, et dans le centre le long de la Moselle. Quelques unes se situent aussi entre Bains-les-Bains et Plombières-les-Bains. Elles ont principalement été établies au cours du 19e siècle, les bornes en pierre étant progressivement délaissées au profit de celle en fonte dans la seconde moitié de la période.

Carte présentant la densité des bornes-fontaines par commune relevées dans les Vosges.Carte présentant la densité des bornes-fontaines par commune relevées dans les Vosges.Graphique représentant le nombre de bornes-fontaines en fonte et pierre datées relevées dans les VosgesGraphique représentant le nombre de bornes-fontaines en fonte et pierre datées relevées dans les Vosges

Bornes fontaines en pierre

Les bornes-fontaines en pierre représentent 53% du corpus, et sont employées de manière traditionnelle pour permettre un accès à l'eau de manière sobre et économique. Elles constituent des fontaines modestes par leur dimension et leur décor, associées à un abreuvoir (à 83%), pour une polyvalence des usages. L'installation de bornes-fontaines se fait souvent progressivement, en plusieurs exemplaires, pour alimenter chaque quartier du village, à l'image de Vexaincourt qui souhaite la construction d’une nouvelle borne fontaine en pierre dans la rue du Moulin, en 1830, suite à l’augmentation de la population. La commune demande alors aux autorités à être "dispensée de recourir à un homme de l’art, qui rendrait le projet trop dispendieux" au vue de la simplicité des travaux. (sources : AD88 - 2 O 534/8).

Borne-fontaine de Blée à Gendreville, plans, coupes et élévations de La borne-fontaine établis par Langlois (architecte) en 1824 (AD88 - 20201/10)Borne-fontaine de Blée à Gendreville, plans, coupes et élévations de La borne-fontaine établis par Langlois (architecte) en 1824 (AD88 - 20201/10)Borne-fontaine de Blée à Gendreville, vue d'ensemble de trois quarts droit, avec abreuvoirs.Borne-fontaine de Blée à Gendreville, vue d'ensemble de trois quarts droit, avec abreuvoirs.

Borne-fontaine de Bains-les-Bains, plan et élévation dressés par Gahon, architecte en 1838 (AD88 - 2 O 29/12)Borne-fontaine de Bains-les-Bains, plan et élévation dressés par Gahon, architecte en 1838 (AD88 - 2 O 29/12)

Dans cette optique, la pierre utilisée pour la construction de ces bornes-fontaines est d'extraction locale. Ainsi, celles de la plaine sont réalisées en calcaire, et celles de la Vôge et du piémont sont en grès, ce qui correspond à la composition géologique. Seules certaines à Plombières-les-Bains sont en pierre plus dure et fine (marbre, porphyre, granite).

Les bornes-fontaines en pierre ne bénéficient pas de beaucoup d'attention esthétique. Elles sont avant tout utilitaires et économiques. Leur ornementation se résume à une moulure d'inspiration classique, soulignant la courbure de la borne, ou un mascaron à mufle de lion en fonte (27% des cas). Le mascaron peut aussi être à motif de fleurs (Norroy), de tête de satyre (Wisembach) ou de femme portant une couronne de roseaux (à Jubainville et Bazegney).

Borne fontaine de Jubainville, vue de détail du mascaronBorne fontaine de Jubainville, vue de détail du mascaron

A Hadigny-les-Verrières, la borne fontaine est assez récente et est ornée d'un panneau néo-renaissance, à motifs de grotesques et tas de sable en bas-relief. On relève aussi deux décors de cœur, dont l'un est ajouré sur la plaque en fer fermant la borne, et est encadré des lettres F M et R M E, probablement les initiales des commanditaires (rue de la Glaçotte à Villers). Celle qui est située rue du Château à Neufchâteau est atypique car elle est surmontée d'un haut pilier qui la rend imposante, visible de loin. Enfin, la borne-fontaine Pauline à Plombières-les-Bains est remarquable car elle a été établie en mémoire de Pauline de Meulan, première femme de François Guizot, et devint un but de promenade pour les curistes. Elle est ainsi gravée de la mention "A LA MEMOIRE / DE MADAME GUIZOT / AOUT 1828 ".

Une seule autre borne-fontaine porte une inscription : "FONTAINE / HENRIETTE / 1886", à Plombières, hormis celle de Zincourt avec une date illisible.

La plupart des bornes fontaines de pierre ont été établies dans la première moitié du 19e siècle (entre 1811 et 1849), au moment où les communes s'équipent en système d'adduction d'eau. Par la suite, la production en fonte est préférée. Toutefois, face à l'importante demande des années 1870 à 1890, elles ont représenté une solution peu onéreuse pour quelques communes (cf. graphique ci-dessus).

Bornes fontaines en fonte

Les bornes fontaines en fonte représentent 46% de celles relevées dans les Vosges et sont principalement installées dans l'ouest du département, dans un espace où l'utilisation de ce matériau est fréquente pour les édicules liés à l'eau, à proximité des fonderies de Haute-Marne et de Meuse (canton de Coussey, Neufchâteau, Châtenois et Bulgnéville (47%). On peut également en voir un certain nombre au centre des Vosges (28%), dans les villes et villages dynamiques et industriels de la vallée de la Moselle.

Les bornes-fontaines en fonte datent essentiellement de la seconde moitié du 19e siècle, hormis quelques unes des années 1930 et des contemporaines. C'est une période d'essor de la fonte et de la mise en place de réseaux d'adduction d'eau chargés d'irriguer l'ensemble des fontaines communales. Ces bornes en fonte viennent souvent compléter les fontaines-abreuvoirs existantes en créant un point d'eau à usage domestique entre deux. Dans les longues rues populeuses, elles prennent peu de place sur les usoirs ou les trottoirs. La plupart sont de plus, équipée d'une sortie à vis, permettant une fixation rapide des tuyaux des pompiers et une amélioration de la lutte contre les incendies.

Borne fontaine dans la rue du milieu à Coussey, vue d'ensemble de face. (Modèle "Victoria" de la Société métallurgique Haut Marnaise de Joinville)Borne fontaine dans la rue du milieu à Coussey, vue d'ensemble de face. (Modèle "Victoria" de la Société métallurgique Haut Marnaise de Joinville)

Contrairement aux fontaines en pierre, les bornes en fonte ne sont pas toutes à débit continu. Certaines sont munies de poignées ou de poussoirs pour un écoulement sur demande. L'intensité de l'écoulement peut de plus être réglée par une clef. L'eau est souvent évacuée par une grille de fer placée sous le jet, sans bassin. Elles sont également, à peu près toutes munies d'une prise d'eau pour les services de lutte anti-incendie, qui est accessible directement (fermée par un bouchon) ou qui est protégée à l'intérieur de la borne par une porte.

Dans la seconde moitié du 19e siècle, les communes qui vont recourir à la fonte bénéficient de bornes fontaines avec des ornements variés. En plus des mascarons à tête de lion, les décors sont dérivés des styles Empire et Restauration (feuilles de lotus, palmettes, nœuds, paniers, fleurs, pommes de pin), ou liés à l'eau (Poséidon, tridents, dauphins, salamandres, coquillages, roseaux, nénuphars…). Celles sans décors sont rares et plus récentes.

La plupart porte la signature de leur fabricant, seules celles de 1853 à Saint-Ouen-lès-Parey (détruites) sont aussi gravées des noms des conseillers municipaux en charge du projet. Celles de Pargny-sous-Mureau et Attignéville portent aussi respectivement les dates "MDCCCLII […]" et "MDCCCLXI".

Ainsi 8 bornes-fontaines, parmi les plus anciennes (entre 1848 et 1877), ont été produites par l'entreprise d'Achille Cadet, qui s'associe avec E. Guesnier, constructeurs hydrauliciens à Paris. Ils sont spécialisés dans les fournitures de canalisations de distribution d’eau, de matériel hydrothérapique, de baignoires, d'articles de bain, de lavabos, de postes d’eau en fonte émaillée, robinets, jeux d’eau, pièces de jeux d’eau… Trois modèles différents brevetés SGDG, sont visibles à Châtel-sur-Moselle et Aroffe, à Raon-sur-Plaine et à Monthureux-sur-Saône.

Borne fontaine - abreuvoir de Châtel-sur-Moselle, vue d'ensemble de la borne.Borne fontaine - abreuvoir de Châtel-sur-Moselle, vue d'ensemble de la borne. Borne-fontaine abreuvoir rue de la Chalete à Aroffe, vue d'ensemble de la borne.Borne-fontaine abreuvoir rue de la Chalete à Aroffe, vue d'ensemble de la borne. Borne-fontaine abreuvoir avenue de la Gare à Monthureux-sur-Saone, vue d'ensemble de la borne.Borne-fontaine abreuvoir avenue de la Gare à Monthureux-sur-Saone, vue d'ensemble de la borne.

Les plus récentes, généralement encore en fonctionnement en tant que poteaux d'incendie, proviennent soit de La Société métallurgique Haut Marnaise de Joinville (7 identifiées) , soit de La fonderie de Pont-à-Mousson (7 identifiées).

De manière ponctuelle, les autres ont été fabriquées par Bayard (52), la fonderie de Dommartin (52), et GHM (Sommevoire - 52).

Fontaine-lavoir de Frébécourt, vue de détail de la borne-fontaine en fonte provenant de la Société métallurgique Haut Marnaise de JoinvilleFontaine-lavoir de Frébécourt, vue de détail de la borne-fontaine en fonte provenant de la Société métallurgique Haut Marnaise de Joinville Tableau de recensement des bornes-fontaines dans les Vosges.Tableau de recensement des bornes-fontaines dans les Vosges.

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